10 nov. 2015

Nous vous survivrons, par Stéphane Juffa

Durant la préparation de cet article, j’ai consulté des dizaines de dépêches de l’AFP et d’articles de la presse française relatifs au Tibet occupé par la Chine, et à la Crimée, occupée militairement et annexée par la Russie à partir du printemps 2014.
 
Dans aucun des documents je n’ai relevé les termes "Tibet occupé" ou "Crimée occupée". Concernant la couverture du différend israélo-palestinien par l’Agence France Presse et tous les organismes d’information qui reprennent ses câblogrammes, les choses sont très différentes : non seulement ils parlent de "Cisjordanie occupée", mais, de plus, ils le font de manière itérative et systématique, comme on s’en convaincra en lisant les deux dépêches suivantes choisies au hasard [1 et 2].
 
Nous sommes ainsi en présence d’un "cas particulier", qui répond obligatoirement à un choix de la part de ceux qui créent et reproduisent ces documents. Or ce cas particulier, au demeurant, n’a pas lieu d’être.
 
Il existe ainsi une "exception exclusivement israélienne" employée pour le traitement des péripéties du problème israélo-palestinien ; une singularité qui, nous le découvrons dans toutes les chroniques qui nous intéressent, ne constitue que la porte d’entrée d’une discrimination sémantique omniprésente, bourrée de partis-pris et d’actes de malveillance. Ceux-ci n’ont rien en commun avec la façon dont les mêmes media traitent l’information partout ailleurs sur la planète.
 
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Une mise en scène de l’AFP et de son photographe Hazem Bader. A tout prix
montrer des Palestiniens qui souffrent et des Israéliens qui les maltraitent
 
A la recherche des causes de ces effets, bien trop organisés et systématiques pour permettre d’imaginer qu’ils seraient le fruit d’un discours spontané ou d’ "erreurs fortuites", par élimination, nous aboutissons à des observations d’une grande gravité : ces choix sont le résultat d’un postulat de haine, de racisme et d’antisémitisme dévoyés. Et si le directeur de l’AFP ou des media que j’incrimine pense autrement, et qu’il croit disposer des arguments pour rectifier ce qui ne seraient que des affreux errements de ma part, il est évident que je lui ouvrirais les colonnes de la Ména pour qu’il y procède à une mise au point.
 
En attendant, j’observe que le racisme ne se manifeste pas uniquement par l’hostilité méthodique à l’encontre des Juifs ; celle-ci constituant la forme passive de cette déviance. Quant à sa forme aboutie, elle consiste à manifester cette aversion afin qu’elle soit visible par tous. Au Moyen-Age, on forçait les Israélites à se vêtir d’une manière qui les distinguait du reste de la population, à l’époque nazie, on les contraignait à porter l’étoile jaune, et le gouvernement français édicta plusieurs "lois sur le statut des Juifs", qui faisaient d’eux une "catégorie à part de la population".
 
Désormais, dans le même dessein précisément, la presse française et la plus grande partie de l’intelligentzia et du monde politique de l’Hexagone ont adopté, pour parler d’Israël, un vocabulaire et un modèle en de nombreux points différents de ceux qu’ils utilisent à propos des autres nations, y compris les plus violentes d’entre elles, à l’instar de la Corée du Nord, de l’Iran, etc.
 
Quand on traite, dans les media français, du Tibet ou de la Crimée, on prend le plus grand soin de présenter les arguments des uns et des autres. Mais quand ils décrivent la situation prévalant entre Israéliens et Palestiniens, quel que soit l’évènement commenté, ils prennent le parti des Palestiniens, au point de justifier des actes de violence unilatéraux à première vue inexcusables.
 
Cela part du concept de "Cisjordanie occupée", ce qui présuppose, tant en droit international que sur le plan moral, que si vous êtes occupés par une puissance étrangère, vous vous trouvez en état de légitime défense permanente et disposez donc du droit d’agresser l’occupant ainsi que de l’impunité pour le crime que vous aurez commis.
 
Le principe paraît solide, mais pour l’appliquer à Israël, en termes de déontologie du journalisme, il existe l’obligation de donner le point de vue des deux protagonistes sur le "statut de la Cisjordanie", et de ne pas se contenter de présenter uniquement celui du seul camp palestinien – même s’il est partagé par une multitude d’Etats dont la France, ce qui n’est pas pertinent dans une dépêche, le nombre ne faisant pas le droit –, en faisant abstraction des revendications des Juifs sur ce territoire.
 
Des revendications autrement plus "défendables" que celles des Chinois sur le Tibet et de la Russie sur la Crimée. Du point de vue sécuritaire, tout d’abord : le Dalaï-lama, que je sache, reconnaît l’existence de la Chine, n’a jamais appelé à son éradication, et n’a pas tiré de roquettes sur Pékin. On peut faire les mêmes constatations à propos des Ukrainiens relativement à la Russie.
 
A ces éléments sécuritaires indiscutables, il convient d’ajouter la proximité immédiate de la Cisjordanie et des grandes villes israéliennes, quelques kilomètres à peine, ce qui complique assurément la recherche d’une solution négociée. Lhassa est séparée de Pékin par 2 500 kilomètres, Kiev de Moscou par 765, on ne peut donc guère parler, dans leurs cas, de menace géographique existentielle, comme au sujet des 17 kilomètres de territoire israélien séparant la Cisjordanie de la Méditerranée à la hauteur d’Herzliya.  
 
Je m’adresse dans cette analyse à la Guerre Sémantique que livre la France à Israël et aux Juifs. Lors, il n’est pas dans mon propos de me lancer ici dans le débat consistant à trancher "à qui appartient la Cisjordanie", mais uniquement de démontrer que cette interrogation ne peut se limiter à définir cette région comme la "Cisjordanie (palestinienne) occupée (par Israël)". Le questionnement est largement plus complexe que ne le laisse entrevoir cette simplification instrumentale, d’autant plus qu’elle est inutilement [au sens journalistique] mais utilement [par souci de propagation de la haine] reproduite de manière stéréotypée chaque fois qu’il est question de ce territoire.
 
Hormis la préoccupation sécuritaire, il serait nécessaire, pour traiter du fond du débat, de tenir compte du lien historique indéniable existant entre le peuple d’Israël et des lieux comme Jérusalem, Hébron, Qumran, etc. Faire l’impasse sur cette réalité participe d’une posture de faussaire.
 
Mais le débat de fond de cet article, c’est la délégitimation d’Israël par l’emploi systématique d’un vocabulaire détourné que les media tricolores n’appliquent qu’à l’Etat hébreu. J’ai écrit précédemment que l’emploi du terme "Cisjordanie occupée" avait pour fonction de justifier les assassinats d’Israéliens commis par des Palestiniens.
 
J’augmente ma constatation par d’autres extraits tirés des deux mêmes dépêches de l’AFP, reprises par la majorité des media français : "De nouvelles violences ont secoué vendredi la bande de Gaza et la Cisjordanie occupée, où deux Palestiniens ont été tués et trois Israéliens blessés par balles". On invite ainsi le public à lire que les deux Palestiniens sont morts en défendant "leur terre", tandis que les "occupants" israéliens ont été blessés parce qu’ils se trouvaient dans un lieu qui "ne leur appartient pas". Cette "fausse évidence" permet d’omettre de préciser que les deux Palestiniens – ce qui est primordialement important au niveau de la présentation des faits selon les règles journalistiques, le fait le plus caractéristique d’une information devant passer avant tous les autres – ont trouvé la mort PARCE QU’ILS tentaient d’assassiner des Israéliens, et uniquement pour cette raison. La preuve : s’ils n’avaient pas procédé à ces agressions, ils seraient encore vivants.
 
L’autre omission des auteurs de cette dépêche concerne elle aussi le "qualifiant objectif le plus caractéristique" du sujet de l’article : l’AFP disposait d’informations supplémentaires concernant les "deux Palestiniens" ; ils n’étaient pas QUE palestiniens, c’étaient également des terroristes [des individus armés s’attaquant systématiquement à des civils], voire des assaillants.
 
Ces qualifiants sont plus informatifs que la seule mention de "Palestiniens", puisqu’ils expliquent la raison pour laquelle ils ont été tués. Présentée à la façon AFP, la nouvelle n’est pas l’agression qu’ils ont commise, mais le fait qu’ils sont morts, ce qui participe d’un détournement de l’information au profit de la propagande palestinienne.
 
Pour illustrer l’étendue de la déformation factuelle que l’on obtient en ne respectant pas le principe du "fait le plus caractéristique d’une information", voici comment l’on aurait présenté l’agression de l’école d’Otzar ha-Torah par Mohammed Merah à Toulouse : "De nouvelles violences ont secoué l’agglomération toulousaine, où un Français d’origine maghrébine a été tué par balles, de même que quatre Français de confession juive". Ou l’attaque des Tours Jumelles à New York : "Incendie au World Trade Center, quatre pilotes arabes portés disparus".
 
En déqualifiant les sujets d’une nouvelle selon la même méthode, les policiers deviennent des Français et les auteurs de l’attaque d’une banque à main armée, le cas échéant, des "jeunes", ou des personnes issues de l’immigration. Je vous laisse le soin de composer votre dépêche… cela devient très improbable.
 
Nous ne sommes pas en train de traiter d’un style d’écriture mais bel et bien d’une guerre comportant des commandants, des soldats, et des objectifs à atteindre. C’est en connaissance de cause que l’on considérera cette autre malversation de l’agence française : "(…) une Palestinienne de 72 ans a été tuée par balles par l’armée israélienne qui l’accuse d’avoir mené une attaque à la voiture bélier. Des sources médicales palestiniennes l’ont identifiée comme Tharwat Chaaraoui et indiqué qu’elle conduisait sous une forte pluie à ce moment-là, laissant entendre qu’elle n’avait pas intentionnellement dirigé sa voiture vers les soldats".
 
Une vieille dame tuée par l’Armée d’occupation ? Probablement par sadisme ou par racisme juif anti-arabe, puisque des sources médicales palestiniennes [Qui ??] ont déterminé que la pluie contrariait la conduite du véhicule et que Mme Chaaraoui n’avait eu aucunement l’intention de blesser grièvement un groupe d’Israéliens ?
 
Les faussaires de l’AFP n’ont "évidemment pas vu cette vidéo" de la tentative d’assassinat perpétrée par la vieille dame, pourtant largement diffusée sur les réseaux arabes, qui, contrairement aux sources médicales anonymes de l’AFP, en font une shahid, un héros de l’islam ; ou alors, les escrocs antisémites de l’AFP sont convaincus, probablement à raison, que la quasi-totalité des gens qui liront leur dépêche n’auront pas accès à cette vidéo. Sur laquelle on distingue, outre l’attaque délibérée en vue de tuer, menée par la terroriste, qu’il ne pleuvait pas, et que la chaussée était désespérément… sèche.
 
De la même façon ils "ignorent" la nature de l’agression généralisée de terroristes palestiniens visant, depuis plus d’un mois, à assassiner de paisibles citoyens israéliens. Au point d’exploiter n’importe qu’elle source, dès lors qu’elle affirme que ce sont les Israéliens qui agressent de pacifiques Palestiniens. Ils veulent faire croire aux Français qu’ils méconnaissent honnêtement le mode opératoire des tueurs palestiniens, comme illustré par cette vidéo de surveillance montrant une autre Palestinienne d’âge mur, poignardant, quelques heures après l’agression précédente, un vigile à l’entrée d’un village juif.
 
Naturellement, devant le nombre et la qualité des preuves de toutes sortes, les efforts visant à répartir les torts entre assassins arabes et victimes juives, lors de cette Troisième Intifada, sont eux aussi malhonnêtes. Pourtant l’AFP et ses perroquets racistes ne se lassent jamais d’essayer ; voici ce que j’ai récolté dans le genre dans une seule des deux dépêches :
 
Rappelons avant cela qu’il n’existe pas de "terroristes palestiniens" [une circulaire interne de l’AFP que nous avons interceptée, toujours en vigueur, interdit formellement l’usage de ce binôme] ; ce qui tue, ce ne sont donc pas les Palestiniens, ce sont les "violences meurtrières mutuelles", "la tension" [on savait que c’était mauvais, la tension], les "spirales" [dangereuses, les spirales, on ne s’en méfie jamais assez], les "paliers" [les escaliers sont glissants en automne], les "heurts et les attaques", les "vagues de violences" et les "affrontements".
 
Retour, dans la dépêche citée, au concept de "Cisjordanie occupée". La clé de voûte de l’entreprise, pour la grosse majorité des confrères de l’Hexagone ; une représentation essentielle qui permet à d’exécrables racistes d’œuvrer à la haine des Juifs en France en passant pour des gens pétris de valeurs humanistes. Au point que l’AFP introduit subrepticement cette notion dans des communiqués officiels israéliens. Ah, si les Israéliens eux-mêmes reconnaissaient qu’ils occupent la Palestine, l’appel à leur éradication s’en verrait hautement facilité ! C’est pourquoi l’agence française bidouille régulièrement les communiqués officiels israéliens, à l’instar de celui-ci : "un colon israélien a été grièvement blessé à coups de couteau (…) dans un village palestinien de Cisjordanie occupée, selon le ministère israélien de la Défense".      
 
Lorsque, hier matin, j’ai rapporté par téléphone au porte-parole du ministère de la Défense le contenu du communiqué que lui attribuait la consœur tricolore, j’ai cru qu’il allait s’étrangler. Il n’avait évidemment jamais dit cela ; allouer intentionnellement à des personnes physiques ou morales des propos qu’ils n’ont pas tenus participe d’un dol pénal. J’ai fait envoyer un dossier détaillé de l’incident au dit ministère, en espérant qu’ils en feront bon usage.
                   
Il suffit, nous n’allons pas nous bercer d’illusions perdues jusqu’à la nuit des temps, Honoré de Balzac ne mériterait pas ce traitement ! Je suis de ceux qui pensent que la France a toujours été antisémite hormis quelques brèves éclaircies ; j’entends encore la foule hurler "A mort Dreyfus ! A mort les Juifs !", même si je n’étais pas encore né. J’entends les enfants qui pleurent quand des gendarmes français les poussent dans des trains à bestiaux en partance pour l’Est, et j’entends – ça je les ai bien connus, les insultes et les mensonges que nous adressaient les confrères français, les juges et les dirigeants de l’Etat pour avoir, après une longue et minutieuse enquête, démontré que l’assassinat de Mohamed Dura était une mise en scène.
 
J’observe avec curiosité que l’antisémitisme français est un antisémitisme d’élite, relativement peu répandu dans les rangs du peuple "souchien". Dreyfus, c’étaient la majorité des journaux, des intellos, du gouvernement et l’Armée. Vichy, c’était Bernanos et Céline. Enderlin, c’est toute la profession, les intellos, les syndicats de journalistes, le service public et la gauche.
 
A nouveau, les Juifs sont seuls. Cinq mille Israélites pour manifester leur émotion suite à la tuerie de l’Hyper Casher, des millions pour honorer la mémoire des journalistes de Charlie. Sûr que la campagne de haine et de désinformation incessantes, induite par l’agence de presse nationale et reproduite sans la moindre curiosité critique par la quasi-totalité des media, y est pour beaucoup. Les Français n’ont pas de raison d’afficher leur sympathie en faveur d’une communauté qui, par amalgame, passe son temps à maltraiter les Arabes.
 
Pourquoi est-ce si grave ? Parce que, lorsque l’on a perdu le respect des autres, cela équivaut à se promener nu dans la rue, avec une cible dessinée dans le dos. Or les diverses manipulations sémantiques auxquelles se livrent nos confrères, dont nous présentons une brochette suffisante dans cet article, démontrent, malheureusement, que les Juifs ne sont plus respectés en France.
 
On s’est habitué à entendre à nouveau crier "Mort aux Juifs !" presque chaque semaine, sans que personne [à part Manuel Valls], dans la presse ou à l’Assemblée, ne s’émeuve outre-mesure de cette abomination. Au contraire, on essaie de passer les manifestations sous silence, de faire comme si elles ne se déroulaient pas, ou pire, comme si elles étaient à ce point non représentatives d’un phénomène qu’il était inutile d’en parler.
 
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Mort à la France ! Mort à Charlie !
Une photo de ce qui n’existe pas
 
On se trouve pourtant, en France, en présence d’un phénomène qui existe bel et bien, celui de la montée de l’islam radical. L’exacerbation des rancœurs qui l’accompagnent est, au-delà de tout doute sensé, attisé par la présentation biaisée du différend israélo-palestinien tel qu’il est rapporté par les diverses chaînes de télévision. Mais pour les musulmans révoltés, les Juifs ne sont que les pires d’entre leurs ennemis ; ils font partie de la culture qu’ils exècrent, ce qui fait qu’ils crient aussi bien – souvent enroulés dans des drapeaux palestiniens - "A mort la France !", que "Mort aux Juifs".
 
Les souchiens se cachent, se sentant abandonnés par la politique traditionnelle, en recherche désespérée d’une bouée de sauvetage qui les protégera du phénomène que les bien-installés escamotent. Les Français sont de plus en plus nombreux à être séduits par les idées simplistes de Le Pen, comme si l’avènement des populistes pouvait gérer efficacement le problème. Mais les populistes, au moins, ne se voilent pas les yeux devant le phénomène qui quotidiennement interpelle les souchiens et dont personne de bien élevé ne pipe mot.
 
Ya-t-il un député suffisamment suicidaire pour se risquer à traverser la Castellane, à Marseille, à pied, un brassard de policier autour du bras ? Ou les Minguettes à Lyon, La Bourgogne à Tourcoing, ou encore Le Bosquet à Clichy-sous-Bois ? On a le droit de plaisanter un peu, même dans un article sérieux.
 
Ce que l’on cache également aux Français, c’est que les motifs de violence des extrémistes musulmans dans leur pays sont strictement identiques à ceux des extrémistes d’Hébron ou de Djénine. Au Monde, et dans divers journaux franciliens, on a tenté de leur faire croire que c’est parce qu’ils sont en proie à des mauvais traitements et à un manque de perspective politique que les Palestiniens poignardent les Israéliens. C’est méconnaître complètement le Moyen-Orient et la mentalité qui l’habite. Ceux qui écrivent ces textes n’ont jamais mis les pieds au marché des lépreux du Caire, dans les ruines fumantes d’Alep ou dans le sud du Soudan ; c’est là qu’ils auraient rencontré le désespoir arabe ! Une réalité comparée à laquelle les Palestiniens sont objectivement des privilégiés.
 
Quant à la pénurie d’horizon politique, il faudrait attribuer aux terroristes une conscience politique, réservée en fait à une minorité de Palestiniens, dont aucun n’a encore fait le sacrifice de sa vie au cours de la Troisième Intifada. Ceux qui poignardent les Juifs sont mus par une exaltation née du mélange d’un sentiment national à l’état larvaire, d’une transcendance religieuse issue de l’atmosphère qui rend folle une grande partie du monde arabe ces dernières années [la quasi-totalité des femmes-terroristes de la IIIe Intifada portent la burqa], d’une réponse à l’appel à défendre la mosquée al Aqsa, que personne n’a attaquée, et, le plus souvent, d’une bonne dose de drogue, administrée par un proche afin d’inhiber la peur du shahid en devenir.
 
Pourquoi, est-ce le désespoir qui a conduit l’islamiste de St Quentin-Fallavier à décapiter son employeur et à accrocher sa tête au grillage d’une usine, entourée de drapeaux portant des versets du Coran ? Le désespoir, aussi, qui a envoyé Amédy Coulibaly tuer quatre Juifs à l’Hyper Casher ? Le désespoir, encore, qui a poussé les frères Kouachi à assassiner douze personnes au siège de Charlie ? Est-ce le désespoir, enfin, qui entraîne les "jeunes" des quartiers à incendier les voitures de leurs voisins de palier, les véhicules de police, les tramway qu’ils utilisent ou les camions de ramassage de leurs ordures ?
 
Bien sûr que non, mais les intellos parisiens sont à ce point imbus de leurs certitudes, qu’ils sont incapables d’envisager qu’il soit possible de tuer ou de détruire sans avoir préalablement subi un affront ou une injustice. La mentalité qui oriente la plupart des musulmans extrémistes, que ce soit à Jérusalem, à Montfermeil ou à La Courneuve, échappe totalement à la grille d’intelligibilité de ces élites, qui expliquent et exonèrent les agissements des nouveaux barbares.
 
Que l’on puisse adorer la violence comme une panacée, mépriser le mode de vie des Européens (y compris des Israéliens) au point d’œuvrer à sa destruction, être convaincu que l’islam doit et va diriger le monde, et que si l’on se sacrifie en participant à son triomphe, on rejoint le paradis où l’on se voit gratifier de 72 vierges, comment voulez-vous que ces esprits formatés le conçoivent ?
 
Faute d’être capable de déchiffrer cette mentalité, on est démuni pour se mesurer à elle, on cherche des boucs émissaires, et des raisons que l’on maîtrise pour expliquer ce que l’on ne comprend pas. Bref, le temps d’une analyse, on transforme virtuellement ces gens afin qu’ils nous ressemblent, pour pouvoir leur appliquer des théories qui ne les concernent pas mais qui satisfont intellectuellement. Territoires occupés !
 






















Reste que c’est chacun pour soi. Nous nous préoccupons de notre Intifada et vous, de vos Coulibaly. Avec un mot à Manuel Valls, qui n’est pas antisémite, de même que François Hollande, mais qui sont incapables de se mesurer, sur la question palestinienne, à la pression issue de leur parti.
 
Monsieur Valls, vous êtes un acteur principal de la vie politique française, non un observateur ou un commentateur. Ce que vous énoncez à propos de l’antisémitisme et de l’antisionisme est digne de respect, mais n’est pas de nature à infléchir la courbe de l’antijuivisme dans votre pays. L’unique façon d’y parvenir consiste à intervenir auprès de l’AFP (vous disposez des privilèges nécessaires) pour faire cesser immédiatement la guerre sémantique qui l’oppose à Israël et éradiquer l’exception israélienne dans sa couverture du différend israélo-palestinien. Il vous faut également impérativement rappeler les journalistes français à leur devoir de réserve relativement à l’Etat hébreu, au respect de notre déontologie, et à l’obligation de prouver ce qu’ils affirment, en les exposant à des sanctions s’ils font courir des rumeurs qu’il savent ou peuvent savoir infondées. Ces mesures sont les seules qui vous permettraient, peut-être, de stopper le développement de l’antisémitisme ainsi que l’exode de tous les Juifs de France, qui lui est associé.
 
Quant à Israël, si aucune mesure concrète n’est prise dans l’Hexagone, il y aura lieu de fermer l’officine d’incitation à la haine, au racisme et à l’antisémitisme qu’est le bureau de l’AFP à Jérusalem. Et si le message tarde à passer, on pourra considérer la fermeture du consulat de France à Jérusalem, de même que toute autre disposition de nature à faire cesser la guerre sémantique que livre la France à Israël.
 
L’enjeu de cette confrontation consiste à mettre un terme à la funeste tentative de la part des journalistes français, d’intellectuels et de responsables politiques de ce pays, d’installer des instruments de justification de la destruction d’Israël et du génocide de sa population.
 
Nous ne sommes pas vos amis et nous vous survivrons car nous ne haïssons personne.

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