4 nov. 2015

Petit guide de désinformation pour écrire sur Israël, par Jean Szlamowicz

Excellente analyse des moyens propagandistes de la presse hexagonale par Jean Szlamowicz (linguiste, Professeur des Universités, Université de Bourgogne, auteur de Détrompez-vous ! Les étranges indignations de Stéphane Hessel décryptées). Remerciements à Hélène Palma.
 Analyse rhétorique des médias français
Tandis que des Arabes assassinent des civils juifs au couteau, par voiture-bélier, lapidation ou à l’arme à feu, Mahmoud Abbas félicite ces meurtriers, encourage ses partisans à créer des troubles sur le Mont du Temple, trouve que « les Juifs ont les pieds sales » et reçoit une médaille de la ville de Paris au nom de la paix. Comme un salut solennel aux attentats des derniers jours, le député-maire de Tremblay en France hisse le drapeau « palestinien » (« Cet acte s’inscrira dans le cadre de la journée nationale de mobilisation pour la reconnaissance de l’Etat palestinien »). On pourrait penser qu’une telle réalité serait de nature à scandaliser. C’est sans compter le travail de travestissement effectué par les journalistes français.
 
Les yeux grand fermés.

On présente souvent la mission journalistique comme une quête éperdue d’objectivité afin d’informer un public sans repères : il s’agit plutôt de construire l’opinion publique en fonction de préjugés idéologiques et d’un militantisme larvé.
Le systématisme des orientations de l’information en faveur du Fatah, de l’OLP et du Hamas se fonde sur un récit des faits selon une stratégie particulière. La rhétorique de diabolisation d’Israël repose sur des moyens stylistiques dont nous allons tenter de donner un très bref aperçu, même si la matière de ces dernières semaines suggère plutôt d’y consacrer un ouvrage entier.
La stratégie rhétorique générale qui est mise en œuvre repose sur l’atténuation de la violence arabo-musulmane et la maximisation de la violence israélienne. Ce principe stratégique, augmenté d’un renversement du rapport d’agression, se déploie à travers divers moyens tactiques.
  
Arsenal lexical

La répétition systématique de mots comme « colon », « occupation », « Cisjordanie » ou même « palestinien » met en place un récit orienté qui consiste à délégitimer la présence juive sur un territoire présenté comme « appartenant » aux Arabes.

Le terme « colon » n’est pas employé au sens de « Celui qui a quitté son pays pour aller occuper, défricher, cultiver une terre de colonisation », mais au sens de « colonisateur », « envahisseur », « conquérant » avec toutes les connotations de violence et d’exploitation qui s’y rattachent (et dont, étrangement, le monde musulman, colonisateur international s’il en est, est exempté). Les victimes ne sont jamais présentées comme des parents, des enfants ou des agriculteurs mais comme des colonisateurs exerçant une domination. A chaque assassinat, le mot « colon » agit comme un verrou émotionnel, bloquant toute possibilité d’empathie chez le lecteur puisqu’il propose en somme une excuse au meurtre : ces Juifs n’avaient rien à faire là. C’est une façon d’adopter le point de vue arabe définissant la terre arabe comme devant être judenrein.

J’ai déjà rappelé (Détrompez-vous ! Les étranges indignations de Stéphane Hessel décryptées) qu’il ne s’agissait en aucune manière de terres conquises illégitimement et elles ne sont occupées que dans un sens légal parfaitement défini et reconnu comme tel par le droit international, qui plus est à la suite de guerre d’agressions visant à éliminer Israël.[1] N’oublions pas que le plan de partage de 1947 ayant été rejeté par les parties arabes qui se sont livrées à une invasion armée, ce sont toujours les dispositions du Traité de San Rémo de 1923 qui ont force de loi.

« Cisjordanie » est un terme utilisé à partir de 1948 pour désigner les terres conquises par la Jordanie lors de l’invasion d’Israël. La Jordanie a renoncé en 1988 à toute prétention sur ces terres par elle-même volées, et récupérées par Israël en 1967. Il s’agit de la région des Monts de Judée, appelée Judée-Samarie depuis des millénaires. Utiliser ce terme, c’est donc lui refuser son appellation juive pour lui préférer, de manière singulièrement anachronique, une souveraineté transitoire, illégitime et caduque — et arabo-islamique.

Le terme même de « palestinien » a toujours désigné les habitants de Palestine, c’est-à-dire essentiellement les Juifs (le nom « Palestine » ayant été imposé par les colonisateurs romains dans le cadre de la conquête du royaume d’Israël). La population arabe, peu nombreuse, est surtout d’origine égyptienne, syrienne, jordanienne. Son développement est d’implantation récente et lié à la mise en valeur du territoire par les Juifs à partir de la fin du XIXe siècle. Même sous domination ottomane, les musulmans étaient démographiquement minoritaires à Jérusalem.[2] Dans toute l’histoire, il n’y a jamais eu de nation ou de peuple « palestiniens ». Ce n’est qu’en 1964 qu’une stratégie de communication soviétique a eu recours à une dénomination (« peuple palestinien ») permettant de revendiquer un combat de libération nationale.[3] L’utilisation de ce vocabulaire est une façon délibérée de condamner la présence d’Israël sur ces territoires.

  
Retournement et effacement causal

Parmi les clichés journalistiques, le fameux « cycle de la violence » est une expression qui dépolitise le conflit en effaçant toute causalité et en faisant de la violence une entité similaire à une catastrophe naturelle qu’il s’agirait de ne pas provoquer. Implicitement, cela met sur le même plan l’agresseur et l’agressé.

C’est la même logique qui est à l’œuvre dans le stéréotype « des appels au calme face au risque d’embrasement », comme s’il s’agissait, là encore, d’une force naturelle à combustion spontanée et pas de décisions coordonnées par les différentes entités politiques et militaires palestiniennes (qui revendiquent pourtant haut et fort les attentats). C’est évidemment toujours Israël qui doit ne pas réagir aux agressions pour ne pas « enflammer la rue arabe ».

Les attaques organisées par les Brigades Al-Aqsa et autres militants jihadistes sont couramment présentées comme des « heurts » ou des « affrontements » : non seulement il s’agit d’une euphémisation qui ne disent pas la nature des agressions, mais ces termes impliquent une réciprocité, qui plus est dénuée de causalité.

Les actions de l’armée israélienne ou du gouvernement sont systématiquement présentées en premier, la raison de leur action étant éventuellement signalée ensuite. Par exemple, Le Point (2 octobre) titre « Chasse à l’homme après le meurtre de deux colons ». Le terme de « chasse à l’homme » (également utilisé par d’autres médias, décidément peu enclins aux efforts d’écriture) suggère une animalisation de la proie, un plaisir sadique à pourchasser un homme, ce qui renverse la hiérarchie morale, faisant du meurtrier une victime.

De même, Le Figaro titre « Jérusalem : fermeture de la Vieille ville après une attaque au couteau » (4 octobre). On met ainsi en avant l’action israélienne présentée comme une sanction, une privation de liberté, plutôt que l’acte terroriste qui l’a déclenchée. C’est également la grille de lecture à laquelle incitent les titres comme « Le gouvernement israélien autorise la police à boucler les quartiers arabes de Jérusalem » (Le Monde.fr avec AFP, 14.10.2015) qui suggère une forme de ségrégation et non une mesure de sécurité face aux attaques incessantes.

Le retournement chronologique permet ainsi de focaliser la violence israélienne (récurrence des mots « raids », « chasse à l’homme », « sanctions », etc.) dont la cause n’est évoquée que sous la forme d’un prétexte.

Pathos et univocité
 
Dans la continuité du retournement faisant de l’agresseur une victime, le journal 20 Minutes évoque les assassinats et tentatives d’assassinats qui se sont multipliés ces derniers jours avec ce titre « ‘‘Intifada des couteaux’’ : des attaques qui cachent le désespoir de la jeunesse palestinienne » (http://m.20minutes.fr/monde/1707287-intifada-couteaux-attaques-cachent-desespoir-jeunesse-palestinienne). 

Le retournement moral est spectaculaire : les meurtres de Juifs sont désormais le fruit du désespoir de la jeunesse ! Le mot « jeunesse » permet de construire une image d’innocence et le mot « désespoir » de les transformer en victimes de la situation. On remarque le déplacement consistant à caractériser les acteurs de ces attentats non par la nature de leurs actes mais en parlant uniquement de leur âge, sans autre contexte politique qu’une pure victimisation (ils subissent « l’humiliation »). Le récit des événements est ouvertement écrit selon un point de vue compassionnel et strictement palestinien : il n’est nulle part question du ressenti israélien face à ces meurtres de civils. Ce point de vue univoque équivaut à une reconnaissance de leur action et exprime une empathie meurtrière.

L’article est rédigé grâce à l’avis expert fourni par… « un doctorant en sciences politiques » dont les écrits sont toujours pro-palestiniens. La violence israélienne est chiffrée (avec des chiffres venant de l’OLP !) et présentée comme implacable tandis que « les jeunes » (le terme permet aussi de dépolitiser leurs actions, alors qu’on aurait aussi pu dire « les jihadistes ») en seraient réduits à des expédients : « Ces jeunes ont pris ce qu’ils avaient sous la main : des couteaux de cuisine. En réponse, les autorités israéliennes ont renforcé les mesures sécuritaires, l’augmentation de la présence militaire, une répression accrue. »

Il s’agit du procédé typique d’atténuation/maximisation : les pauvres palestiniens miséreux jusque dans leurs moyens de lutte face aux Israéliens qui en profitent pour exercer leur puissance militaire (comme si un gouvernement pouvait laisser se développer une vague d’assassinats !). L’accumulation de termes exprimant la force dominatrice des autorités correspond à la description d’un état policier (« sécuritaire », « militaire », « répression »). De manière intéressante, ces termes possèdent des connotations négatives dans l’idéologie post-moderniste alors qu’il est bel et bien du devoir de l’état d’assurer la sécurité des citoyens, que l’armée sert à faire face à des agressions et que réprimer des crimes semble tout de même la moindre des choses. Il faudrait peut-être qu’Israël se laisse égorger passivement ? Rappelons à titre d’exemple que ces « jeunes » ont tenté récemment d’assassiner au couteau un enfant juif de 13 ans qui faisait du vélo. Sans doute un acte de désespoir.[4]
 
Joueur de pipeau ancien
Joueur de pipeau nouveau
Le parti pris émotionnel repose sur l’incantation du mot « jeune » et sur l’atténuation de tout ce qui pourrait heurter le lecteur occidental : « Jeunes, très informés et loin d’être des extrémistes religieux, ils agissent seuls, sans coordination, de leur propre chef. » Ils sont donc volontaires, intelligents, indépendants et n’ont rien à voir avec le jihadisme. Ce portrait est en soi une justification de leurs assassinats et tentatives d’assassinat, présentés comme des actions mûrement réfléchies auxquelles ils seraient acculés par les Israéliens. 

Il s’agit d’un pur mensonge politique : les enfants musulmans sont incités dès le berceau à tuer des Juifs et l’Autorité Palestinienne ne cesse d’encourager les mourabitoun (« les sentinelles », c’est-à-dire les miliciens envoyés sur le mont du Temple) à verser le sang Juif. Mahmoud Abbas a trouvé l’assassinat des époux Henkin devant leurs enfants héroïque et ne cesse de le signaler dans ses déclarations officielles à la tonalité radicalement islamique : « Nous vous bénissons, nous bénissons les Mourabitoun (hommes) et les Mourabitat (femmes). Nous saluons toutes gouttes de sang versées à Jérusalem. C’est du sang pur, du sang propre, du sang qui mène à Allah. Avec l’aide d’Allah, chaque martyr (shaheed) sera au paradis, et chaque blessé sera récompensé.
Nous ne leur permettrons aucune avancée. Dans toutes ses divisions, Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Ils n’ont pas le droit de les profaner avec leurs pieds sales, et on ne leur permettra pas non plus. » (Official PA daily, Al-Hayat Al-Jadida, Sept. 17, 2015).[5]

Quand 20 Minutes conclue l’article, c’est par une ultime justification : « Les jeunes Palestiniens se disent « si on ne fait rien, ils vont venir nous brûler les uns après les autres » », confirme Xavier Guignard. Le verbe « confirmer » est ici ambigu car tout en portant sur les motivations des « jeunes palestiniens », il tend à accréditer l’idée que les Israéliens vont effectivement venir les brûler. De fait, cette crainte (présentée comme une citation mais qui provient du discours du consultant lui-même) n’est pas assortie de la moindre nuance. Elle n’est pas présentée par le journaliste ni par « l’étudiant-expert » comme un fantasme, une excuse, une exagération mais comme une réalité. Cela a pour effet d’entériner dans les esprits l’idée, grotesque, qu’Israël pratiquerait le supplice du bûcher pour ses opposants (avec au passage une évocation subliminale de la Shoah). Une nouvelle fois, la violence israélienne est présentée comme maximale et l’intifada comme une réaction normale, voire politiquement saine ! Le journal et son expert-militant présentent donc une légitimation des « jeunes palestiniens » qui ressemble énormément à un appel au meurtre de Juifs. 

Effacement de l’agentivité

Le traitement du meurtre d’Alexander Levlovitz le 13 septembre a été emblématique de l’atténuation des actes anti-juifs. L’événement a été systématiquement présenté par la formule suivante « Alexander Levlovitz, s’est tué en perdant le contrôle de son véhicule dans la nuit de dimanche à lundi, apparemment à la suite de jets de pierres ». C’est ce qu’on trouve dans La Dépêche (15 septembre 2015), dans un article illustré par une photo montrant des militaires « escortant un Juif ultra-orthodoxe ». 

La forme verbale avec pronom réfléchi indique carrément une maladresse du conducteur ! L’intentionnalité du meurtre est gommée par cette formule où l’on parle de « jets de pierre », c’est-à-dire d’actions et d’objets dénués d’agents. Il y a un mort mais pas de meurtriers, ou alors, il faudrait sans doute inculper les pierres… Il n’y a donc pas d’agresseurs et toute réaction israélienne passe par conséquent pour « disproportionnée ». On trouve exactement la même phrase dans Libération et L’Express avec la même photo : le pluralisme du journalisme français fait plaisir à voir !
Le Monde (« Israël durcit son arsenal législatif à l’encontre des lanceurs de pierres », 25 septembre) va jusqu’à illustrer l’article sur le sujet par une image de Benyamin Nétanyahou souriant malicieusement, comme s’il trouvait que ce meurtre était une aubaine ![6]

Il y a des variantes comme « Il aurait perdu le contrôle de sa voiture après qu’elle a été touchée par des jets de pierre » ou la mention d’un « accident de voiture ». Le Monde écrit avec des circonvolutions stylistiques remarquables : « A ces affrontements s’ajoute une recrudescence des jets de pierre sur les routes empruntées par les colons ». Le substantif abstrait « recrudescence » et son complément « des jets de pierre » font l’économie d’une forme verbale qui ferait apparaître un sujet précis. Dans tous les cas, la responsabilité et l’intentionnalité des jeteurs de pierre est contournée par des formulations qui font de l’événement un fait divers de nature accidentelle. On note au passage les modulations épistémiques récurrentes (« apparemment », emploi du conditionnel) qui permettent en plus de présenter les faits comme non établis.

 

Assertion et désassertion

Dans le même ordre de procédé, la remise en cause des sources et des faits appartient aux techniques permettant de mettre en doute la réalité. Les guillemets, le conditionnel, ou la mention d’une source (« selon des sources israéliennes », « d’après le gouvernement israélien », « la police israélienne considère que », « selon les enquêteurs », « Tsahal affirme que ») servent aux journalistes à se distancier et à présenter une information comme non certaine. Cette désassertion permet de mettre en doute le récit en en faisant une pure création des autorités israéliennes. Inversement, l’assertion de faits sans guillemets ni mention d’une source indique la vérité factuelle.

Ainsi Le Monde écrit : « Les brigades Abdel Kader Al-Husseini, affiliées aux brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, une faction armée proche du Fatah, ont revendiqué l’attaque meurtrière de jeudi, sans que cela puisse être vérifié. » La réserve « sans que cela puisse être vérifié » vaut pour une sorte d’innocentement de meurtriers qui ne cessent pourtant de revendiquer leurs agissements. Cela revient à systématiquement considérer les attentats comme étant le fait « d’éléments incontrôlés » dont les actions ne seraient du coup jamais imputables aux dirigeants palestiniens.
 
Un des chefs d’œuvre mensongers de l'Agence France Propagande
 http://tsahal.fr/2012/02/01/desinformation-la-verite-sur-la-photo-dun-palestinien-de-hebron-publiee-par-lafp-le-25-janvier/




A contrario, on trouve des assertions établissant le caractère « extrémiste » des Juifs présentés comme des hors-la-loi : « [les jeunes émeutiers palestiniens] veulent empêcher les extrémistes juifs de visiter le lieu saint et d’y prier, ce qui leur est interdit. » Les émeutiers, des morabitoun antisémites, passent ainsi pour les gardiens de la loi… Dans cette situation, la libre circulation des Juifs sur le Mont du Temple est présentée comme le fait d’extrémistes et comme une exigence juive : « Comme le rapporte la presse israélienne, la ministre [adjointe des affaires étrangères, Tzipi Hotovely] réclame par ailleurs la « liberté de culte » sur l’esplanade des Mosquées. » Non seulement les guillemets et la mention d’une source soulignent le point de vue juif dans sa spécificité, ce qui revient à insister sur son caractère partisan, mais la revendication est assortie d’un lexique qui fait l’effet d’un d’oxymore à la limite de l’absurdité : pourquoi des Juifs voudraient-ils donc la liberté de culte sur « esplanade des Mosquées » ? Le fait que des Juifs puissent se rendre où ils veulent est ainsi présenté comme une volonté d’hégémonie territoriale. 

Hypotypose

Ce procédé consiste à peindre de manière vivante une situation de manière à générer de l’empathie. On ne compte plus les articles se délectant d’épisodes où « les enfants palestiniens » avec leurs petites pierres font face au tanks israéliens ni les nombreuses mises en scène de violence provoquées (on envoie des enfants agresser des soldats, escortés par des familles en larmes et des nuées de photographes en espérant un cliché montrant de monstrueux militaires brutalisant des gamins…). Outre l’opposition enfance / armée, les vieilles femmes en pleurs et les maisons détruites font aussi partie des clichés permettant de générer un pathos anti-israélien.

Il faut ajouter la mise en scène idéologique de l’élément religieux : la violence musulmane n’est jamais décrite comme musulmane ou arabe mais comme « palestinienne », ce qui induit une lecture de type « libération nationale » plutôt que comme une vindicte jihadiste anti-juive. Les Israéliens sont volontiers décrits comme « juifs » ou « juifs orthodoxes » ou « ultra-orthodoxe » alors que les Arabes sont plutôt décrits par leur profession (« cultivateur », « enseignant »).

Voix active, voix passive

L’utilisation de la voix passive permet différentes focalisations. En masquant l’agent d’une action, le passif permet de ne pas pointer cet acteur directement. C’est le cas dans « Deux colons tués » qui fait l’économie d’une mention des meurtriers et permet ainsi de ne pas incriminer ces derniers.

Inversement, le passif peut aussi créer une victimisation. C’est le cas quand Le Figaro titre « Un Palestinien abattu »[7] où le passif suggère très nettement l’assassinat d’un civil. Le titre du Figaro omet de préciser que l’individu en question venait de poignarder un juif de quinze ans — on peut à bon droit s’étonner d’un tel masquage de l’agentivité jihadiste…

L’utilisation de la voix passive pour parler des musulmans victimes va de pair avec l’utilisation de la voix active pour les actions israéliennes. L’acclimatation à des représentations manichéennes (innocence palestinienne en lutte pour sa survie vs violence policières israéliennes) cultive une lecture systématique qui permet l’implicite : quand on lit systématiquement des titres de type « Deux Palestiniens tués », on devine la responsabilité israélienne. Cela bloque tout autre récit potentiel (les exécutions par le Hamas et par le Fatah ; les accidents de manipulation d’explosifs par les terroristes ; le sacrifice, parfois volontaire, des civils comme boucliers humains, etc.), et cela oblitère également toute causalité (les actions meurtrières de Palestiniens qui conduisent à leur élimination).

Quand on mentionne parfois la causalité, c’est de manière oblique : « Vaste opération israélienne dans le nord de la Cisjordanie après le meurtre de deux colons ».[8] En effet, les auteurs du meurtre ne sont pas mentionnés. C’est l’action israélienne qui est mise en avant et, bien sûr, le mot « colon » sonne comme une justification du meurtre tandis que le mot Cisjordanie suggère une incursion illégitime voire fait paraître le meurtre comme un prétexte à l’action militaire.

Décontextualisation

Il faudrait évoquer beaucoup d’autres procédés, en particulier la décontextualisation. Le conflit est en général envisagé sans en rappeler les racines historiques et religieuses (agressions musulmanes depuis 1948 ; nature jihadiste et anti-juive de ces agressions). Cela passe aussi par l’omission du contexte culturel jihadiste (éducation à la mort donnée dans les écoles arabes ; sacrifice des enfants que leurs parents veulent voir finir en martyr (shaheed) ; diffusion de clips avec des caricatures de Juifs qu’il faut égorger ; les discours de Mahmmoud Abbas parlant des « pieds sales des Juifs » et encourageant les martyrs, les récompenses pour ceux qui se livrent à des meurtres de civils ; les scènes de liesse populaires avec distribution de friandises à chaque meurtre de Juifs, etc.).[9] Le site Palestinian Media Watch http://www.palwatch.org donne un aperçu documenté du lavage de cerveau subi par la population musulmane et son incitation antisémite au meurtre et au martyr.

Le « deux-poids, deux mesures » est également une donnée narrative lancinante : on trouve anormale la présence juive sur un territoire que l’on accepte de considérer comme arabe (la Judée-Samarie) et normale la présence arabe en Israël. 

Égalisation

Les médias français ne cessent de présenter l’Autorité Palestinienne comme équivalent de l’état hébreu. Cette fausse symétrie met sur le même plan une démocratie soucieuse de la vie humaine et respectueuse des normes de justice avec un mouvement islamique voué à l’extermination des Juifs.

La délégitimation d’Israël va de pair avec la légitimation de l’Autorité Palestinienne dont le mandat présidentiel est accaparé par Mahmoud Abbas (sans élection depuis 2005). Auteur d’une thèse négationniste soutenue à Moscou,[10] terroriste non repenti,[11] fauteur de crimes qu’il ne cesse d’encourager, allié dans une coalition avec le Hamas dont la charte stipule l’élimination physique des Juifs, Abbas (nom de guerre : Abu Mazen) est considéré dans les médias français comme « modéré » et un « acteur du processus de paix ». A ce point de décalage avec la réalité, le discours journalistique relève de l’aveuglement volontaire ou de la propagande anti-israélienne. 

Un relativisme criminel

Cette brève analyse des moyens rhétoriques permettant de construire une opinion négative d’Israël prouve, par son systématisme, un parti-pris anti-israélien des médias français. Pire encore, la répétition d’une phraséologie rigoureusement identique, dans son lexique comme dans ses illustrations photographique et son argumentation (au mot près !) indique une unité idéologique lamentable.

On ne s’en étonnera pas étant donné le subventionnement des journaux et de l’AFP par l’état français. Après tout, le site du gouvernement le proclame fièrement : « La Palestine sera à nouveau le premier bénéficiaire au monde de l’aide budgétaire française en 2015 ».[12] Cela se chiffre de manière très précise : 40 millions d’euros en 2015.

C’est ainsi que les médias français prennent parti pour une entité jihadiste et judéophobe — au nom de principes humanistes ! — dont ils justifient les agissements, créant ainsi les conditions d’un ressentiment musulman au sein de la société française et mettant en danger non seulement les Juifs en France mais la paix sociale elle-même.
Par un tel travestissement de la réalité, l’alignement volontaire des élites médiatiques et politiques sur les positions jihadistes constitue non seulement une trahison intellectuelle, mais un véritable fait de collaboration qui achève de décrédibiliser la presse institutionnelle et le personnel politique.

[1] On peut ajouter la décision de la cour d’appel de Versailles qui a jugé que l’occupation était légale. On trouve facilement le rendu de jugement : http://www.dreuz.info/2014/12/26/la-cour-dappel-de-versailles-olp/
[2] Menashe Harrel, The Jewish Presence in Jerusalem through the Ages, John Day,‎ 1974, d’après les archives ottomanes.
[3] Léon Poliakov en fait le récit dans De Moscou à Beyrouth, essai sur la désinformation (Paris, Calmann-Lévy, 1983) : « … la graine était semée et les campagnes anti-israéliennes de Moscou allaient bientôt reprendre (..) Faisant le tour du globe, les germes s’implantaient à l’Est comme à l’Ouest (..) Cette assimilation devait aboutir une vingtaine d’années plus tard à une coalition anti-israélienne mondiale », p. 50.
[4] Jérusalem, Quartier de Pisgat Zeev, 12 octobre.
[5] http://palwatch.org/main.aspx?fi=708
[6] Le New York Times n’est pas en reste puisqu’il a titré « Jewish Man Dies as Rocks Pelt His Car in East Jerusalem », c’est-à-dire « Un Juif meurt sous les pierres qui ont bombardé sa voiture à Jérusalem Est ». L’effacement de l’agentivité est à son comble : il s’agit donc d’une région où les pierres sont douées de mouvement autonome — comme quoi, même les pierres sont antisémites par là-bas !
[8] Le Monde.fr, 02.10.2015, par Piotr Smolar.
[9] « Le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Rudeineh a loué et glorifié un terroriste de 13 ans qui était sorti de chez lui avec un couteau de boucher pour assassiner des enfants israéliens dans un magasin de bonbons. Une affiche du jeune terroriste abattu hier par les forces de Police a été remise à la famille accompagnée des traditionnels 30 000 dollars destinés à chaque famille dont l’un des membres et terroriste. Une rente à vie a été octroyée à la gloire du terroriste au père de l’enfant jihadiste. » http://www.europe-israel.org/2015/10/fil-dactualite-jihadisme-palestinien-linfo-en-continue-journee-du-mardi-13-octobre/
[10] http://www.wymaninstitute.org/articles/2003-03-denier.php
[11] http://www.veroniquechemla.info/2012/09/black-september-true-story-of-munich.html; http://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/42611#.Vh36ounl6Qs
[12] http://www.gouvernement.fr/partage/5223-seminaire-franco-palestinien  et http://www.gouvernement.fr/les-infographies-et-videos.

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