31 mars 2016

Djihad à Bruxelles, par Judith Bergman

Federica Mogherini, Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré le 24 juin 2015, au cours d'une bien nommée conférence « Appel à l'Europe V : l'Islam en Europe » :
« L'idée d'un affrontement entre l'islam et l'Occident a induit en erreur nos politiques et nos visions du monde. L'Islam occupe une place dans nos sociétés occidentales. L'Islam appartient à l'Europe... Je n'ai pas peur de dire que l'islam politique devrait faire partie de notre ensemble ».
Neuf mois plus tard, l'ignorance, l'aveuglement volontaire et une parfaite incompétence concernant les fondamentaux les plus basiques de l'islam - que Mogherini trahit par ailleurs dans ses propos - ont engendré un nouveau résultat mortel. Les propos de Mogherini sont pourtant parfaitement représentatifs du discours tenu au public par l'establishment politique et culturel européen.

Trente et une personnes ont été tuées et environ 300 autres blessées dans des attentats qui ont eu lieu à l'aéroport de Bruxelles et à la station de métro Maalbeek, au cœur de l'Union Européenne. Ces attaques terroristes ont été revendiquées par l'Etat Islamique.

Ces larmes d'une naïve irresponsable doivent réjouir les raclures islamistes.
Mogherini qui, le jour des attentats, participait à une conférence de presse en Jordanie, a fondu en larmes publiquement. Mais la peine qu'elle a exprimée, en tant que personnalité occupant un des postes les plus en vue de l'Union Européenne, est une douleur auto-infligée. C'est son aveuglement et le refus européen de regarder les choses en face qui ont produit l'actuel chaos Européen sur les dossiers sécuritaires.

Comme il fallait s'y attendre, l'Etat islamique a justifié les attaques en invoquant la participation de la Belgique « à la coalition internationale contre l'Etat islamique » - et ce, alors que la Belgique a tout juste participé à quelques bombardements en Irak, le dernier ayant eu lieu il y a plus de neuf mois. A l'évidence, la campagne d'Irak n'a rien à voir avec les attaques de Bruxelles. Ce type d'explications ne sert qu'à alimenter le discours dominant en Europe, celui que Mogherini incarne parfaitement.

De crainte d'offenser les musulmans, l'Europe s'interdit de porter le moindre regard critique sur les différentes doctrines de l'islam. Ce refus n'est pas spécifique à l'Europe. Voilà cinq ans, la Maison Blanche a volontairement mis au placard tous les supports de formation que les groupes islamistes auraient pu juger offensants pour l'islam. En 2013, le Washington Times a rapporté qu'un nombre incalculable d'experts en terrorisme islamiste ont été bannis des débats et conférences que le gouvernement a organisé sur le contreterrorisme, y compris ceux du FBI et de la CIA. Toutes les agences gouvernementales ont au contraire reçu l'ordre d'inviter les organismes de façade des Frères Musulmans.

Les élites politiques et militaires, ainsi que les médias et le monde intellectuel, refusent de porter la moindre attention aux doctrines politiques et militaires de l'islam et plus encore d'en faire le sujet d'une honnête recherche intellectuelle. Face à un ennemi qui fonde sa raison d'être sur ces doctrines, ce refus devient une pure malfaisance et une mise en danger d'autrui.

Les élites politiques et culturelles font régulièrement état de leurs craintes que la lutte contre le terrorisme ne finisse pas compromettre les valeurs démocratiques et les libertés qu'elle est censée protéger. Mais, ironie du sort, en abdiquant tout droit d'interroger – et de discuter – la nature de l'islam, ils ont déjà compromis notre valeur démocratique la plus fondamentale : la liberté de penser et son corollaire, la liberté d'expression.

L'islam politique est d'ores et déjà partie intégrante de l'Europe, mais pas tout à fait comme Mogherini se l'imagine.

Les théories politiques et militaires de l'islam – cet islam politique auquel Mogherini se réfère avec tant de désinvolture – sont codifiées dans la loi islamique, la charia, que l'on trouve dans le Coran et les hadiths. Contrairement aux idées fausses qui ont cours sur l'islam, ces doctrines ne donnent lieu, dans tous les grands courants de pensée de l'islam, à aucune interprétation nuancée.

L'injonction islamiste d'accomplir le djihad, violent et non violent, est un aspect de la charia que l'ouest se refuse à intégrer. En 2010, date à laquelle il était conseiller adjoint à la sécurité nationale au sein du Département pour la sécurité nationale, John Brennan, directeur de la CIA, a prononcé un discours au Centre d'études stratégiques internationale (CSIS). Il y a décrivait le djihad ainsi :
« Une lutte sainte, un principe légitime de l'islam, pour se purifier soi-même ou sa communauté. Il n'y a rien de saint, ni de légitime et encore moins d'islamique à assassiner des innocents, hommes, femmes ou enfants ».
Une affirmation tout simplement fausse. Comme l'écrit le Dr. Majid Rafizadeh, le Coran ne laisse place à aucune interprétation :
« Le Coran a été donné par Allah à Mahomet mot à mot. Cette représentation est unanimement acceptée par l'ensemble du monde islamique... un vrai musulman soucieux de respecter le vrai islam devrait suivre les ordres d'Allah et obéir aux préceptes du Coran complètement. Par conséquent, quiconque ignore certaines de ces règles n'est pas et ne peut être considéré comme un reflet de l'islam, un bon musulman voire même un musulman ».
Sheikh Muhammad Abdullah Nasr, un professeur de loi islamique diplômé de l'université Al Azhar du Caire – laquelle forme la majorité des savants islamiques traditionnels -, a expliqué, en novembre 2015, pourquoi cette institution se refuse à dénoncer l'Etat islamique comme non musulman :
« L'Etat islamique est un sous-produit des programmes d'Al Azhar. Comment Al Azhar pourrait-elle se dénoncer elle-même ? Al Azhar dit qu'un califat doit advenir et qu'il s'agit là d'une obligation pour l'ensemble du monde musulman. Al Azhar enseigne la loi qui définit l'apostasie et le meurtre de l'apostat Al Azhar est hostile aux droits religieux des minorités et enseigne qu'il ne faut pas laisser construire d'églises... Al Azhar soutient la jizya [l'impôt exigé des minorités religieuses] comme une institution. Al Azhar enseigne la lapidation. Comment Al Azhar peut-il se dénoncer lui-même comme non islamique ? »
Youssouf al-Qaradawi, est un juriste et un savant qui exerce une influence considérable dans le monde islamique. Il est le chef spiritual des Frères Musulmans, le président de l'Union mondiale des savants musulmans et le président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, ainsi que l'animateur d'une émission très populaire sur la charia diffusée sur la chaîne qatari AlJazeera. Le même Qaradawi a déclaré :
« La charia ne peut être amendée pour se conformer à l'évolution des valeurs et des normes humaines. C'est une norme absolue à laquelle toutes les valeurs et les comportements humains doivent se conformer ».
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, un dirigeant islamiste, a rejeté à plusieurs reprises les tentatives occidentales de présenter son pays comme un exemple d'« islam modéré ». Il a déclaré publiquement qu'un tel concept est « laid et offensant ; il n'y a pas d'islam modéré. L'islam c'est l'islam ».

Les djihadistes qui tuent au service de l'Etat islamique ne font que suivre les commandements du Coran 9:5, « Combats et tue les Infidèles ou qu'ils soient... » et du Coran 8:39 « Combats les jusqu'à ce que cesse la fitna [conflit] et que tout soit soumis à la religion d'Allah ».

Tous les musulmans ne réclament pas une stricte application de la charia. Nombreux sont les pieux musulmans qui, comme le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi aspirent à une réforme.

Toutefois, nombreux sont ceux qui, en Occident, refusent avec persistance de reconnaitre que la charia est au fondement de la guerre que les djihadistes mènent contre eux. Ce refus est la forme la plus dangereuse de malhonnêteté ; des centaines de personnes l'ont déjà payé de leur vie tant en Europe qu'aux Etats Unis.

Sans une réforme radicale de l'Islam et un soutien effectif apporté aux musulmans progressistes (lesquels sont aujourd'hui systématiquement écartés au profit des Frères Musulmans et d'autres organisations aussi peu recommandables), le risque existe de voir les attaques terroristes – ou pire – se généraliser à travers le monde occidental.

Le refus infantile de certains chefs de gouvernement d'affronter la véritable nature de l'islam et leur goût profond pour des fantasmes utopiques et fantaisistes, ne modifiera en rien les plans des djihadistes ; ils en sortiront confortés.

Aujourd'hui certains avancent l'idée que les attaques de Bruxelles seraient une mesure de rétorsion pour l'arrestation, la semaine dernière, de Salah Abdeslam, accusé d'avoir joué un rôle clé dans les attaques terroristes du 13 novembre 2015 à Paris. Ces spéculations passent à côté de la question. Aujourd'hui, l'arrestation d'un terroriste de haut niveau sert de justification, mais une autre explication sera avancée la prochaine fois. Il y aura toujours une « offense » que les djihadistes n'auront pas digéré. Le seul et authentique problème est la négligence criminelle avec laquelle les Européens et les Américains traitent la question du fondamentalisme islamique.

Teun Voten, un anthropologue qui a vécu dans le quartier islamique de Molenbeek, à Bruxelles, a publié un article éclairant le 21 novembre 2015 dans lequel il tente de réponse à la question de savoir pour cette partie de Bruxelles est devenue le cœur djihadiste de l'Europe. Il y a répondu de la manière suivante :
« ...la culture belge du déni est sans aucun doute le facteur le plus important. Le débat politique a été dominé au plan national par une élite progressiste complaisante qui croit dur comme fer que la société peut être pilotée comme un dossier administratif. Ceux qui pointent, chiffres à l'appui, la déplaisante réalité d'un taux de criminalité élevé au sein de la jeunesse d'origine marocaine et les violences de l'islam radical sont aussitôt accusés de faire le jeu de l'extrême droite. Bien logiquement, ils sont ignorés et ostracisés ».
Le débat est paralysé par un discours paternaliste qui transforme les jeunes musulmans radicaux en victimes de l'exclusion économique et sociale. Ces mêmes jeunes intériorisent d'autant plus facilement cette rhétorique qu'elle suscite la sympathie et les exonère de toute responsabilité vis-à-vis de leurs crimes. L'ancien maire socialiste Philippe Moureaux qui a gouverné Molenbeek comme son fief de 1992 à 2012, a peaufiné la culture du déni à un niveau tel qu'il porte aujourd'hui l'écrasante responsabilité de la dérive de ce quartier de Bruxelles.
Deux journalistes avaient déjà pointé la présence d'islamistes radicaux à Molenbeek et souligné le danger qu'ils représentaient. Les deux ont été victimes d'une campagne diffamatoire ».
Cette culture de l'ignorance volontaire du risqué terroriste se poursuit aujourd'hui encore, aggravée par l'absence d'administration centralisée sur les problèmes de sécurité. La ville à 19 maires, un pour chaque assemblée d'arrondissements, comme en témoigne l'actuel maire de Molenbeek, Françoise Schepmans.

Le New York Times a révélé que, un mois avant les attaques de Paris, Schepmans, a reçu une liste comportant « les noms et les adresses de plus de 80 personnes suspectées de terrorisme, toutes résidant à Molenbeek ». La liste, établie à partir d'informations recueillies par les forces de sécurité belges, comprenait les noms de trois des terroristes qui ont attaqué Paris, Salah Abdeslam y compris. « Que voulez-vous que je fasse avec eux ? Ce n'est pas mon travail de traquer les terroristes » avait répondu le maire Schepmans. « C'est à la police fédérale de s'en occuper » aurait-elle ajouté.

Cette irresponsabilité ne peut qu'exacerber une situation calamiteuse. Certains articles de presse ont ajouté à l'accablement en révélant que les autorités belges disposaient d'informations sérieuses sur des attentats en préparation à l'aéroport de Bruxelles et dans le métro, et qu'elles ne se sont pas senties dans l'obligation d'agir. Ce laxisme sécuritaire est sans doute le problème numéro 1 de l'administration politique et des services de police en Belgique. Il est probable qu'il en va de même dans le reste de l'Europe.

S'il existe encore quelque espoir de combattre les menaces terroristes contre l'Occident et de ramener nos cités à un semblant de vie normal, il est impératif que cette politique de l'ignorance volontaire, du politiquement correct et du déni disparaisse.
 
Judith Bergman est écrivain, éditorialiste, avocate et analyste politique.
http://fr.gatestoneinstitute.org/7723/djihad-bruxelles 

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