31 mars 2016

Les attentats de Toulouse et le temps des désillusions, par Richard Prasquier

D’autres crimes ont électrisé notre actualité, et c’est sous leur lumière qu’il faut  réfléchir sur les attentats de Toulouse. Président du CRIF, j’ai vécu ces événements dans l’hyperactivité exacerbée d’un cauchemar éveillé, où brillaient quelques lueurs d'espoir. Car j’ai admiré l’acharnement des services de police, la dignité de la classe politique  suspendant la campagne présidentielle, l’empathie pour les familles, les appels à la cohésion au nom du « plus jamais ça ». Mais j’ai vite compris que les partis pris et  la maladie du déni continueraient. Invité à TF1, critiquant ceux qui par leurs recensions biaisées avaient conforté un Merah prétendant «venger les enfants de Gaza », j'espérais lancer un débat, j’ai reçu une lettre scandalisée du syndicat des journalistes.
Après les espoirs, il y eut donc des désillusions.

Victimes de raclure

La première concerne la sécurité. Nos services  étaient, pensait-on, les meilleurs du monde, qui avaient évité à la France les massacres de New York, Londres ou Madrid. L’assassinat d’Ilan Halimi, pourtant, n’avait  pas été  qu'une erreur de psychologie, mais une faillite du renseignement. Et les jeux  de Merah avec les services de police, ses proches qu’on retrouve en Syrie, son frère qu’il a fallu quatre ans pour envoyer aux Assises, les échecs de filature des terroristes de 2015, l’impossible répression de la délinquance quotidienne, les prisons devenues écoles d’endoctrinement, tout cela,  qui provient d'une histoire longue d’affaiblissement des fonctions régaliennes de l’Etat et ne remet pas en cause la détermination  des personnels à tous les niveaux, nourrit désormais un lourd sentiment d’insécurité.

La seconde désillusion fut la réaction des représentants de l’Islam. Les attentats étaient l’occasion exceptionnelle de manifester avec éclat leur rejet -indiscutable à titre personnel-  de l’extrémisme islamiste. Mais la fraternisation espérée se fracassa à  la phase devenue fétiche que les assassinats « ne représentaient pas l’Islam », ou que « les musulmans étaient les vraies victimes de Merah ». Choisir la victimisation, laisser la poussière sous le tapis, c'était légitimer la tactique des Frères musulmans, ce vrai danger qui menace une Europe aujourd’hui en décomposition, prête à s’allier à tout ce qui ne semble pas être  Al Qaida ou Daech. Cette Europe est sourde, sous la rhétorique habile d’un Tariq Ramadan, à l’idéologie intolérable de son vénéré grand-père Hassan el Banna. Les déclarations lucides et parfois très courageuses qu’on a entendues ou lues récemment seront-elles autre chose qu’un cri d’alarme contre la nonchalance ?

Ce qui est caché sur cette pancarte : Islam signifie soumission. Non merci.
La troisième désillusion vint  des ONG, ciblant le racisme plutôt que l’antisémitisme, alors que le seul racisme de Merah était un racisme antijuif. Mais il ne fallait pas paraitre islamophobe ou partager quelque chose avec les sionistes. Depuis Toulouse, la détestation d’Israël a prospéré  et on a crié «mort aux Juifs » dans une manifestation sur Gaza. Rien dans les rues sur la Syrie, un thème « non rassembleur ». 

Enfin, loin d’être prophylactiques, les assassinats ont fait flamber les agressions contre les Juifs. Les refus de la  minute de silence furent eux-mêmes mis sous silence, alors qu’ils sont dramatiquement significatifs. Mohamed Merah est aujourd’hui un héros aux Izards et ailleurs. C’était aussi un précurseur qui voulait que le film de ses assassinats,  dont la diffusion fut évitée de justesse, serve de produit d’appel pour des vocations nouvelles. La bestialité avance…

Depuis quatre ans, plus de vingt mille Juifs ont quitté la France à cause de ces quatre désillusions. Ceux qui veulent rester espèrent qu’il s’agit de défis auxquels on peut encore faire face. Mais le temps presse... 

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