31 mars 2016

Pactiser avec les terroristes n’a pas évité les attentats, par Manfred Gerstenfeld

Se montrer accommodants envers les terroristes n'a pas aidé les Etats européens à long terme. Au contraire, cela les a empêchés de développer la moindre politique rigoureuse pouvant définir qui ils voulaient accepter.

Les Démocraties européennes face au Terrorisme : d’hier à aujourd’hui

L’Europe est, une fois encore, retenue en otage par le terrorisme musulman, à la suite des attentats meurtriers de Bruxelles. Les hommes politiques et des personnalités publiques ont ajouté leurs commentaires nébuleux habituels. Pour n’en relever qu’un, le Premier Ministre suédois  Stefan Löfven a déclaré : « C’est une attaque contre notre Europe démocratique. Nous n’accepterons jamais que les terroristes s’en prennent à nos sociétés ouvertes[1]« . 

Pour les Israéliens, les attentats terroristes en Europe ramènent à l’esprit une période d’il y a plusieurs décennies, quand Israël et ceux qui lui sont attachés d’une façon ou d’une autre, étaient pris pour cibles par le terrorisme global palestinien. Plusieurs démocraties européennes ont alors tenté de parvenir à une entente mutuelle avec les organisations terroristes : elles ne poursuivraient pas les meurtriers de Juifs et d’Israéliens, ou même de leurs propres citoyens. En retour, leurs propres pays ne feraient pas l’objet d’attentats.

Un accord clandestin entre le gouvernement suisse et les terroristes de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), passé il y 45 ans, a récemment été dévoilé dans un livre du journaliste suisse Marcel Gyr[2]. La Suisse a été victime de trois attentats terroristes palestiniens. En 1969, un terroriste palestinien a tiré sur un avion d’El Al à l’aéroport de Zurich, tuant son pilote israélien. La Suisse ont arrêté les terroristes. En 1970, une bombe à bord d’un vol de Swissair vers Tel Aviv a explosé à distance de Zurich, tuant la totalité de ses 47 passagers et de l’équipage. Plus tard, cette même année, un avion de la même compagnie Swissair en vol pour New York a été détourné. Il a été redirigé, en même temps que deux autres avions détournés, un britannique et un américain, en direction d’une piste d’atterrissage en Jordanie, où tous les avions ont été détruits[3]

D’après le livre de Gyr, nous apprenons que le Ministre suisse des Affaires étrangères de l’époque, Pierre Graber, qui est mort en 2003, avait passé un accord secret avec l’OLP peu de temps après le détournement de 1970. Son intermédiaire était Jean Ziegler, l’antisioniste notoire et militant auto-proclamé des droits de l’homme. Il était parlementaire suis à l’époque et il continue actuellement d’être actif en tant que membre du Comité consultatif du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies. Ziegler a récemment avoué son rôle dans cette obstruction à la Justice et a présenté ses excuses aux membres des familles de victimes[4].

La conséquence de cet accord est que les assassins du pilote israélien ont été relâchés et que l’enquête sur l’attentat du vol de la Swissair a été avortée. C’est un exemple de première main d’une démocratie qui consent délibérément à trahir la Justice et à lui faire obstacle, au mépris de ses propres citoyens assassinés. En mars de cette année, Gyr a révélé que l’architerroriste international Carlos, qui s’est commis en Europe, aujourd’hui emprisonné à vie en France, a déclaré à son avocat qu’il s’est toujours considéré comme étant en parfaite sécurité, lorsqu’il se trouvait en Suisse[5].

La Suisse s’est trouvée à la tête d’autres pays européens qui ont passé des accords ou tenté de le faire avec les terroristes palestiniens. Le gouvernement allemand a été le suivant à s’aligner pour essayer de pactiser dans le cadre d’une entente de ce type. Lors des attentats de Munich aux Jeux Olympiques de 1972, 11 athlètes israéliens et un policier allemand ont été tués, les athlètes atrocement torturés par l’organisation Septembre Noir, émanation de l’OLP. Cela a pris quarante ans avant qu’on sache que quelques mois  à peine après les attentats, un représentant du gouvernement allemand, Walter Nowak, a marchandé pour décrocher un accord avec Septembre Noir.

Nowak était alors Ambassadeur d’Allemagne au Liban. Il a rencontré Abu Youssef, un des fondateurs de Septembre Noir, au cours d’une conversation de plus de deux heures. Nowak a offert à Abu Yussef et à son mouvement terroriste la possibilité de conclure une « nouvelle vase de confiance mutuelle » avec le gouvernement allemand. En outre, ils ont discuté d’une éventuelle réunion secrète au Caire, qui devait se tenir entre Abu Youssef et le Ministre allemand des affaires étrangères de l’époque, Walter Scheel. Cet ancien membre du parti Nazi, le NSDAP, s’est réinventé un rôle après la Seconde Guerre Mondiale, en tant que chef de file du Parti Libéral et il est devenu Président de l’Allemagne en 1974.

Une semaine après cette rencontre, Israël a abattu Abu Yussef avec d’autres Palestiniens responsables des attentats de Munich. On cite alors Nowak disant que les Palestiniens éliminés faisaient partie des membres de l’OLP les plus « rationnels et responsables » (!). Il a rédigé une lettre aux autorités allemandes disant que les Israéliens avaient tué Abu Youssef et les autres Palestiniens de Septembre Noir, dans le seul but d’empêcher le « processus de paix » au Moyen-Orient. L’article de 2012, dans Der Spiegel, qui le décrit et bien plus encore à propos des courbettes allemandes face aux Palestiens après les massacres de Munich constitue un réquisitoire accablant contre le Chancelier Social Démocrate d’alors, Willy Brandt et son gouvernement[6]

Les Français et les Italiens ont aussi pris part à ce type d’entente ou pacte de non-agression avec les terroristes palestiniens. Abu Daoud, la tête de réseau des meurtriers des attentats de Munich a été arrêté par la France en janvier 1977. L’Allemagne et Israël ont exigé son extradition. Les autorités françaises ont refusé, donnant des explications qui sont très largement restées obscures [7]. Elles ont permis à Abu Daoud de s’exfiltrer vers l’Algérie.

En 1985, l’organisation terroriste du Front de Libération Palestinien a détourné le navire de croisière italien, l’Achille Lauro. Les Palestiniens ont assassiné le Juif Américain Léon Klinghoffer, confiné à son fauteuil roulant en le passant par-dessus bord et le bateau a continué sa route vers l’Egypte. Bien que les Egytiens aient offert aux pirates de la mer leur sauf-conduit vers la Tunisie, un avion militaire américain a forcé l’avion égyptien à atterrir sur le sol italien. 

Les Italiens ont arrêté les pirates et terroristes palestiniens, mais ont laissé leur chef Abu Abbas en liberté. Ils ont prétendu que les preuves recueillies contre lui par Washington étaient insuffisantes, qu’il détenait un passeport diplomatique irakien et qu’il disposait par conséquent de l’immunité. En moins de deux jours, Abu Abbas s’était discrètement éclipsé d’Italie, échappant à sa capture jusqu’à ce qu’il soit arrêté par les forces américaines en Irak en 2003[8].  Les autres pirates de la mer ont été condamnés à des peines de prison par la justice italienne.

Franscesco Cossiga, qui fut Premier Ministre italien entre 1985 et 1992, a avoué que son prédécesseur Aldo Moro, également Chrétien-Démocrate, avait signé un « pacte secret de non-agression entre l’Etat Italien et les organisations dites de « résistance » palestinienne, y compris avec les groupes terroristes ». Ce pacte garantissait la liberté de mouvement aux groupes terroristes palestiniens – à l’exception de celui d’Abu Nidal – à l’intérieur du pays en échange de l’immunité contre les attentats en Italie[9].

Nous savons à présent que de se montrer particulièrement accommodants envers les terroristes n’a pas aidé les Etats européens sur le long terme. Tout au contraire, cela les a empêchés de développer la moindre politique rigoureuse pouvant définir qui ils voulaient accepter dans leurs pays. Ceci se conjugue à des renseignements qui ne sont pas à la hauteur des défis et à de faibles techniques de surveillance[10]. Il suffit simplement de regarder brièvement les photos des meurtriers suspects de l’aéroports de Bruxelles. Quiconque entraîné de façon minimale dans le profiling les auraient interpellés bien avant qu’ils n’entrent dans l’aéroport et les aurait étiquetés pour des fouilles de sécurité supplémentaires.

Cela prendra probablement encore bien des années aux dirigeants européens, au prix de bien d’autres pertes humaines, avant d’accepter même l’idée que la première mesure simple pour endiguer les attentats terroristes consiste à savoir détecter le profil de suspects potentiels et que le faire est bien loin de transformer les démocraties en Etats policiers. Continuer à éviter de pratiquer ce travail de repérage ne fera que faciliter de nouvelles attaques terroristes au sein des démocraties européennes. Cela mènera encore à d’autres offres de condoléances creuses transmises par les dirigeants politiques de l’Europe aux victimes et à leurs familles pour les morts et les mutilations qui auraient pu être évitées.


phoca_thumb_l_manfred-gerstenfeld-7_2Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.
Adaptation : Marc Brzustowski.


[1] www.government.se/statements/2016/03/statement-by-prime-minister-stefan-lofven-on-the-terrorist-attacks-in-brussels/
[2] Marcel Gyr, Schweizer Terrorjahre, Das geheime Abkommen mit der PLO (Zúrich:, NZZ, 2016)
[3] http://www.bbc.com/news/world-europe-35384354
[4] http://www.tagesanzeiger.ch/schweiz/jean-ziegler-entschuldigt-sich-wegen-plodeal/story/11639007
[5] http://www.nzz.ch/schweiz/aktuelle-themen/carlos-fuehlte-sich-von-bern-protegiert-1.18707612
[6] www.spiegel.de/international/world/germany-maintained-contacts-with-palestinians-after-munich-massacre-a-852322-2.html
[7] Noemi Gal-Or, International Cooperation to Suppress Terrorism, (Routledge,2015), www.washingtonpost.com/archive/politics/1977/01/15/us-reportedly-alerted-france-on-abu-daoud/23591e3d-b350-4d98-b820-9cca0897a128/.
[8] “Palestinian Terrorist Abu Abbas Arrested,” Fox News, 16 April 2003.
[9] Nitssan Ratzlav-Katz, “Fmr. Italian Pres.: We Signed Pact With Terrorists,” Israel National News, 18 August 2008.
[10] www.telegraaf.nl/reportage/25466459/___Politici_keken_weg___.html; www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/belgium/12202477/Belgium-needs-its-own-Special-Branch-or-else-it-is-fighting-terrorists-blind.html

http://jforum.fr/europe-acheter-la-paix-aux-terroristes-na-pas-evite-les-attentats.html 

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