6 mai 2016

5 vérités sur le Collectif contre l’islamophobie en France, par Isabelle Kersimon

Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) justifie son existence et ses actions dans un communiqué rageur publié sur son site. Fin connaisseur des figures qu’exècrent les internautes dévoués à sa cause, il attaque Caroline Fourest, cible récurrente de tout ce que la webosphère compte d’islamistes, d’extrême-gauchistes et d’extrême-droitistes, d’antilaïques et de racistes de toutes obédiences.

"Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe ! ", Elisabeth Badinter
Largement relayé par nos confrères, toujours invité sans le moindre contradicteur sur les plateaux, se targuant au fil des années d’une audience qu’il a en effet su développer auprès d’instances européennes et internationales, mais aussi de certains politiques français, le CCIF est une véritable machine de guerre idéologique dédié à une cause unique : soulever les Français musulmans, essentialisés en un ensemble homogène de fois et pratiques, contre ceux qui combattent l’islam politique et ses avatars. Son arme porte un seul nom : islamophobie.



Victimologie et intimidations 
Toujours prompts à menacer de procès en diffamation, ses porte-parole se livrent à des tentatives d’intimidation et à des provocations verbales destinées à chauffer leurs troupes numériques. Le CCIF a, en effet, déjà porté le fer contre le Figaro, contre Yvan Rioufol, Alain Finkielkraut, Jeannette Boughrab, Laurence Rossignol, Elisabeth Badinter et moi-même, entre autres.

Quelle mouche l’a donc récemment piqué pour qu’il charge Caroline Fourest ? L’analyse que celle-ci a faite des critiques formulées par le Département d’État américain à l’encontre de la France en matière d’antisémitisme et d’actes ou propos antimusulmans . Elle consistait en trois points : oui, des actes antimusulmans existent en France, mais ils sont peu nombreux et peu intenses, comparativement aux actes antisémites. Elle rappelle par surcroît que le CCIF se livre à des manipulations statistiques potentiellement dangereuses. Sacrilège.

Le rêve des islamistes, extrémistes (de droite et gauche), antilaïques et complotistes.
Enrichissant son discours de circonvolutions relevant de la sémantique sociologique et statistique, le CCIF a bondi sur l’occasion pour tenter d’anéantir les critiques qui lui sont faites. Libération s’était déjà livré à un exercice similaire le 3 avril dernier, écrivant que les critiques formulées contre l’association fondée par Samy Debah – un professeur d’histoire ré-islamisé par le mouvement Tabligh – émanent de l’extrême droite et de la mouvance identitaire. Une telle opprobre est la manière la plus commode et la plus répandue de discréditer les opposants.

Le concept d’islamophobie, une arme politique
Le CCIF aura beau protester, il ne changera ni le réel ni l’histoire. Si le concept date en effet du début du XXe siècle, inventé par les administrateurs coloniaux français (voir Islamophobie, la contre-enquête pour un historique précis et documenté), c’est bel et bien l’Iran khomeyniste qui l’a remis au goût du jour au moment de la Révolution islamique, et ce, en anglais. À l’orée du XXIe siècle, il réapparaît en France par le biais du prédicateur Tariq Ramadan. Soutenu par Le Monde diplomatique ainsi que par le MRAP de Mouloud Aounit, il intègre rapidement les sphères de l’antiracisme historique (notamment la Ligue des Droits de l’homme) pour finir par convaincre médias et personnalités politiques d’extrême gauche, voire de gauche, que l’islamophobie est un racisme.

Ces faits attestés ne dissuadent nullement le CCIF de prétendre qu’il doit son existence à l’indifférence des associations antiracistes à l’égard « des musulmans » et qu’il répond à une sorte de vide en la matière. Les réseaux de transmission du concept d’islamophobie sont, à l’heure actuelle, tous liés de près ou de loin au CCIF, à Tariq Ramadan et aux Indigènes de la République, pour qui la laïcité en France est un racisme responsable… des attentats commis sur son sol. Le chantage à l’islamophobie consiste donc à proposer habilement la soumission à leur vision de l’islam contre une paix, non plus seulement sociale, mais totale.

CCIF et liberté d’expression
Se targuant de donner de l’islamophobie une définition que d’aucuns qualifieront de raisonnable, le CCIF assure n’avoir jamais intenté le moindre procès « contre des journaux satiriques qui se targuaient d’insulter la religion musulmane, notamment à travers son prophète ». On comprend à lecture que, tout en prétendant défendre des personnes agressées à raison de leur religion réelle ou supposée, le CCIF envisage bien sa « lutte contre l’islamophobie » comme un combat contre ceux qui insulteraient « la religion musulmane », autrement dit et malgré des déclarations complaisamment relayées, le CCIF entend bien punir – si ce n’est par voie juridique directe, à tout le moins grâce à des campagnes de « sensibilisation » victimaires – quiconque se livrerait à ce qu’il convient d’appeler un blasphème.

De fait, le collectif n’a pas pris part aux procès qui avaient visé Charlie Hebdo avant que la sentence de mort ne s’abatte sur la rédaction de l’hebdomadaire. En revanche, il avait bel et bien comptabilisé comme actes islamophobes les parutions en 2006 des caricatures « du prophète » dans France Soir puis dans Charlie Hebdo qui les avait republiées par solidarité. Le rapport 2006 du CCIF consigne en effet les « actes islamophobes » suivants : « Un journal satirique reproduit les caricatures insultantes du prophète de l’islam, prétextant la solidarité envers le journal danois » ; « Un hebdomadaire reproduit les caricatures insultantes du prophète de l’islam, prétextant la liberté d’expression ».

Par ailleurs, les statuts officiels du CCIF, modifiés deux fois (en 2004 et en 2005), confondent bien, en 2012, critique de l’islam et agressions contre les musulmans : « Le CCIF combat tout particulièrement (…) l’islamophobie comprise comme une crainte irrationnelle envers l’islam et les musulmans, une malveillance active envers l’islam et ceux qui le pratiquent (…) »

Les « réalités de l’islamophobie » selon le CCIF
Si le sérieux apparent de la phraséologie du CCIF peut impressionner des étudiants en première année de fac, il n’en demeure pas moins que, décidément, les actes que recense ce collectif doivent alerter. Florilège :

Dans son rapport 2008, le CCIF considère comme acte islamophobe le fait qu’une conseillère de l’ANPE « oriente la discussion vers l’obstacle que représente le foulard dans la recherche d’emploi ». Les actes recensés n’étant plus rendus publics depuis 2012, on peut légitimement s’interroger sur les chiffres alarmants des agressions contre les femmes musulmanes, que le CCIF estime entre, selon les années, 74 et 94%.
Plus préoccupants, ces actes comptabilisés en 2004 : « Orhan Arslan expulsé car il aurait tenu « des propos antisémites et antioccidentaux » d’après le Ministère » ; « Omer Oztürk était sous le coup d’un arrêté d’expulsion à la demande du Ministère alors qu’il était en Turquie. Il n’a donc plus le droit d’entrer en France. Il est présenté comme « l’émir » du mouvement extrémiste turc Kaplan ». Or, les personnes visées par ces arrêtés d’expulsion faisaient partie du mouvement  Kaplan (également appelé « Califat de Cologne ») qui prône le recours à la violence et au terrorisme, et est interdit en Allemagne depuis le 12 décembre 2001. Son cofondateur, Metin Kaplan, a été condamné en 2000 par le tribunal de Dussëldorf à quatre ans de prison pour incitation au meurtre et expulsé vers la Turquie en octobre 2004.

La même année, le CCIF déplore : « Abdelkader Yahia Cherif, imam de Brest, a été expulsé car le Ministère lui reproche son prosélytisme en faveur d’un islam radical et ses relations actives avec la mouvance islamiste prônant des actes terroristes ». D’après les Renseignements généraux, en effet, Abdelkader Yahia Cherif avait notamment appelé au jihad et invité ses fidèles à se réjouir des attentats de Madrid lors d’un prêche en mars 2004. Aussi le ministère de l’Intérieur avait-il réclamé son expulsion pour « prosélytisme en faveur d’un islam radical en direction de la jeunesse locale, appel à la violence et à la haine contre les personnes du fait de leur origine ou de leur religion avec de fortes connotations antisémites, et entretien de relations actives avec la mouvance islamiste nationale ou internationale en relation avec des organisations prônant des actes terroristes ». L’intéressé a contesté les faits devant la justice administrative. En vain. Dans une interview qu’il avait accordée au Télégramme de Brest, il ne cachait pas sa complaisance vis-à-vis du terrorisme islamiste : « Quant aux attentats américains et espagnols, déclarait-il au journaliste, il n’y a pas de preuve absolue de l’implication d’islamistes. Cette version a été contestée. Et si c’était eux, s’ils ont fait ça, chacun ses convictions… »

Autre exemple dans une liste sans fin : le CCIF recense en juin 2004 comme acte islamophobe la fermeture d’une mosquée par la municipalité de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Or, cette fermeture a fait suite à l’arrestation de l’imam et de onze autres personnes, tous suspectés de trafic de faux papiers et d’implication dans une entreprise terroriste (appel au jihad). La DST s’était appuyée sur un SMS envoyé d’Irak par Redouane El Hakim à un membre de l’association Iqra : « Le groupe est bien arrivé. Je vous contacterai si j’ai besoin d’aide. » Selon la police, la mosquée fermée aurait servi de centre de recrutement pour l’envoi de djihadistes en Irak, dont Redouane El Hakim et Abdelhakim Badjoudj.  Aucun des mis en cause ne fera l’objet d’une mise en examen, le juge d’instruction ayant estimé que les éléments de l’enquête étaient insuffisants pour démontrer l’implication dans une entreprise terroriste, et ce malgré la découverte chez des membres d’Iqra d’une procuration de l’International Islamic Relief Organization (IIRO, fondée en 1992 par Oussama Ben Laden) pour collecter des fonds en France et les remettre à un émissaire, de matériel de faussaire, de deux armes à feu, de cassettes du prédicateur Abou Qoutada et de tracts d’appel à la guerre sainte. Les juges antiterroristes avaient estimé que le parquet aurait gagné à laisser « mûrir l’affaire »… Or, les faits ont finalement confirmé le bien fondé des soupçons du parquet : El Hakim sera tué le 17 juillet 2004 lors de combats à Fallouja, et Badjoudj mourra dans un attentat suicide en Irak à la même époque.

Plus récemment, j’ai montré que le CCIF avait manipulé l’information dans une affaire d’agression à Pontivy, et inventé un faux meurtre islamophobe à Dreux http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/01/20/31003-20160120ARTFIG00339-islamophobie-les-chiffres-du-ccif-ne-sont-pas-fiables.php.

Paix et sérénité selon le CCIF
Tout en prétendant respecter la laïcité, le CCIF ne se cache pas de vouloir faire abroger les lois de 2004 et de 2010. Ainsi, en juillet 2013, l’ex-porte-parole Marwan Muhammad déclarait-il sur BFM-TV que les femmes intégralement voilées peuvent se soustraire à la loi dans la mesure où elles la considèrent injuste : « Les gens ont le droit de considérer que cette loi de 2010 vient intenter à leur liberté fondamentale de pratiquer leur religion. Cette loi est en contradiction avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, c’est l’ONU qui le dit. >> Pour ces militants, les lois encadrant le port du voile des fillettes et la dissimulation du visage dans l’espace public sont elles aussi « islamophobes ».

Le CCIF et ses réseaux tentent non seulement, auprès des instances internationales, de discréditer la France et ses choix politiques internes, mais ils prétendent aussi que nous aurions déclaré une guerre totale aux musulmans. Après avoir affirmé sur Al-Jazeera que les perquisitions consécutives aux attentats de novembre en France avaient humilié des millions de musulmans, Yasser Louati, le nouveau porte-parole du collectif, s’exprimait ainsi sur le site Yabilabi, le 7 avril dernier : « On est en pleine hystérie nationale. Le gouvernement est prêt à déclencher une guerre civile en France pour rester au pouvoir sans rendre des comptes de son bilan ».

Tacler Caroline Fourest ou Yvan Rioufol est chose aisée, et ne doutons pas que le procédé rallie bon nombre de grincheux plus prompts à s’accommoder de persiflages qu’à considérer les réalités. Et pendant que des traits vengeurs salissent intellectuels et journalistes aux visions pourtant opposées, le CCIF continue sa propagande contre les lois de la République, nos institutions, le gouvernement et la France sans que rien ne lui soit opposé.

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