17 mai 2016

LE CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN, par l’ambassadeur Alain PIERRET

Monsieur Alain Pierret, j'ignorais à ce jour qu'il existât au Quai des diplomates sensés et décents.
Je vous remercie pour ce texte, qui ne rachète certes pas le déshonneur des «méharistes du Quai», mais qui présente un rappel salutaire, fait rarissime venant de la
part d'un collègue des Roquets d'Orsay.

L’Ambassadeur Alain PIERRET : diplomate, il a été ambassadeur de France au Niger, en Israël (juillet 1986-août 1991), en Belgique et auprès du Saint-Siège, puis a fait partie d'une mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France sous l'Occupation en 1999. Il fut ancien directeur des Nations Unies et des Organisations internationales.

Jean-Marc Ayrault vient de regagner Paris par la voie des airs. Sans doute a-t-il jugé plus sûres les ailes d’un avion gouvernemental que la croupe de Buraq, le coursier qui conduisit Mahomet de Jérusalem au ciel. Ce choix peut surprendre dès lors que le représentant de la France au Conseil exécutif de l’UNESCO a signé, voici un mois, une résolution mentionnant à 17 reprises la mosquée d’al-Aqsa sans que soit cité même entre guillemets le «Mont du Temple», comme il est fait pour «la place Al-Buraq (place du Mur occidental)». Une grande avancée pour notre France laïque.
 
Réunir une conférence internationale pour trouver enfin une solution au conflit israélo-palestinien est une idée qui ne peut que recevoir l’approbation générale. Mais, pratiquement seule en Occident, la France n’était pas la mieux placée pour promouvoir une telle initiative, de surcroît dans une impréparation et une précipitation trop évidentes. 






















 
Ambassadeur en Israël, j’ai malheureusement été amené à constater l’insuccès d’une tentative analogue lancée fin 1985 par François Mitterrand. L’accueil d’Arafat le 2 mai 1989 au jour de la commémoration de la Shoah et le refus consécutif du président de recevoir Yitzhak Rabin à l’Élysée, sa tentative de sauver Saddam Hussein par une résolution proposée au Conseil de sécurité de l’ONU à la veille de la guerre du Golfe en janvier 1991, figurent parmi les causes essentielles de cet échec.
Il en est bien d’autres. En 1985,  les ministres Dumas et Chevènement signèrent un décret désignant Tel Aviv capitale israélienne ; en 1993, Juppé et Bayrou confirmèrent. Un diplomate du Quai d’Orsay fit mieux encore, adressant  une correspondance officielle à l’ambassade à «Tel Aviv – Palestine». Plus tard à Londres, un chef de mission parlera d’Israël comme d’un «petit État de merde». Faut-il alors s’étonner d’entendre Rabin en septembre 1989 déclarer «L’Europe est hors-jeu» ou, pendant la guerre du Golfe, Shamir affirmer que «si la France veut une conférence internationale, alors nous ferons tout pour qu’elle n’y soit pas !». Ce fut le cas fin octobre 1991 à Madrid où les membres de l’UE n’occupèrent qu’un strapontin d’observateur.
Ainsi, les orientations définies depuis plusieurs décennies par le groupe des «méharistes du Quai», équivalent du Camel Corps britannique héritier de Lawrence d’Arabie, et l’impéritie de nos dirigeants ne sont pas de nature à faciliter l’heureux aboutissement de l’entreprise. Apportant leur soutien immédiat à la proposition Fabius énoncée à grand fracas, sans s’assurer du soutien préalable de l’Europe, à commencer par l’Allemagne et la Grande-Bretagne comme aussi de celui des États-Unis, indispensable quoique l’on pense de leur inertie, les douze ambassadeurs signataires d’une tribune publiée le 3 février dans Le Monde ont signé l’arrêt de mort du projet. Ces diplomates auraient dû se souvenir de l’éditorial que ce même journal avait publié, le 13 octobre 2005, soulignant que «Les plus indulgents s’interrogeront sur les dangers d’une politique pro-arabe allant parfois jusqu’à l’aveuglement».
 
Ils n’ont pas davantage pris en compte le fait que leur opiniâtreté risquerait d’entraîner de graves conséquences, régionalement comme en France. Dans la situation présente, on pourrait ainsi assister à l’émergence non pas d’un mais de deux États palestiniens, Gaza voulant étendre son influence et son pouvoir à la Cisjordanie qui cherchera naturellement à s’y opposer. Il ne faut pas davantage oublier les drames sanglants qui accompagnent le contexte religieux actuel et déchirent le Proche-Orient.  Enfin, nous devons nous préparer aux répercussions prévisibles dans notre pays de cet antisionisme récurrent qui conduit à l’antisémitisme, comme le rappelait si bien Manuel Valls au dîner du CRIF le 7 mars dernier.

https://benillouche.blogspot.fr/2016/05/le-conflit-israelo-palestinien-par.html

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