23 mai 2016

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU s’est-il transformé en Frankenstein ? par Hillel C. Neuer

GENÈVE, 20 mai 2016 — Lors d’une déclaration mardi devant le Congrès des États-Unis, pendant une audience très suivie au sujet du 10e anniversaire du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies le mois prochain, le directeur exécutif d’UN Watch Hillel Neuer a remarqué que Genève célèbrera au même moment le 200e anniversaire de la publication de Frankenstein, produit du cauchemar de juin 1816 de Mary Shelley lors de sa visite dans la villa de Lord Byron, juste de l’autre côté du lac, en face de l’emplacement actuel du CDH.
 
Hillel C. Neuer devant le Congrès des USA







 Merci, M. le Président. Nous nous rencontrons pour le 70e anniversaire de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, dont les créateurs se sont rassemblés cette même semaine, en mai 1946, un an après les atrocités nazies. Eleanor Roosevelt en devint la présidente fondatrice, et René Cassin, l’éminent juriste et philosophe, le vice-président. Les fondateurs avaient un rêve : celui de réaffirmer le principe de la dignité humaine, et de garantir les libertés fondamentales à tous.
Avec le temps, cependant, les dictateurs ont détourné la commission — élisant même le chef du régime meurtrier de Libye, Mouammar Kadhafi, comme président ; 1946, Eleanor Roosevelt ; 2003, le colonel Kadhafi.


Deux ans plus tard, le secrétaire général Kofi Annan appelait à la suppression de la commission, identifiant sa politisation, sa sélectivité et sa perte de crédibilité — qui toutes « jetaient une ombre sur la réputation du système des Nations Unies dans son ensemble. »

Cependant, l’ONU promettait que la nouvelle institution élirait des membres engagés pour les droits de l’homme, et s’occuperait des abus les plus graves dans le monde.
Dix ans plus tard, nous demandons : La nouvelle institution fonctionne-t-elle selon la promesse de réforme de l’ONU, et en accord avec le rêve original, il y a 70 ans, d’Eleanor Roosevelt ?

Voyons de plus près le bilan du Conseil en termes de réponse aux violations manifestes. Grâce aux États-Unis, une enquête sérieuse a été mise en place au sujet de la Corée du Nord. Cependant sur cinquante séances, seule une petite minorité de pays ont été condamnés — même moins que ce qu’avait accompli l’ancienne commission discréditée.
À la vaste majorité des transgresseurs, le Conseil accorde l’impunité. En Chine, 1,3 milliard de personnes sont privés de liberté d’expression, de réunion et de religion. Le lauréat du prix Nobel Liu Xiaobo croupit en prison. Les Tibétains sont réprimés et torturés. La réponse du Conseil ? Aucune résolution, séance spéciale ni commission d’enquête. Aucune protection pour un cinquième de la population mondiale. Au contraire, en violation des critères garantis dans la charte de 2006 du Conseil, la Chine a été élue membre.

En Russie, les dissidents sont harcelés, arrêtés, et même assassinés. Le régime de Vladimir Poutine a déclenché des guerres meurtrières, en envahissant l’Ukraine et en avalant la Crimée. La réponse du Conseil ? Le silence. En dix ans, le Conseil n’a jamais essayé de faire passer une seule résolution condamnant la Russie — alors que même la commission discréditée avait réussi à en adopter deux. Le Conseil n’a pas non plus initié une seule séance spéciale, surveillance ni enquête. Au contraire : La Russie, elle aussi, a été élue membre.

En Arabie Saoudite, les femmes sont asservies, les chrétiens sont arrêtés pour pratique de leur religion, le blogueur pro démocratie Raif Badawi a été condamné à 10 ans de prison et à mille coups de fouet, et le nombre de décapitations atteint un niveau record. La réponse du Conseil ? Le silence. Une récente tentative d’enquête sur le bombardement par l’Arabie Saoudite de civils yéménites a été étouffée. Au contraire : L’Arabie Saoudite, elle aussi, a été élue membre.

Et face aux rapports irréfutables de torture en Algérie, de travail forcé des enfants au Congo, d’agressions de dissidents à Cuba, de maltraitance de travailleurs étrangers au Qatar, de maintiens au secret dans les Émirats Arabes Unis, d’emprisonnement du maire de Caracas Antonio Ledezma et d’autres leaders de la démocratie au Venezuela, et d’arrestations arbitraires au Vietnam, qu’a fait le Conseil, pendant ces dix ans, pour protéger ces victimes ?

Absolument rien. Au contraire : l’ONU a élu chacun de ces agresseurs en tant que membre du Conseil. Avec 62 % des membres actuels ne répondant pas aux critères de base d’une société libre, les valeurs démocratiques du Conseil sont, en 2016, au plus bas de leur histoire.

Penchons-nous sur le nouvel examen périodique universel du Conseil, qui prétend ausculter chaque pays. Alors que les États-Unis l’utilisent pour pratiquer un véritable examen, la vaste majorité l’exploite de manière à se faire des éloges respectifs. J’étais là quand la Chine a encensé l’Arabie Saoudite pour son respect de la liberté religieuse, et le jour suivant, quand l’Arabie Saoudite a complimenté la Chine pour son observation des droits des minorités. C’est la raison pour laquelle notre étude détaillée, disponible sur unwatch.org, est intitulée « Mutual Praise Society ».

Voyons les domaines dans lesquels le Conseil est actif. En dépit de la promesse de mettre fin à la sélectivité, l’obsession pathologique du Conseil pour la diabolisation des Israéliens et le déni de leurs droits n’ont jamais été pires. Depuis sa création, le Conseil a adopté 67 résolutions condamnant Israël — et seulement 61 pour l’ensemble du reste du monde. Les textes au sujet d’Israël sont parfaitement bien remaniés en supprimant tout fait compensatoire susceptible d’équilibrer la balance.

Ses commissions d’enquête comme le rapport Goldstone, qui condamnait Israël tout en exonérant le Hamas, a initié une nouvelle ère dans laquelle un groupe terroriste a fini par s’en remettre au Conseil en tant qu’outil international efficace de réalisation de ses objectifs meurtriers. Le Hamas est encouragé par l’ONU à lancer des attaques à la roquette contre des civils israéliens tout en exposant sa propre population civile au danger.

Et tout à fait récemment, le Conseil a institué une liste noire des entreprises israéliennes approuvée par l’ONU, afin que l’ONU mette en œuvre les campagnes BDS anti-israéliennes — boycott, désinvestissement et sanctions — et étrangle la vie économique des citoyens israéliens.

Pour finir, observons les rapporteurs spéciaux et les autres experts nommés par le Conseil. Certains d’entre eux accomplissent un important travail, comme le Dr Ahmed Shaheed, l’expert de l’Iran. Mais bien trop sont des loups déguisés en agneaux, nommés par les dictatures pour poursuivre des programmes radicaux au nom des droits de l’homme.
  • En 2008, ils ont nommé Richard Falk, l’un des défenseurs majeurs de la théorie de la conspiration du 11 septembre et partisan du Hamas. Je félicite la conseillère à la sécurité nationale Susan Rice pour avoir condamné ses propos venimeux quand elle était ambassadrice à l’ONU.
  • En 2013, malgré les objections de l’ambassadrice Samantha Power et du parlement suisse, ils ont réélu Jean Ziegler, le cofondateur du prix Kadhafi des droits de l’homme, une récompense accordée à Hugo Chavez, Louis Farrakhan et à des personnes niant l’Holocauste comme Roger Garaudy. Ziegler est l’expert du Conseil le plus longtemps en activité, et il a lui-même reçu le prix Kadhafi.
  • En 2014, à la fin de la mission de Richard Falk, le Conseil est allé plus loin et a nommé sa femme et collègue, Hilal Elver, qui, comme l’avaient souligné les États-Unis, épouse un point de vue également provocateur.
  • En 2015, le Conseil a fait d’Idriss Jazairy un expert des droits de l’homme pour l’ONU, même si, alors qu’il était ambassadeur d’Algérie, il avait personnellement mené une campagne agressive anti-démocraties pour museler les experts des droits de l’ONU.
Qui les sélectionne ? L’an dernier, le chef du groupe du Conseil qui présélectionne les candidats était le représentant de l’Arabie Saoudite.

Si Eleanor Roosevelt était vivante, ne serait-elle pas d’accord pour dire qu’élire le régime saoudien misogyne comme président est, selon les mots de Reporters Sans Frontières, grotesque ?

M. le Président,
Nous sommes sur le point de célébrer un troisième anniversaire. Le mois prochain, Genève fêtera le 200e anniversaire de l’arrivée de Mary Shelley et de son époux auprès de Lord Byron et d’autres personnes à la villa Diodati, à Genève, juste en face de l’emplacement actuel du Conseil de nos jours.

Dans de froid et sombre mois de juin 1816, au milieu de l’obscurité, sous le tonnerre et les éclairs, ils se racontèrent des histoires de fantômes. Mary Shelley fit ensuite un cauchemar, dont elle tira un roman célèbre : l’histoire d’un étudiant idéaliste qui essaya de créer la vie, pour n’être qu’horrifié par ses résultats, l’histoire de Frankenstein.

Je passe souvent à pied devant la villa Diodati. Quand je regarde de l’autre côté du lac et que j’aperçois le Conseil des droits de l’homme des Nations Unis, je ne peux pas m’empêcher de me demander : si Eleanor Roosevelt et René Cassin étaient vivants, et contemplaient la vue d’une institution qui légitime de manière grotesque des meurtriers, des dictateurs et des antisémites, ne seraient-ils pas révoltés de ce qu’est devenue leur création ? N’en concluraient-ils pas que le Conseil des droits de l’homme d’aujourd’hui est devenu le monstre de Frankenstein, et que leur rêve s’est transformé en cauchemar ?

M. le Président,  je crois que les États-Unis et les autres démocraties peuvent et doivent se battre à leur tour, comme je le souligne dans mes commentaires écrits, que je serai ravi de développer. Merci.


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