6 mai 2016

Nouveau consensus à l'ONU: Israël doit payer ! par Benny Avni

Les États-Unis viennent de s'associer à une demande onusienne de restitution du Golan à la Syrie, presque comique dans les circonstances actuelles. Cette attitude en dit long sur l'état d'esprit actuel d'Obama vis-à-vis d’Israël et  sur sa volonté de suspendre le bouclier diplomatique traditionnel à l'ONU. Y parviendra-t-il? Les électeurs américains pourraient en tenir compte lors de l'échéance présidentielle qui approche. (NdT)


Le régime de Bashar Assad est indigné. Il est tellement furieux qu'il a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de faire quelque chose. Et voila que ce Conseil, États-Unis compris, s'est enfin mis d'accord sur quelque chose concernant le dossier syrien: la Syrie devrait obtenir d'Israël le retour des Hauteurs du Golan.
Les hauteurs du Golan depuis les vignes Ortal
Pas celui de Raqqa, la capitale du califat de l'État islamique, ni celui de l'antique Palmyre. Par celui du Nord-est de la Syrie, entre les mains des Kurdes, ni celui du cœur de la Syrie, contrôlé par le Front al-Nusra, une filiale d'Al Qaeda. Et pas non plus le retour des enclaves dominées par des Druzes ou divers seigneurs de la guerre.

Non. Après tout, que représentent un demi-million de vies syriennes perdues en comparaison de la fierté blessée de la Syrie au cours d'événements qui datent d'un demi-siècle ? Le Golan, qu'Israël a annexé peu de temps après avoir gagné sa guerre défensive de 1967, est une démangeaison qui doit continuer à gratter selon vœu du clan Assad.

Ce mois-ci, le premier ministre Benjamin Netanyahou a consacré la réunion hebdomadaire de son cabinet au Golan, une première. Le Haut plateau restera à jamais entre les mains d'Israël a-t-il déclaré ensuite. Cette déclaration "va à l'encontre de toutes les résolutions du Conseil de sécurité" m'a affirmé le jour même Rafael Dario Ramirez, l'ambassadeur du Venezuela à l'ONU.

C'est pourquoi qu'il a appelé en compagnie de son collègue égyptien à une réunion spéciale de l'instance de l'ONU responsable du maintien de la paix et de la sécurité dans le monde. Ensuite, tous les pays membres du Conseil (dont les États-Unis) ont fait part de leur "indignation" devant la déclaration de Netanyahou. Ils ont rappelé qu'une résolution de 1981 avait stipulé que l'annexion du Golan par Israël était "nulle et non avenue, et sans effet du point de vue du droit international."

Du côté israélien du Golan, vous trouverez des plantations de pommiers, des caves à vin pittoresques, de minuscule brasseries à bière, sans oublier le meilleur steak du Moyen-Orient d'origine locale (produit d'élevage dans des pâturages et même cacher). À cet endroit vous serez aussi au plus près de la guerre qui fait rage du côté syrien sans risquer d'y perdre un membre ou même la vie.

C'est ce que font les soldats de la paix de l'ONU. Ils ont été affectés des deux côtés de la frontière pour contrôler le cessez-le-feu depuis que Damas a tenté d'arracher par la force le Golan en 1973.

En 2012, dès le déclenchement de la guerre civile, Assad ne s'est plus occupé du Golan. La zone frontalière a été investie par des gangs qui se sont aperçus que le kidnapping de soldats de la paix de l'ONU était une occupation lucrative. Les Nations unies se sont alors retirées pour leur sécurité du côté israélien, d'où leurs envoyés continuent de produire périodiquement des rapports sur les violations du cessez-le-feu par "les deux parties".

"Parties" ? À Genève, l'envoyé de l'ONU, Staffan de Mistura, tente en vain d'amener les nombreuses factions en guerre en Syrie à négocier les unes avec les autres. Il ne peut même pas les réunir dans le même hôtel.

En fait, la totalité du Moyen-Orient est impliquée dans la guerre syrienne  ou une multitude de parties différentes sont aux prises, plus la Russie et les États-Unis. Assad contrôle un tiers du pays. Nul ne sait comment mettre un terme au carnage.

Miraculeusement, Israël est le seul pays voisin de la Syrie qui se tient en dehors du conflit (pour l'essentiel). Naturellement, il a ses intérêts. La semaine dernière, Netanyahou a confirmé plusieurs attaques réussies contre des convois transférant des armes au Liban pour le compte du Hezbollah.

Il s'est aussi rendu à Moscou pour une réunion arrangée à la hâte avec le président Vladimir Poutine après que des avions russes ont frôlé de trop près des appareils israéliens dans le ciel de la Syrie. Netanyahou voudrait reprendre une coordination étroite avec Moscou pour permettre aux deux pays de défendre leurs intérêts en Syrie.

Malgré tout, dès que Bibi a publiquement réaffirmé le contrôle d'Israël sur le Golan (peut-être pour des raisons de politique intérieure), les crânes d'œuf du droit international se sont précipités au secours de Assad : celui qui peut à peine contrôler sa capitale, Damas, mériterait d'exercer en quelque sorte une souveraineté incontestable sur le Golan. Israël est sommé de rendre un territoire occupé, sous les cris qui s'élèvent depuis la Malaisie jusqu'au Maroc.

Le rendre à qui ? À al-Nusra ou à l'État islamique dont le monde entier juge que la participation aux discussions de paix de Genève est illégitime ? Au Hezbollah qui figure en tête de la liste américaine des organisations terroristes et qui tente aujourd'hui d'établir une tête de pont sur le Golan ? À Assad, le boucher qui a perdu toute légitimité selon le président Obama ?

Peu importe. Le Conseil de sécurité, Amérique comprise, a appelé mardi à la restitution du Golan et, de facto à négocier "pour établir une paix générale juste et définitive au Moyen-Orient."

Oui, dans le passé, Netanyahou a essayé de négocier un retour du Golan stratégique à la Syrie. L'un de ses successeurs devra faire un jour à nouveau cette démarche, peut-être après la division pure et simple de la Syrie, un pays qui n'existe peut-être plus vraiment.

Mais maintenant ? Ceux qui pensent que c'est judicieux doivent être en manque de médicaments.

Auteur : Benny Avni , journaliste au New York Post

Date de première publication : 26 avril 2016, dans The NewYork Post

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