17 mai 2016

« Une grande fête d’Auschwitz avec Booba ou Nekfeu ? » par Alain Finkielkraut

Le philosophe et académicien français est consterné par la tournure des événements et se désespère des réactions de la gauche officielle.

De passage en Corse, l’essayiste auteur de L’Identité malheureuse et de La Seule Exactitude (éd. Stock) s’exprime pour la première fois sur la polémique qui, depuis quatre jours, enflamme la classe politique et tous les médias. Il ne mâche pas ses mots et dénonce « l’abandon de la décence commune au Front national ».
On va bien s'amuser.
Jusqu'au bout.
« Le tout-festif est le grand cauchemar de notre temps. Il s’agissait de commémorer à Verdun le centième anniversaire d’une des batailles les plus effroyables et les plus meurtrières de l’histoire des hommes. La commémoration suppose le recueillement et voilà que l’on imagine, pour clore les cérémonies, une fête, car les jeunes, nous dit-on, ont d’autres valeurs et d’autres références que les adultes : ils ne peuvent se souvenir qu’en dansant. Si tel est le cas, il faut prévoir, pour sensibiliser la jeunesse à la Shoah, une grande fête d’Auschwitz, avec Booba ou Nekfeu en guest-stars.

Un rappeur n’était pas à sa place à Verdun. J’ajoute que ce rappeur a désigné dans une chanson la France comme un pays de kouffars, c’est-à-dire de mécréants, et, dans un autre texte, il a dit : Je crois qu’il est grand temps que les pédés périssent. Le groupe auquel il appartenait alors s’appelait Sexion d’assaut.

Je ne suis pas un partisan acharné du devoir de mémoire, mais j’ai la mémoire assez longue pour savoir à quelle organisation ce groupe a, en le sexualisant, emprunté son nom.

Le concert a été finalement annulé. Mais parce que Florian Philippot a été le premier à protester contre sa tenue, la ministre de la Culture a dénoncé un ordre moral nauséabond et décomplexé, le secrétaire d’État aux Anciens Combattants a parlé de fascisme et de totalitarisme, le secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur a mis en cause la police de la pensée, et le premier secrétaire du Parti socialiste a twitté son indignation. Le président de la République n’a pas voulu être en reste : il a déclaré que l’État était prêt, si le maire de Verdun revenait sur sa décision, à assurer la sécurité du concert…

Après la nation, la République, la laïcité, voici que les plus farouches opposants au parti dirigé par Marine Le Pen lui abandonnent la décence commune. Avec des ennemis comme ça, le Front national n’a pas besoin d’amis… »

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