12 sept. 2016

Hezbollah : l’arme de l’horreur et son remède, par David P. Goldman

La définition canonique du mot Yiddish Hutzpah correspond à l’idée d’un homme qui assassine ses parents et qui ensuite réclame la clémence parce qu’il est orphelin. Un degré sans précédent de Hutzpah anime les machinations des Musulmans radicaux, qui orchestrent les désastres humanitaires et qui, ensuite, réclament que l’Occident intervienne pour les sauver.

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 Dans son livre récent Mission Failure (L’échec de la Mission), Michael Mandelbaum de l’Université Johns Hopkins souligne le premier exemple de cette tactique : L’Armée de Libération du Kosovo (UÇK) avait persuadé la Secrétaire d’Etat de Bill Clinton, Madeleine Allbright de faire la guerre contre les Serbes en les provoquant par le meurtre d’une centaine ou de deux cents civils. 


La majorité du cabinet de Clinton n’avait aucune intention de soutenir l’UÇK, qui faisait de l’argent dans le trafic de narcotiques et d’êtres humains et ce cabinet ne voulait pas diviser l’Etat souverain de Serbie – un précédent que la Russie a ensuite employé pour justifier son annexion de la Crimée. Néanmoins, ce chantage moral a fonctionné et les radicaux musulmans ont appris comment actionner le bouton de la culpabilité contre la volonté de l’Occident. 

Ma critique sur l’essai de Mandelbaum est apparue au cours de l’été 2016 dans la Claremont Review of Books. Bien que j’y ai trouvé pas mal d’éléments avec lesquels je suis en désaccord, sa lecture des événements saillants y reste incisive. Son raisonnement recoupe ma mise en garde, juste après les attentats du 11 Septembre, que l’islam radical cherche à horrifier l’Occident – non seulement en commettant des atrocités contre les civils occidentaux, mais en provoquant des crimes de masse parmi les Musulmans eux-mêmes. 

Dans une large mesure, ils y sont parvenus. La conscience fragile des Allemands ne peut pas supporter la souffrance des réfugiés syriens affluant à travers leurs frontières, avec la connivence de la Turquie. Comme l’a rapporté Giulio Meotti au Gatestone Institute, l’invasion de réfugiés va altérer radicalement l’équilibre démographique européen. 

Le Hamas a livré la guerre de Gaza dans le seul but de maximiser le nombre de pertes civiles au sein de sa propre population et, de cette façon, entraîner l’Occident à forcer Israël à se retirer de la Bande Occidentale de Judée-Samarie, d’où des roquettes à courte portée pourraient dévaster l’aéroport national, aussi bien que Tel Aviv. Cela n’a pas marché parce que les Américains soutiennent Israël, plus que les Palestiniens, par un écart de 4 contre 1. Mais les dirigeants palestiniens sont patients ; comme l’écrit le journaliste palestinien Mohammed Daraghmeh, (traduit dans le Times of Israel), la guerre contre Israël  " ne se terminera que lorsque le monde comprendra que c’est de son devoir d’intervenir  et de tracer des lignes de frontières, comme il l’a fait en Bosnie-Herzegovine et au Kosovo ». 

Cette pantomime macabre devrait être transparente, mais la délicatesse de l’Occident est telle que l’opinion éclairée frissonne à la perspective qu’il puisse y avoir encore des morts palestiniens. Le monde oublie que les alliés ont tué 1 million de civils allemands et entre un quart et un demi-million de Japonais, en majorité au moyen de bombardements aériens. Ce sacrifice était justifié par la nécessité de détruire de méchants gouvernements qui tuaient des dizaines de millions de civils en Europe et en Asie. Les Etats  ont le droit de se défendre contre les attaques à l’artillerie. Le droit d’Israël à l’autodéfense est généralement reconnu, mais avec cette réserve que l’autodéfense reste « proportionnée » ce qui signifie « inefficace ».

Fréquemment, ce bobard de la « proportionnalité » est joint à une exigence de concessions que devrait faire Israël et qui n’a rien à voir avec la question à traiter. Le théologien Nigel Biggar, de l’Université d’Oxford, écrit, par exemple, dans la publication de l’été 2016 du journal chrétien Providence, qui traite de stratégie : « Il était dans les capacités d’Israël, de prendre des initiatives diplomatiques permettant de bâtir la confiance. De façon unilatérale, il pourrait avoir arrêté et inversé le mouvement de construction d’implantations illégales dans la Bande Occidentale de Judée-Samarie. Puisqu’il ne l’a pas fait, ses assauts militaires à Gaza étaient inaptes et, par conséquent, disproportionnés ».

Le Pr. Biggar oublie que le retrait unilatéral de Gaza, visant, soi-disant à « bâtir la confiance », a rapproché les roquettes du Hamas de ses frontières. Toute logique, ici, reste à côté de la plaque. L’Occident est horrifié et veut que l’horreur s’arrête, et c’est exactement ce sur quoi compte le Hamas.
 
Le pire est à venir. A la frontière d’Israël, le Hezbollah a désormais 150.000 roquettes et missiles, de loin l’inventaire le plus vaste au monde, dont de nombreux missiles de précision guidés, qui peuvent être programmés pour mener des trajectoires de vol et qui sont d’autant plus difficiles à abattre avec le système de défense anti-aérienne Dôme de Fer, comme j’en ai averti  il y a deux ans. Beaucoup d’entre eux sont disposés dans des maisons civiles dans des villes chiites du sud Liban. Les détruire entraînerait nécessairement des pertes civiles d’un ordre de grandeur d’une ou deux fois plus vastes que les dommages collatéraux atteints à Gaza. 

Des sources israéliennes bien informées ont fait savoir que les Forces Aériennes d’Israël ont décidé de ne pas préparer de plans d’urgence visant des installations de roquettes du Hezbollah ayant un quotient élevé de pertes civiles probables, ou de celles qui occasionneraient des accusations de violation des droits de l’homme contre Israël. Après une vive controverse entre officiers supérieurs, les Israéliens n’ont pas intégré les batteries de roquettes entourés de boucliers humaines dans leur liste de cibles. Le fait qu’elles aient été laissées en-dehors des procédures de ciblage, montre à quel point la tactique de l’horreur est parvenue à mettre en pièces la confiance en soi israélienne.

Pour le moment, le Hezbollah est embourbé dans la guerre civile syrienne, où il a perdu peut-être un tiers de ses effectifs de combattants des lignes de front et il n’est pas d’humeur à mener une confrontation directe avec Israël. Mais une guerre contre les frontières-nord d’Israël est probable au cours des toutes prochaines années. Les maîtres du Hezbollah en Iran, qui fournissent les missiles et les munitions et construisent les emplacements où les stocker, et qui manipulent certaines de ces roquettes/missiles sur le terrain, commenceront probablement une guerre par un bombardement limité – en pensant pousser Israël à répliquer massivement et en obtenant ainsi la condamnation du Conseil de Sécurité de l’ONU.

La simple logique militaire dicte que si le Hezbollah commence à tirer des missiles, la seule chose correcte à faire est d’en détruire l’arsenal tout entier. Une partie des projectiles du Hezbollah pourrait interrompre le trafic aérien de l’aéroport national, détruire des installations de centrales électriques et de raffineries importantes et mettre toute la population d’Israël aux abris anti-aériens.

A en juger par les tâtonnements d’Israël, en matière de ciblage, son cercle dirigeant semble pris dans un dilemme. Si Israël était prêt à réduire la puissance du Hezbollah dans l’éventualité d’une guerre, il aurait pris la mesure de précaution de publier ses estimations du nombre probable de morts civils, dans le but d’inoculer dans l’opinion internationale la probabilité de devoir tuer plusieurs dizaines de milliers de civils. Je ne propose pas, d’ordinaire, de conseils au Premier Ministre Binyamin Netanyahu, mais ce n’est pas une simple question de défense israélienne en soi, mais plutôt de gestion de l’opinion publique internationale.

Il devrait rendre publique une estimation du nombre probable de morts civils dans l’éventualité d’une guerre avec le Hezbollah, mais en doubler le chiffre. Il pourrait ainsi arguer, après-coup, avoir exercé la retenue en ne tuant que la moitié de ceux qu’il avait précédemment estimé nécessaire. Je ne sous-entends rien de tout cela à la légère. L’Occident est habitué à l’idée qu’il y a un demi-million de Syriens exterminés sans qu’il ne pipe mot, et il peut très bien s’acclimater à l’idée qu’une autre guerre -déclenchée par l’Iran ou/et le Hezbollah – fera au bas mot 100.000 morts libanais.

La vulnérabilité du Hezbollah repose sur le fait qu’il s’agit d’une milice qui prospère dans les communautés chiites du Liban, plus qu’une armée basée loin des centres de concentration civile. L’Iran est tout-à-fait prêt à sacrifier la vie des Chiites au Liban pour ses propres intérêts impériaux, mais les Chiites libanais eux-mêmes peuvent ne pas souhaiter n’être plus qu’une chair à canon destinée au sacrifice. En énonçant clairement les terribles conséquences qu’aurait une guerre contre Israël, Jérusalem devrait semer la peur et le doute parmi ses ennemis prospectifs.

Le risque, on doit en être sûr, est qu’un tel effet d’annonce pourrait renforcer les arguments entre les mains de certains gouvernements occidentaux ( à commencer par la France, par exemple) qui veulent imposer une solution à Israël pour mette fin à son contrôle sur des zones tampons dans la Bande Occidentale de Judée-Samarie. La réalité sur le terrain, cependant, est que le monde arabe sunnite est dans un tel état de chaos, de la Méditerranée et le Golfe Persique, que les perspectives d’un accord de quelque genre que ce soit sont très éloignées.

Le plus gros risque, dans la destruction de l’arsenal de fusées du Hezbollah à un coût humain élevé, provient d’Iran, qui pourrait sentir comme allant de son honneur de répliquer. L’Iran ne possède probablement pas encore d’armes nucléaires, aussi il est dans l’intérêt d’Israël de finir le travail dans le nord avant qu’il ne l’acquiert. L’Iran ne va probablement pas lancer une guerre nucléaire contre Israël, parce que ses dirigeants se lèvent un matin d’humeur plus apocalyptique que d’habitude. Le risque provient, plutôt, d’une possible escalade de ce qui commencerait comme un affrontement conventionnel. L’ancien Président iranien Akbar Hashemi Rafsanjani (un supposé « modéré » qui a télécommandé les attentats de Buenos-Aires) a désigné, de façon restée célèbre, Israël comme un  " pays qui ne survivrait pas à l’explosion d’une seule bombe " , prétendant que l’Iran pourrait survivre à un échange de tirs nucléaires, alors que cela radierait Israël de la carte.

En fait, cela ne devrait pas représenter un défi technologique inaccessible d’éliminer toute vie de mammifères en Iran grâce à la combinaison d’explosions nucléaires en série, d’attaques à impulsion électromagnétique contre le système électrique, l’envoi de « bombes sales » dans les approvisionnements d’eau et ainsi de suite. Ce n’est pas le genre de choses que les gouvernements vont aller crier sur tous les toits, mais dans la position de M. Netanyahu, je m’arrangerais pour qu’un Think Tank obscur mais respecté publie un rapport sur le sujet dans le style du regretté Herman Kahn*.
*[NDLR : un des grands futurologues de la Rand Corporation, « âme » de l’Institut Hudson, décédé en 1983. Spécialisé dans la prévision des risques de guerre nucléaire et inventeur de techniques de survie. Source principale d’inspiration du Film de Stanley Kubrick : Docteur Folamour].

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atimes.com

Adaptation : Marc Brzustowski

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