9 oct. 2016

Un peuple martytisé en silence au Darfour, par Jacques Benillouche

Qui connaît le Darfour, où il se trouve et ce qui s’y passe ? En quoi peut-il intéresser l’Occidental moyen qui se sent peu concerné par un conflit tellement lointain qu’il n’a sur lui aucune prise, même morale. Des colloques cherchent pourtant à réveiller les consciences et à sensibiliser les participants sur un massacre qui se déroule dans l’indifférence générale de la planète. Plus les mots se font insistants et plus le cynisme du reste du monde s’affiche au grand jour. Pourtant le Darfour se rappelle à notre bon souvenir, de temps en temps, lorsque l’horreur de l’actualité dépasse l’entendement.

N'ayant pas la chance d'être nés en Judée Samarie, ils n'intéressent pas le monde hypocrite.
Le Darfour est l’exemple même de l’influence d’un islamisme qui intoxique des miséreux pour s’inviter dans un conflit qui ne le concerne pas. Il prouve combien est puissante l’indifférence des gouvernements occidentaux qui se sont bâtis une armure de protection pour ignorer la vérité et pour ne pas se sentir concernés. Il démontre comment les intérêts personnels des États passent avant tout sentiment humanitaire au point de ne plus pouvoir compter sur un brin de solidarité de leur part.

Mais périodiquement, loin de cette réalité, le conflit du Darfour se rappelle à notre souvenir. L’histoire est simple. Le Darfour est une région de l’ouest du Soudan accolée aux frontières de Libye, du Tchad et de la Centrafrique, chacun de ces pays lorgnant sur une alliance locale pour s’approprier ce petit lopin de terre. Tirant son nom de l’ethnie Four, peuple de paysans noirs occupant le massif montagneux, il a longtemps été un royaume indépendant avant d’être annexé au Soudan en 1916. 
 
Les conflits d’intérêts ont toujours existé dans cette région mais, depuis 1989, le conflit est devenu racial et culturel, entre ceux qui s’identifient à l’Afrique Noire et ceux qui revendiquent l’appartenance à l’ethnie arabe à laquelle ils ne peuvent prétendre ni par l’origine et ni par la langue. La cause des querelles n’a jamais été religieuse mais essentiellement culturelle puisque tous les habitants du Darfour sont musulmans.

Cependant quelques tribus se disant arabes s’opposent aux deux tiers des populations constituées de tribus africaines et s’enflamment au son de la propagande islamiste développée à travers le monde. Alors, revendiquant à tort une appartenance arabe, elles cherchent à se donner des gages vis à vis d’un intégrisme qu’elles trouvent attractif par son côté prosélyte et conquérant. Pour s’acheter le droit de faire partie de l’élite arabe, elles n’ont pas trouvé meilleur passeport que de s’attaquer aux tribus africaines musulmanes sous prétexte qu’elles ne sont pas arabes. C’est le paradoxe d’une situation portée à son paroxysme par le seul rêve islamiste.
 
Pourtant traités par le régime de Khartoum avec le même mépris que celui auquel avaient droit leurs victimes, ces pseudos arabes, les Janjawids, ont accepté de jouer le rôle de harkis avec une haine et une cruauté terrifiantes. Les miliciens tuent, massacrent et violent leurs frères africains musulmans pour se donner un gage d’identité et pour recevoir enfin le certificat sanglant d’appartenance au monde arabe. Le résultat s’évalue à 300.000 victimes, mortes dans l’indifférence générale tandis que le massacre se poursuit encore aujourd’hui dans le silence et en l’absence des témoins des ONG ; Les musulmans tuant d’autres musulmans, croyant au même Dieu et enveloppés d’une peau de même couleur.
 
Ce conflit nous interpelle à double titre. Il montre d’abord que l’Occident et les États arabes se polarisent sur le problème israélo-palestinien, essentiellement politique, alors qu’ils ferment les yeux sur les massacres aux alentours, dans une sorte de danse du ventre autour des puits de pétrole. Il démontre surtout que les Européens sont tétanisés par les vagues d’hostilité qui se sont élevées à leur encontre suite aux problèmes du voile et des caricatures et qu’ils ne veulent en aucun cas se voir taxés à nouveau d’ennemis des musulmans. Alors ils détournent le regard. Le poids de la politique arabe, pesant dans les décisions européennes, endort les consciences. L’Occident devient indifférent aux drames qui se jouent, au vu et au su de tout le monde.
 
L’ONU n’a plus de troupes à envoyer dans la région tandis que l’OUA, dont c’est le rôle, peine à boucler le budget militaire que lui refusent les instances internationales sous prétexte que ses troupes sont peu aguerries. Enfin, le sujet du Darfour n’a jamais été à l’ordre du jour d’aucune réunion des Grands. 
 
On ne sait comment qualifier une attitude lâche qui consiste à abandonner à leur triste sort des peuplades déjà brisées par la misère. Et par là même on évite de perturber le grand de l’Asie qui, à l’instar des anciens «impérialistes» détournant les richesses du sous-sol africain, s’est trouvé un os gras à ronger. Dans le brouhaha des armes et des crimes, dans le silence de l’agonie et de la mort, la Chine parfait son implantation au Soudan pour y puiser à bon marché les ressources nécessaires à sa croissance. Le Conseil de sécurité lui-même ne se hasarderait pas à proposer une énième motion sachant que le véto chinois s’appliquerait de manière systématique.

Ainsi, les dictatures se renforcent grâce à un droit d’ingérence sélectif avec le risque de devoir pleurer, plus tard et en chœur, les morts d’un nettoyage ethnique. Les intervenants des colloques ne peuvent que stigmatiser l’impuissance des grands États à mettre de l’ordre dans ce qu’on peut déjà qualifier de génocide prémédité. Les motions votées à l’ONU ne sont pas respectées ; les délégués de cette organisation se font régulièrement expulser de Khartoum ; bref, une seule certitude, le «machin» perd de sa crédibilité en concentrant ses efforts sur le conflit palestinien tout en ignorant ou en feignant d’ignorer les pays où les massacres s’opèrent au grand jour et en toute impunité. Le prix d’un mort d’une peuplade misérable d’Afrique reste encore négligeable.
         
Le président soudanais Omar el-Béchir avait annoncé le 7 septembre 2016 que la paix était revenue au Darfour. Cette déclaration avait été faite à l'occasion d'une rencontre à el-Fasher, la capitale de l'État du Darfour-Nord, avec ses homologues du Tchad, Idriss Deby, et du Qatar, l'émir Tamim Ben Hamad al-Thani. Mais Amnesty international avait publié le 29 septembre 2016 un rapport sur l'utilisation par Khartoum d'armes chimiques dans la région du Djebel Marra, dans l'ouest du Darfour au cours d’une trentaine d’attaques. Les forces gouvernementales bombardent les villages sous prétexte de lutter contre l'armée du Soudan.

Sous couvert de la lutte contre les rebelles du FLA Abdul Wahid, 170 villages ont été détruits massivement avec des armes conventionnelles mais surtout au moyen de bombardements chimiques. En utilisant du gaz moutarde, l’armée soudanaise a franchi un pas dans l’horreur. Le régime de Khartoum a livré des armes à Riek Machar, ancien vice-président à la tête d'une dissidence armée au Soudan du Sud. Des munitions pour l'essentiel, parachutées dans l'État du Haut-Nil, une région du Soudan du Sud contrôlée par Riek Machar.

L'opposant sud-soudanais Riek Machar hausse le ton. Il vit en exil depuis les combats qui ont éclaté à Juba entre ses hommes et ceux du président Kiir, en juillet dernier. Dans un communiqué du 25 septembre, il entend reconstituer ses forces et reprendre les armes contre son rival. Il est pourtant isolé à Khartoum depuis que ses troupes ont été chassées et que plusieurs de ses lieutenants ont rejoint le président Salva Kiir. Il a rejeté l’accord qu’il avait signé l’année dernière et appelle au boycott du gouvernement. Riek Machar a prévu «la réorganisation de ses forces afin de mener une résistance populaire armée contre le régime autoritaire et fasciste du président Salva Kiir».
 
Les massacres au Darfour ne sont pas près de se terminer dans le silence coupable et la passivité des Occidentaux.
 

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