13 déc. 2016

En lisant « La Trahison des clercs d’Israël » de Pierre Lurçat, par Olivier Ypsilantis - 5/5

Tsahal, le droit juif et la guerre
« La Loi du Roi » (un livre rédigé par les rabbins Itshak Shapira et Yossef Elitsur et paru en 2009) est un livre non pas à interdire mais à lire. La Torah est loi de vie et l’ouvrage de ces rabbins ne s’écarte pas de cette loi. Hormis Maïmonide, la loi juive n’a guère abordé le droit de la guerre, de l’époque du Talmud au XXe siècle. Elle y est revenue avec la création d’une armée juive. « La Loi du Roi » qui s’adresse à un public versé dans l’étude de la Torah s’ouvre sur un chapitre portant sur l’interdiction de tuer un non-Juif. Les chapitres deux et trois traitent des non-Juifs qui respectent les (sept) lois noachiques. Le chapitre quatre traite des règles applicables aux Juifs et aux non-Juifs, différentes du fait que les Juifs de par leur élection ont un surcroît de responsabilités — et c’est en ce sens, et exclusivement en ce sens, qu’il faut comprendre le peuple élu. Le chapitre cinq traite du droit de la guerre, avec ce principe fondamental : « Celui qui vient pour te tuer, devance-le et tue-le », en temps de guerre comme en temps de paix.
La loi juive telle que l’expose « La Loi du Roi » est autrement plus précise que le Code éthique de Tsahal. Dans « La Loi du Roi », il est rappelé que la loi juive interdit très spécifiquement à un soldat juif de mettre sa vie en danger pour éviter de tuer un civil ennemi, une interdiction en accord avec la Torah et les prophètes. « Le Livre du Roi » recentre le code éthique sur les traditions d’Israël, alors que le Code éthique de Tsahal fait tantôt référence à la « tradition du peuple juif » tantôt aux « valeurs universelles » ; et en cas de contradiction, ce sont ces dernières qui prévalent. On comprend que « Le Livre du Roi » qui donnerait à Tsahal les moyens d’éradiquer le Hamas (moyens juridiques appuyés sur le droit juif) soit tant décrié en Israël par les lobbies d’extrême-gauche financés par l’Union européenne.


Pour faire la paix, il faut gagner la guerre
« On fait la paix avec son ennemi », slogan pacifiste trompeur repris par Itshak Rabin, au moment des Accords d’Oslo. Le politologue Daniel Pipes fait remarquer qu’on ne fait pas la paix avec son ennemi mais avec son ancien ennemi, que la guerre ne se termine pas par le truchement de la simple bonne volonté mais par la victoire de l’un des belligérants. Les avancées technologiques aussi perfectionnées soient-elles ne rendent pas caduque ce constat, et les réflexions de Daniel Pipe à ce sujet rejoignent celles de Zeev Jabotinsky énoncées dans « La Muraille d’acier », un texte essentiel et toujours d’actualité — de plus en plus d’actualité —, consultable en ligne et dans son intégralité. [Je rappelle à ce propos que Pierre Lurçat a remarquablement traduit de l’hébreu au français « Histoire de ma vie » de Zeev Jabotinsky, un livre essentiel — et pas assez connu — pour mieux comprendre l’histoire du sionisme et d’Israël.]

Pierre Lurçat [qui n’est en rien un va-t’en-guerre mais un observateur lucide, un homme qui ne se chante pas des berceuses] écrit : « L’idéologie pacifiste repose donc sur un syllogisme erroné : la paix ne découle pas d’une absence de volonté de faire la guerre chez les vainqueurs, mais de la compréhension du vaincu que la guerre est inutile, dès lors qu’il n’a pas la capacité militaire de vaincre ».  Israël n’a pas acheté la paix en faisant des concessions territoriales. Camp David (1978) et plus encore les Accords d’Oslo (1993) n’ont fait qu’attiser la volonté palestinienne, et plus généralement arabe, de vaincre Israël, de l’éradiquer.

Conclusion
Martin Buber et ses disciples ont une lourde responsabilité dans la structuration et la persistance du « problème palestinien » et des « problèmes des Territoires » qui se sont convertis en obsessions, poussant de côté d’autres questions comme les inégalités sociales qui ne semblent pas préoccuper la gauche israélienne depuis plusieurs décennies [mais qui préoccupent grandement l’auteur].

Mais il y a pire. Les clercs d’Israël activent l’antisionisme partout dans le monde et principalement en Europe. [On sait qu’à l’extérieur d’Israël, l’antisionisme flatte un antisémitisme qui n’ose généralement plus se dire comme tel. J’insiste : un Juif et plus particulièrement un Juif d’Israël qui critique son pays comme le font des pacifistes et des membres de groupuscules d’extrême-gauche est pain bénit pour les masses que travaille diversement l’antisémitisme. Il faudrait qu’ils en soient conscients]. L’auteur nous rappelle ce fait douloureux : c’est cette frange pacifiste de la gauche qui entre autres agissements a nommé un terroriste, Yasser Arafat, comme partenaire de la paix et des négociations, et qui est à l’origine du BDS (Boycott – Désinvestissement –  Sanctions).

Pierre Lurçat enfonce le clou — et comment ne pas lui donner raison ? — : cette partie de la gauche a fait régresser la pensée politique juive, a ligoté la psyché juive et l’a fait en quelque sorte retomber dans l’acceptation passive de la souffrance infligée à Israël, celle-ci étant volontiers considérée comme un instrument de la justice divine punissant les péchés du peuple juif.

Zeev Jabotinsky (1880-1940)

Au fond, et je simplifie, Pierre Lurçat nous donne à mi-mots à choisir entre Martin Buber et Zeev Jabotinsky. Ce dernier nullement passionné par le métier des armes mais fin observateur et analyste de l’histoire et de la situation du peuple juif pensa l’auto-défense juive à l’époque du pogrom de Kichinev et il comprit sans tarder que « pour que le sionisme et le peuple juif existent sur la scène mondiale, il fallait qu’ils deviennent une puissance militaire ». Soyons clairs : ce n’est pas le militarisme juif qui est une régression dans l’histoire du peuple juif mais bien le pacifisme des clercs juifs. [Cette appréciation profondément à contre-courant et férocement anti-conformiste me fait applaudir. Je la porte en moi depuis longtemps ; mais n’ayant pas une connaissance aussi précise et profonde que celle de Pierre Lurçat sur la trahison des clercs d’Israël, je l’exprimais avec un manque de pertinence.]

Cette idée ancrée par les héritiers de Brith Chalom selon laquelle Israël « devait toujours se comporter de manière exemplaire et adopter des normes morales supérieures à celle des autres nations » affaiblit le monde libre dans sa lutte contre l’islamisme. Israël se met en danger et met le monde libre en danger. De telles concessions faites aux pires ennemis créent de dangereux précédents.

L’Occident va peu à peu comprendre que le terrorisme qui frappe Israël et qui le frappe ne font qu’un. Ce qui arrive à Israël préfigure ce qui nous arrivera, d’où la nécessité d’israéliser notre sécurité. L’expression est de Hervé Morin qui en a fait usage au lendemain de l’assassinat du Père Jacques Hamel, à Saint-Étienne-du-Rouvray. Les clercs juifs pacifistes ont ligoté Israël, les Accords d’Oslo de 1993 ont délité sa crédibilité. Et l’auteur termine son livre sur ces mots à méditer : « La morale juive authentique, celle de la Bible et des Prophètes d’Israël, n’exige nullement de traiter ses ennemis en « proches » ni de leur appliquer des normes éthiques exemplaires. « La pitié pour le méchant fait tort au juste », avait énoncé le Talmud, signifiant par là que c’est précisément quand on se prend de pitié pour ses ennemis qu’on en vient à se comporter de manière inhumaine avec ses véritables proches ». A bon entendeur, salut !

Je recommande le blog de Pierre Lurçat, « Vu de Jérusalem ». Un certain nombre d’articles peuvent être directement rattachés à « La trahison des clerc d’Israël », comme les articles suivants : « Combattre la ‟palestinisation” des universités israéliennes, un enjeu crucial » (il y est question du livre de Yom Azony), « 19 novembre 1977 : Sadate à Jérusalem – le ‟faux Messie” de la paix » ou « De Camp David à Oslo : comment le faux-messianisme de la paix s’est imposé en Israël » (il y en a d’autres) :

Enfin, une entrevue Pierre Lurçat – Yannick Urrien (de Kernews Radio), publiée sur Le Blog de Danilette :

http://zakhor-online.com/?p=11285

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