11 janv. 2017

Eh oui, il n’y a pas plus français que les Juifs ! Et pourtant ils partent ... par Benoît Rayski

L’année passée 5000 Juifs ont quitté la France pour Israël. Il parait que c’est moins qu’avant. Et alors ? C’est 5000 de trop. Bien que de Gaulle ait parlé des Juifs comme d’un “peuple d’élite” il faut ici, et d’emblée, rassurer tous ceux qui n’ont pas eu la chance de naître juifs. Il y a chez les Juifs tout autant d’imbéciles que chez les Normands. La même proportion de demeurés que chez les Bretons. Et un pourcentage identique de personnages totalement dépourvus d'intérêt que chez les Tourangeaux. Mais il y a un mais. Et ce mais le voici.

Non, nous ne sommes pas sous Vichy. La France n’est pas devenue antisémite. Mais il y a chez nous, solidement et durablement installés, des segments de haine.


Entre les Juifs et la France un pacte a été scellé il y a longtemps. Au moment de la révolution de 1789. Et c’est pourquoi dans les synagogues, il y a une prière spéciale pour la République. Pendant des générations les enfants juifs n’ont eu aucune difficulté à ânonner “nos ancêtres les Gaulois”. Dans leurs familles on leur apprenait à être français, très français, plus français encore que les Français qui s'étaient juste donné la peine d’être “de souche”.
Oui les Juifs devaient être encore plus français que les autres, car confusément, ils savaient qu’ils n’étaient pas d’ici. Et que cela leur créait des devoirs et des obligations dont les autres étaient dispensés. Et ils ont donc été - et sont toujours - français, à la recherche d’une perfection dans la francitude qui ferait oublier leurs patronymes souvent à sonorité étrangère. Y a t-il plus français que Marc Bloch, fusillé par les nazis, notre plus grand historien contemporain ? Y a t-il plus français que Raymond Aron, un philosophe qui nous honore ou que le cardinal Lustiger Juif et archevêque de Paris ?

Quelqu’un a t’il mieux chanté la France et son identité que le Juif polonais Finkielkraut ? Connaît-on plus franchouillard que le dessinateur Gotlib qui créa l’inoubliable Superdupont  ? Plus gaulois que Goscinny, le père d’Astérix, petit fils d’un rabbin de Varsovie ? Plus parisien, plus parigot que le chanteur Francis Lemarque de son vrai nom Nathan ? Plus cévenol que Jean Ferrat qui fut enterré sous le nom de Jean Tenenbaum ? Et Gainsbourg, ce n’était pas la France ?

Pourtant des Juifs partent. Non, nous ne sommes pas sous Vichy. La France n’est pas devenue antisémite. Mais il y a chez nous, solidement et durablement installés, des segments de haine. Une haine de la France et des “sales Français”. Et pour les Juifs “sales Juifs”, c’est double peine. Pourquoi croyez-vous que depuis longtemps et bien avant les attentats, il y a des policiers devant les synagogues ? Pourquoi y a t-il des barrières et d’autres policiers devant les écoles juives ? Pourquoi il n’y a déjà plus de Juifs à Sevran, à Bobigny, à Trappes et dans les quartiers nord de Marseille ?

Si vous avez des enfants, trouveriez-vous normal qu’ils aillent à l’école la peur au ventre ? Alors oui des Juifs partent. Pour un pays en guerre où l’on risque aussi sa vie. Mais au moins là-bas l’ennemi est nommé et désigné. Ces Juifs qui nous quittent c’est un peu de France qui s’en va. Un gain pour Israël ? Quelle importance ! Il faut qu’ils reviennent dans le pays qui est le leur. C’est leur mère même s’ils ont tendance à la considérer comme une marâtre. Mais pour que cela se fasse, il faudrait peut-être que d’autres qu’eux s’en aillent ?


Additif de mon ami Max : " J'aurais pu écrire cet article. D'ailleurs je suis certain de l'avoir écrit des dizaines de fois.
À Tunis j'ai fréquenté jusqu'en troisième l’école de l'Alliance israélite universelle. Ses instituteurs-professeurs formés par l'Ecole normale de l'Alliance israélite à Paris étaient eux aussi ces hussards de la République. L'enseignement était celui programmé par les Académies de Paris, Marseille ou Bordeaux. 
Rien de religieux, sauf que nous allions à l'école le jeudi mais pas le jour de shabbat et les jours de fêtes juives. L'enseignement du Judaïsme et des rites religieux étaient facultatifs et en dehors des 30 heures hebdomadaires.
On nous a fait réciter " nos pères les gaulois " et enseigné -- à Tunis -- comment marcher sur le verglas en traversant les ponts de Paris. Et bien entendu nous avons chanté La Marseillaise. Etc...etc...
J'ai été formaté en israélite français. C'était le but de l'Alliance : remercier la France pour l'Abbé Grégoire et la nuit du 4 août.
Et aujourd'hui j'ai l'impression d'une erreur et d'un énorme gâchis.
Et au shabbat prochain nous réciterons  la prière pour la République française sous la protection de trois soldats revêtus de leur gilet pare-balles. "

1 commentaire:

  1. Article sympathique mais qui oublie une chose:les nombreux Juifs qui quittent la France pour le Canada ou les USA le font par peur de l'avenir comme l'ont fait régulièrement leurs ancêtres. Pour ceux qui viennent en Israel, la France n'est plus ni leur mère ni leur marâtre, mais simplement un des nombreux pays d'exil où a vécu leur famille,et par leur Aliyah, ils sont rentrés à la maison.
    Max parle d'une énorme erreur, d'un énorme gâchis parce que nous avons été formatés en israélites français: je ne le pense pas. Nous avons été formatés en israélites, ebrei, Juden, Jews...car nous vivions en exil et devions être respectueux du pays où nous vivions, tout en sachant que nos ancêtres n’étaient pas Gaulois ou Wisigoths.
    Quant à la prière pour la République, là encore notre culture nous a montré comment nous conduire en exil.
    Il est vrai que j'ai de la chance, je ne la récite pas. Je récite la prière pour l’état d'Israel (תפילת לשלום המדינה) et pour la sauvegarde de Tsahal.
    Bien à vous

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