22 janv. 2017

Qui est maladroit : Bensoussan ou Finkielkraut et Jakubowicz ? par Jean-Pierre Lledo

J’avais dernièrement affirmé mon entière solidarité avec Georges Bensoussan attaqué par une organisation islamique de France, pour ne pas dire islamiste… Et je concluais ainsi : la Justice française est-elle déjà en train d’appliquer les nouvelles directives d’Eurislam ? Ce nouvel épisode, démontre en tous cas, s’il en fallait confirmation, que la France où l’on traîne les libres penseurs dans les tribunaux (Philippe Valls, hier, Pascal Bruckner aujourd’hui) avant de les assassiner sur les lieux mêmes de leur job, n’est plus le pays des Lumières. Et à ces Lumières, on ne peut même pas leur souhaiter de reposer en Paix, car si l’incendie du Reichstag en 1933 avait ouvert la voie au totalitarisme nazi, on peut se demander : à quand l’incendie du Panthéon ?
 
Messieurs Finkielkraut et Jakubowicz, c’est vous qui êtes en plein délit de maladresse, pas Bensoussan ! L’univers ashkénaze vous est sans nul doute familier mais vous ignorez tout du monde sépharade et du monde musulman.
Mais aujourd’hui je voudrais dire ma stupéfaction après avoir entendu messieurs Finkielkraut et Jakubowicz, président de la Licra, évoquer d’une même voix ‘’une maladresse’’ de l’accusé. Appréciation d’autant plus choquante qu’elle donne avant même la délibération du tribunal, déjà raison aux accusateurs !


Dans un film documentaire sur le monde de l’école en France de Georges Benayoun, le sociologue franco-algérien Smaïn Laacher avait dit : « donc cet antisémitisme il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de Juif. ’’ 

Et Georges Bensoussan avait traduit cela en disant :‘ l’antisémitisme, on le tête avec le lait de la mère ’’, ce qui n’est pas ‘’ une maladresse ’’ de traduction, mais un raccourci, remarquable. Car pour téter, telle est la condition humaine, il faut être précisément sur et dans la langue, et pas dans une autre partie du corps, que je sache !

Le sociologue algérien, qui sait lui de quoi il parle, nous dit précisément que l’antisémitisme est déjà là, par la langue et dans la langue qui comme on le sait nous est antérieure, et nous irrigue donc de façon ‘’ innocente ’’, quasi inconsciemment, instinctivement, tel le lait de sa génitrice tété par le bébé…

Le sociologue et l’historien, on l’a bien compris, visent un fait de culture, et pour être plus précis de la culture islamique dont les textes fondateurs sont  le Coran, et les Hadiths, pierre angulaire de toute la culture des pays musulmans.

De plus, l’exemple que nous propose le sociologue pour illustrer son propos est dénué de toute ambiguïtés : ‘’ Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de Juif. ’’ 

Ce constat, que tout connaisseur du monde musulman ne peut démentir, n’implique nullement que tous les musulmans soient automatiquement antisémites, et cela ni le sociologue ni l’historien ne l’ont dit.

Portée par la langue et la culture, ’" dans l’espace domestique ’’, mais aussi dans la rue, par la rumeur ou l’opinion générale, par les stéréotypes langagiers auxquels on n’échappe pas toujours même lorsque l’on est un philosémite musulman[1], à l’école, à la mosquée, dans les media, etc…, la judéophobie n’est pas non plus une fatalité et il y a des musulmans qui résistent à cette culture, domestique et pas seulement domestique, puisqu’elle pénètre tout l’espace social, de l’imaginaire au politique. Ces musulmans-là résistent à titre personnel et peuvent transmettre ce refus à leurs enfants…

Mais dans ce monde musulman qui reproduit ‘’ naturellement ’’ cette judéophobie par l’enseignement du Coran et des Hadiths par le biais de tous ‘’ les appareils idéologiques d’Etat ’’, et qui de surcroît est un monde totalitaire où la liberté de pensée et d’expression se paye le plus souvent par la liberté, la mort ou l’exil, combien osent vraiment résister, autrement que dans leur for intérieur, lorsque les enfants en quête d’identification et de conformisme peuvent eux-mêmes devenir des délateurs ? !

Messieurs Finkielkraut et Jakubowicz, c’est vous qui êtes en plein délit de maladresse, pas Bensoussan ! L’univers ashkénaze vous est sans nul doute familier mais vous ignorez tout du monde sépharade et du monde musulman.

Si vous aviez seulement lu quelques pages du Coran ou des Hadiths, ou un seul des multiples livres sur l’alliance des grands chefs politiques et religieux du monde musulman avec Hitler (et notamment le grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin El Husseini, fondateur du panislamisme et du panarabisme), ou plus proche de vous, quelques pages même du livre de Bensoussan ‘’ Juifs en pays arabes ’’ vous n’auriez pas osé l’accuser, car la ‘’maladresse’’ c’est vous qui la commettez, et à quelques jours du procès, c’est en vérité bien plus qu’une ‘’maladresse’’, que je n’oserai pas ici nommer.

Un constat s’impose quand même : face à la nouvelle judéophobie islamique qui croît en proportion du nombre des musulmans en Europe, votre pensée est sur la défensive, ce qui est l’équivalent d’une démission.

Les juges seront-ils plus courageux ? Je l’espère pour l’historien, mais pour être franc, j’en doute.


[1] Lorsque le mot" Yaoudi’ "(juif) est prononcé dans le monde musulman arabe, on le fait suivre quasi-automatiquement du mot " hachak ’’ (une sorte d’excuse vis-à-vis de l’interlocuteur, pour le gros mot prononcé)…

Jean-Pierre Lledo est cinéaste, ayant vécu en Algérie jusqu’en 1993
Jean-Pierre Lledo, entièrement solidaire de Georges Bensoussan.
http://jforum.fr/qui-est-maladroit-bensoussan-ou-finkielkraut-et-jakubowicz.html 

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