14 févr. 2017

Avant la rencontre Trump – Netanyahu, par Jean-Pierre Lledo

Le volontarisme présidentiel, surtout lorsque comme aux USA le Président est doté d’un grand pouvoir, n’est certes pas négligeable. Il a par exemple permis à Obama d’entrainer les USA dans la voie hyper dangereuse de la remise des pouvoirs aux islamistes du monde arabe, labellisée ‘’Printemps arabe’’, et pire encore dans un accord nucléaire avec la plus malfaisante des puissances mondiales aujourd’hui, l’Iran (laquelle peut tranquillement déclarer que son but est d’anéantir Israël sans que l’ONU ni l’Europe , ni Obama ne s’en soient émus) et ce malgré l’opposition des élus.


La loi américaine permettra donc à Trump de prendre le contrepied de la politique de son prédécesseur et les campagnes d’hystérie collectives financées par Soros n’y pourront pas grand-chose. Pour autant, est-ce qu’il serait raisonnable de penser qu’un Président, même des USA, peut tout ? Certains Israéliens, de bords politiques opposés, le pensent, semble-t-il… Et la réalité forcément les décevra. Y compris sur ce qui préoccupe le plus Israël : son rapport avec les Arabes et les Falestiniens…


Plutôt que de s’en remettre à un homme, même le plus puissant aujourd’hui, Israël, selon moi, gagnerait à profiter du nouveau rapport de forces mondial qui sera de plus en plus nettement en défaveur de ceux qui ne se donnent qu’un but, la détruire, pour engager enfin le principal de ses combats : expliquer, expliquer, expliquer, et répondre aux argumentaires bien huilés de la propagande ennemie où la gauche et l’islamisme font bon ménage.

Et quand je dis ‘’ répondre ’’, je n’entends pas concocter et opposer ‘’ un bon narratif ’’ à celui de nos ennemis, mais s’adresser au monde pour lui rappeler un certain nombre de réalités (et non d’interprétations), historiques, passées ou présentes, concernant le peuple juif dans son rapport à lui-même et aux peuples arabo-musulmans environnants.

La chose la plus essentielle c’est évidement la légitimité du peuple juif à être revenu sur sa terre. Tant que les Arabo-musulmans n’admettront pas qu’il s’agit d’un droit, les discours négationnistes, la judéophobie prodiguée dans leurs mosquées, leurs écoles, et leurs mass media formeront des guerriers et la paix sera un vœu pieu (assez paradoxal lorsqu’il est le fait d’Israéliens qui se veulent détachés de toute métaphysique).

Je précise aussitôt la chose la plus importante : la reconnaissance de cette légitimité n’équivaut pas à celle d’Israël comme ‘’ pays de tous ses citoyens ’’, à laquelle Abbas dit ne voir aucun inconvénient. Car pour lui comme pour les trois partis arabes israéliens qui se sont coalisés, personne ne fait mystère qu’ils considèrent Israël comme un Etat de force et non de droit, et surtout pas comme l’Etat du peuple juif. Israël ayant, selon eux, vocation à gommer son marqueur judaïque pour ne pas discriminer les minorités, et ce en vertu de la nouvelle doxa postmoderne où ce sont les minorités qui dictent le contenu de l’identité à la majorité.

Sans parler de la gauche mondiale qui a laïcisée la bonne vieille cavale de la judéophobie chrétienne, dans cet endroit du Moyen Orient, seule la gauche israélienne semble aveugle et sourde, et ne pas saisir que les Falestiniens, qu’ils soient à l’extérieur ou à l’intérieur d’Israël, sont animés jusqu’à présent par un seul projet : liquider Israël comme Etat du peuple juif à plus ou moins long terme.

Le véritable problème est là et non pas dans des découpages territoriaux. La résolution territoriale ne peut être que la conséquence de la résolution de ce problème. Quand les gouvernants israéliens prendront-ils à témoin le monde en demandant aux Falestiniens de l’extérieur et de l’intérieur d’Israël de reconnaitre ce droit, et s’ils le faisaient de mettre fin aux discours et aux écrits judéophobes qui aujourd’hui formatent l’imaginaire arabo-musulmans ? Si ce droit avait été reconnu, il n’y aurait eu ni ces guerres, ni ce terrorisme auxquels a dû et doit faire face Israël.

C’est en posant cette question au niveau mondial, et en en faisant un préalable à toute solution, puis en écoutant les réponses arabes et falestiniennes qui y seront apportées qu’Israël aura à définir son action à court et moyen terme, et non pas donc, pour revenir à lui, en s’en remettant aux bonnes grâces du nouveau président des USA.

Mais pour être honnête, il me faut aussitôt dire mon pessimisme pour deux raisons.

Coté monde arabo-musulman, je ne crois pas qu’il puisse en quelques années se débarrasser de sa culture judéophobe et être capable d’un aggiornamento révolutionnaire quant à la question juive (dans mon ouvrage ‘’ Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam et Juifs ’’, je parle d’un minimum de trois siècles…).

Et côté israélien, je suis bien obligé de constater l’indigence en matière de lutte des idées au niveau de la planète… Un professeur israélien émérite en géo-politique, Manfred Gesterfeld, a pourtant élaboré le projet d’une grande agence de lutte contre la désinformation, doté de tous les moyens qui lui permettraient de mener efficacement la guerre médiatique, puisque c’est de cela dont il s’agit aujourd’hui : Israël, en tant qu’Etat du peuple juif, est soumis à une guerre planétaire dont les Falestiniens ne sont que le fer de lance…

Habitué aux guerres chaudes, et à ses victoires, Israël semble désarmé et accepter sa défaite sur le plan des idées. Ce qui est grave car ce qui dans cette guerre des idées est visé au niveau des institutions internationales, et de l’opinion publique internationale, mais aussi de l’opinion publique israélienne, c’est bien la délégitimation d’Israël, et sa vulnérabilité morale, prélude comme on le devine à sa négation…

Qu’une certaine gauche israélienne se prête à ce jeu serait seulement pathétique si cela n’était un bon indicateur du délabrement intellectuel qui affecte toutes les élites israéliennes, y compris militaires, et dont le symbole est le Haaretz, comme conséquence d’une démission dans la lutte des idées, quand ce n’est pas au contraire un engagement offensif mais pour le narratif de celui qui projette leur disparition…

N’attendons donc pas de Trump qui, et c’est normal, ne maitrise pas encore l’ensemble d’un dossier face auquel ses prédécesseurs ont été impuissants, y compris l’idole de Madonna et Meryl Streep, qu’il fasse ce qu’il revient au peuple juif d’Israël de faire…

Et pourquoi pas, par exemple pour commencer, un Symposium international d’archéologie à Jérusalem, à propos de ce Mont du Temple, pour mettre fin au négationnisme de la soi-disant instance culturelle dite ‘’ Unesco ’’ qui, sans la moindre preuve scientifique mais grâce à une majorité, a décrété que le ‘’ Mur occidental ’’ des Juifs appelé par les Chrétiens ‘’ Mur des Lamentations ’’ n’était en fait que le Mur de Bourak, du nom donc de la haridelle qu’aurait chevauché le prophète Mohamed, ceci n’étant qu’un rêve nocturne, comme ne le dissimule même pas le Coran lui-même !)

© Jean-Pierre Lledo, cinéaste, pour Europe Israël News

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