6 févr. 2017

Ce qui est lamentable dans l’affaire Fillon, par Jacques Bichot

[Note de l'administrateur : pourquoi j'ai jugé utile de faire paraître cet article.

Après tant d'années -- dont les cinq dernières furent particulièrement calamiteuses -- d'impuissance (pour être gentil) politique, la future élection présidentielle française est trop importante, ses enjeux trop cruciaux, pour qu'on la laisse se faire dépecer à l'avance par les magouilleurs professionnels de la sphère politico-médiatique et autres indignés à peu de frais. 

La partie française de mon identité -- n'en déplaise à ceux qui considèrent ce terme comme une grossièreté -- n'a aucune envie d'avoir à choisir entre un enfant œdipien et hystérique, bulle médiatique tombée de la dernière averse, un démagogue délirant islamophile partisan de moins que l'absence du moindre effort, et une extrême droitiste dont les efforts de ravalement ne vont pas jusqu'à exclure de son parti prétendument présentable les nostalgiques de Vichy, voire d'un Reich de mille ans.]

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Pour un retour du pragmatisme.

Une du Canard Enchaîné du 1er février 2017. (Sipa : AP22008406_000002)
Je ne suis pas particulièrement tendre envers François Fillon s’agissant de son projet. Notamment, j’ai sévèrement critiqué son approche floue et peu ambitieuse de la réforme de nos retraites par répartition. Mais la mise à mort médiatique, avec la complicité de membres de l’institution judiciaire, de ce candidat à la présidence de la République, est un signe trop éloquent de l’abaissement actuel du niveau de la réflexion et de l’action politique pour qu’il soit concevable de ne pas réagir.

La vérité sur le Penelope Gate

 

On reproche à François Fillon d’avoir rémunéré son épouse en tant qu’assistante parlementaire, de l’avoir fait rémunérer par son suppléant quand il était ministre, et d’avoir bénéficié de la rémunération apparemment sans rapport avec son travail qu’elle a obtenue à la Revue des deux mondes. Concernant le premier point, il semble que, antérieurement à 2012, les sommes non utilisées du crédit ouvert à chaque député par l’Assemblée nationale dans le but de rémunérer éventuellement des assistants parlementaires étaient versées au député : si cela est exact, le ménage Fillon n’a rien reçu de plus, Madame ayant simplement perçu des sommes qui, sans son embauche comme assistante parlementaire, auraient abouti sur le compte en banque de son époux. Son seul avantage serait d’avoir ainsi acquis des droits à pension, ce qui en bonne justice n’est pas anormal pour une mère de famille, femme d’un homme politique sans cesse sur la brèche, qui s’est fixé comme objectif d’épauler son mari en étant disponible au maximum.

Les deux autres rémunérations relèvent d’une analyse différente, pour laquelle nous n’avons pas toutes les données. Il est possible que Pénélope Fillon ait effectivement continué à traiter le courrier adressé localement au ministre ou Premier ministre. Il est possible en sens inverse que cet argent ait fourni des ressources au ménage sans travail véritable de sa part. Quant à la Revue des deux mondes, y a-t-elle exercé une fonction de relations publiques bien payée, ou était-ce une subvention déguisée à l’action politique de son mari ? Impossible de répondre à ces questions sans une enquête sérieuse.

Revenir aux vrais enjeux

 

Dans ces conditions, raisonnons comme si le dit ménage avait arrondi son budget de façon légalement discutable, et tant qu’à faire supposons même que cela concerne tout ce qui lui a été reproché et que la somme incriminée atteigne 2 M€, nettement plus que tout ce qui a été envisagé par les accusateurs de François Fillon : serait-ce une raison pour priver la France d’un candidat que des millions de Français ont estimé être l’un des meilleurs, ou des moins mauvais ? Puisque tout tourne autour du fric, rappelons que l’organisation de la primaire au terme de laquelle François Fillon a été désigné candidat de la droite a coûté beaucoup plus cher que ces deux malheureux millions. Les responsables du lynchage juridico-médiatique, si leur action remet en question le résultat de cette primaire, auront donc volé au peuple français beaucoup plus que leur victime !

Regardons maintenant les vrais enjeux. Quand le patron d’une société du CAC 40 se fait augmenter ses émoluments de 200 000 euros par an, ce qui est pour lui une vétille ne correspondant à aucun supplément de travail vérifiable, comment raisonnent les actionnaires ? Ils se disent « voilà un homme dont les décisions ont des conséquences qui se chiffrent en dizaines ou centaines de millions d’euros, et en milliers d’emplois, qu’est-ce que ça peut bien faire de lui donner en dix ans deux millions d’euros supplémentaires ? Certes, nous admirerions qu’il soit désintéressé, mais enfin ce n’est pas cela le vrai problème, nous avons besoin d’un manager de haut vol, pas d’un petit frère des pauvres. »

Imagine-t-on Richelieu mis en examen ?

 

Il en va de même pour la France. Sully, Mazarin, Richelieu, Colbert, se sont enrichis sur le dos du contribuable. Mais quelle importance si, en contrepartie, ils ont mille fois plus enrichi le peuple de France ? Un Président de la République n’est pas un Pape. On ne le choisit pas parce qu’il est vertueux, mais parce qu’il saura défendre les intérêts de notre patrie face à des personnages aussi puissants et rusés que Trump ou Poutine ou Xi Jinping ou le Premier ministre indien Narendra Modi. Alors, ne tombons pas tête baissée dans le filet tendu par des hypocrites qui se font passer pour des aficionados de la vertu alors que leur objectif est uniquement d’empêcher le déroulement d’un processus démocratique !

À cet égard, la réaction de nombreux Français, à en croire les sondages, et celle de nombreux « amis » de Fillon, à en croire les média, est inquiétante. Ils n’ont, pour les premiers, pas d’échelle des valeurs et des enjeux, ni de sens critique à l’égard des manipulations médiatiques. Quant aux seconds, ils n’ont pas le moindre sens stratégique : au lieu de faire bloc autour de leur leader, ils s’éparpillent comme une volée de moineaux effarouchés. Pauvre France !

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