13 févr. 2017

Israël légalise des implantations clandestines. C’est mal. Les médias français se régalent, par Liliane Messika

Sans surprise, la loi israélienne de février 2017 légalisant a posteriori des dizaines d’implantations illicites en Cisjordanie a représenté une aubaine : les médias ont, comme c’est l’usage, repris une dépêche de l’AFP que chaque journaliste a ensuite agrémentée à sa sauce, toujours dans le registre aigre, jamais doux. Les épices choisies ont varié du paprika au piment oiseau, du saupoudrage à la saturation. Mais pas un seul régime sans fiel.

Le consommateur français de propagande d'information serait-il obligé d'avaler n'importe quoi ?
OBJECTIF DU RÉGIME : Convaincre le consommateur que les Juifs volent une terre avec laquelle ils n’ont aucun lien.

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ENTRÉE : VOL DE TERRE À LA FOI GRAVE

  • L’ingrédient principal de ce plat est la foi. Plus grave elle sera, moins on sentira le goût des faits. Toujours se référer au territoire comme appartenant à celui qui n’a aucun titre dessus et jamais au propriétaire légitime à qui il est disputé (eh oui, c’est le terme légal !)

La Palestine mandataire a été partitionnée deux fois : la première, illégale, en 1922, quand les Britanniques en ont soustrait 75% pour créer de toutes pièces la Jordanie, ne laissant que 25% pour le Foyer national juif prévu sur 100% de ce territoire. La deuxième partition, officielle, a été votée en 1947 par l’ONU pour séparer Juifs et Arabes sur les 25% restants. Cette partition a été acceptée par les premiers et refusée par les seconds. De ce fait, le seul propriétaire légal du territoire est Israël qui accepté la loi internationale. Le territoire, lui, a augmenté suite à ses victoires sur la Jordanie, la Syrie et l’Egypte lors de plusieurs guerres défensives. L’Etat juif a échangé ces territoires contre un traité de paix, avec l’Egypte en 1979, puis avec la Jordanie en 1994. Il attend toujours que les Palestiniens (qui n’étaient pas un peuple en 1948, mais des gens qui se définissaient comme « la Syrie du sud[1] ») cessent d’éduquer leurs enfants au martyre dans la haine d’Israël pour faire de même avec eux.
[1] « Le peuple palestinien n’existe pas ! La création d’un Etat palestinien est un moyen de continuer notre lutte contre l’Etat d’Israël en vue de l’unité arabe. En réalité, aujourd’hui, il n’y a aucune différence entre les Jordaniens, les Palestiniens, les Syriens et les Libanais. Il est dans notre intérêt, comme Arabes, de prétendre à l’existence d’un peuple palestinien distinct, afin de l’opposer au sionisme. » Zuheir Mohsen (dirigeant OLP) interviewé par James Dorsey, « Wij zijn alleen Palestijn om politieke reden », Trouw, 31 mars 1977.

 Pour édulcorer le mauvais goût de la réalité et de la légalité,
  • Toujours assaisonner du mot « colons » les indigènes (2000 ans d’antériorité !) et laisser entendre que les autochtones sont ceux qui ont vécu sur place pendant deux ans (de juin 1946 à mai 1948, selon la définition du réfugié palestinien sur le site de l’ONU).
  • Toujours pimenter d’agressivité et de violence les verbes attribués aux méchants : « conquête », « colonies sauvages », « spolier », « voler », « cauchemardesque », « lobby des colons », « parti représentant leurs intérêts », « légaliser le crime organisé »…
  • Corollairement, toujours sucrer les gentils du casting médiatique en minimisant leurs actes (« bombes artisanales ») et en les victimisant : « protester », « spolié », « indigné »…
  • Pour parfumer d’un soupçon d’objectivité, réserver un adjectif positif qui décorera les dissidents du camp des méchants : « petit parti progressiste »
  • Assaisonner copieusement ceux qui soutiennent la mesure (on peut leur attribuer une « ferveur mystique »)
  • Bien mixer et traduire le tout en novlangue pour éradiquer les références historiques.

Un Israélien nomme « Judée Samarie » la région qui porte ce nom depuis l’an 930 avant Jésus-Christ (comme peut le lire dans la Bible et chez Flavius Josèphe) ?
Le journaliste retraduit en médiatiquement correct dans le texte : « Cisjordanie ».
Ce nom, donné depuis 1967 à un morceau de la rive ouest du Jourdain que la Jordanie avait annexée en 1950 et qu’Israël a reprise lors de la Guerre des Six-Jours, est-il plus légitime que la version originale et originelle ?


PLAT : PAVÉ D’ANIMOSITÉ AU POIVRE DE CAYENNE
  • Pour attendrir le cœur, remplacez toujours les mots implantations (neutre) ou villages (positif) par « colonies ». Le réflexe de culpabilité lié à la guerre d’Algérie se substituera à la réflexion et ramollira les cellules grises résistantes. Congelez quelques kilos de « Colonisation » et « Occupation » pour pouvoir, quelle que soit la saison, en mettre un bouquet à proximité du titre, cela exaltera le goût de l’antisionisme.
  • Pour ajouter un peu de grain à moudre, quel que soit le cas de figure, toujours laisser entendre qu’Israël enfreint la « loi internationale », même et surtout si, en l’occurrence, c’est vis-à-vis de la loi israélienne que les colonies sont « illégales ».
  • Si le Chef (du gouvernement israélien) a procrastiné, dégraissez le sujet : mieux vaut que le lecteur voie cette loi scélérate comme faisant l’unanimité chez les agresseurs.
  • Concentré d’automate : ne jamais mettre en perspective le motif de ce vote, se concentrer uniquement sur les réactions négatives des adversaires.
  • Cœur déloyal – contenu de la Loi : mentionner uniquement les dispositions susceptibles d’indigner les lecteurs. S’il est prévu une compensation financière ou un échange de terrains pour les propriétaires expropriés, l’occulter discrètement. Il ne s’agit pas que le lecteur français fasse le rapprochement avec les expropriations nécessaires à la construction d’une autoroute dans l’Hexagone !
  • Laissez cuire à feu vif en rajoutant de la sauce 2 à 7 fois par semaine.

SAUCE AU VA-T’EN-GUERRE

Verser dans une casserole un litre de concentré de haine, une tablette de bouillon d’indignation vertueuse et faire cuire à feu doux sur induction subliminale. Arrosez généreusement votre plat et resservez les convives.

Douceur falastinienne pour fêter la mort de Juifs

DESSERT : CERISE SUR PONCTUATION

Les guillemets sont plus qu’un coulis ou une crème pâtissière : ils servent à distancier le locuteur du propos qu’il reprend d’une source. S’il approuve l’énoncé, le journaliste ne recourra pas à ce procédé de mise à distance.

Ainsi dans la phrase Dénoncée comme un crime de guerre, un vol légalisé ou un pas de plus vers l’annexion de la Cisjordanie, la nouvelle loi israélienne en faveur des colons scandalise les Palestiniens et les défenseurs d’une solution à deux Etats, l’auteur de l’article reprend à son compte les termes crime de guerre, vol légalisé et annexion, bien que ce soient des citations faites par une des parties engagées dans le conflit.

De même la juxtaposition de Palestiniens et de les défenseurs d’une solution à deux Etats oblige à comprendre qu’aucun défenseur d’une solution à deux Etats n’existe dans le camp adverse. Pourtant, les dirigeants israéliens ont tous accepté cette solution, alors que le camp palestinien refuse depuis près de 70 ans de reconnaître le caractère juif de l’Etat juif.

En revanche dans la phrase suivante : Elle devrait revenir à « légaliser » 53 colonies dites « sauvages » et à exproprier au minimum plus de 800 hectares de terres palestiniennes, estime l’organisation israélienne la Paix maintenant, l’auteur marque clairement le peu de foi qu’il accorde aux termes légaliser et sauvages, provenant de la partie adverse, le camp des méchants.
En espérant ne pas les avoir gavés, nous invitons nos lecteurs gastronomes à comparer les menus sur :
http://www.la-croix.com/Monde/Israel-le-Parlement-vote-une-loi-controversee-en-faveur-des-colons-2017-02-07-1300822815
http://www.liberation.fr/planete/2017/02/06/israel-legalise-les-colonies-sauvages-en-cisjordanie_1546655
http://www.lefigaro.fr/international/2017/02/07/01003-20170207ARTFIG00037-israel-vote-une-loi-pour-legaliser-les-colonies-sauvages.php
http://www.courrierinternational.com/article/israel-colonies-une-loi-legalisant-le-crime-organise



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