27 mars 2017

Les dangers d’un retrait unilatéral des Territoires, par Hirsh Goodman

Il existe un consensus en Israël sur le fait qu’un accord de paix avec les Palestiniens, basé sur le principe de deux Etats pour deux peuples, consistant à donner des terres en échange de la paix, n’est pas réalisable à l’heure actuelle.

Synagogue de Neve Dekalim près de Khan Yunes après l’évacuation des Juifs de Gaza (AFP
Cependant, les Palestiniens ont choisi plutôt de mener une campagne de délégitimation et d’isolement international de l’Etat Juif. Ce plan B, comme alternative à la négociation directe, a été adopté par la direction palestinienne dans le but d’éviter à tout prix de reconnaître Israël comme Etat juif.


Devant l’impasse et le désespoir de ne pas voir à l’horizon de solution adéquate, certains dirigeants israéliens évoquent la « séparation » des Palestiniens et envisagent un retrait unilatéral des Territoires.

Selon eux, le statu quo mènera éventuellement à un seul Etat binational. Il permettra l’expansion des implantations avec l’accroissement naturel de la population, conduira à une situation irréversible en Cisjordanie, et ainsi découragera les Palestiniens de revenir à la table des négociations. Cependant, un retrait unilatéral impliquerait l’évacuation de plus de 80% de la Cisjordanie, et notamment des quartiers Est et Nord de Jérusalem avec le déplacement de plus de 80 000 habitants juifs vers d’autres foyers.

Affrontement lors de l’évacuation de l’implantation d’Amona en 2006 (Getty)
Jusqu’à présent, Israël s’est retiré unilatéralement du Liban, en mai 2000, et de Gaza en août 2005. Les partisans d’un retrait unilatéral des Territoires affirment qu’il permettra à Israël de prendre son destin en mains tout en renforçant sa sécurité. Israël pourra aussi négocier un accord de paix le jour ou un partenaire palestinien acceptera de négocier selon les paramètres israéliens intervenus sur le terrain après son retrait unilatéral. Selon les partisans de l’unilatéralisme, la nouvelle situation permettra de modifier le statu quo et améliorera la position et l’image d’Israël sur la scène internationale. 

L’unilatéralisme, tel qu’employé dans le Brexit du Royaume-Uni, est un terme ayant des implications profondes sur différents plans. Les retraits précédents et unilatéraux du Liban et de la bande Gaza n’ont pas réussi à mettre un terme aux hostilités ; bien au contraire, dans les deux cas, la situation demeure explosive. Le retrait du Liban a entraîné une nouvelle guerre contre le Hezbollah en 2006 et le retrait de Gaza plusieurs opérations militaires et des affrontements quotidiens.

Il est clair qu’un retrait unilatéral de territoires de Cisjordanie équivaudrait à reconnaître de facto que ces terres appartiennent légitimement aux Palestiniens, alors qu’en réalité, elles continuent d’être disputées et contestées. Elles sont, jusqu’à nouvel ordre, détenues par Israël, conformément aux normes et conventions internationales, dans l’attente d’un règlement définitif et viable signé entre les parties.

Concernant Jérusalem, il n’est pas question d’un quelconque retrait puisque la Ville sainte est en effet la capitale israélienne, et sur ce point il existe un large consensus en Israël.

Mur anti-sniper érigé à Jérusalem de 1948 à la libération de la Ville en 1967

Sans la présence de Tsahal en Cisjordanie, l’industrie illégale des armements prospèrera, ce qui augmentera considérablement les actes terroristes contre des cibles israéliennes stratégiques, notamment contre l’aéroport Ben Gourion. Un retrait unilatéral aura également des conséquences intérieures graves sur le plan politique, social et économique, avec le déracinement de dizaines de milliers de résidents israéliens et leurs familles de leurs foyers.
 
Le démantèlement des implantations de la bande de Gaza avec l’évacuation des 8 000 familles de Goush Katif avait déjà provoqué des affrontements et un traumatisme dont les séquelles persistent aujourd’hui encore. Il va de soi qu’un déplacement à grande échelle serait extrêmement compliqué et difficile à réaliser.

Par conséquent, un retrait unilatéral ne renforcera guère la sécurité d’Israël, comme le prétendent ses partisans, bien au contraire. Soulignons que la coopération sécuritaire existe actuellement entre Israël et l’Autorité palestinienne et que, grâce aux services de Renseignement, de nombreux attentats ont été déjoués. Un retrait unilatéral encouragerait les extrémistes à poursuive leurs attaques contre Israël. Il porterait atteinte à la dissuasion. La barrière de sécurité ne serait plus en mesure d’éviter des actes terroristes et en raison du retrait la situation économique se dégraderait et avec elle une recrudescence du terrorisme.

Un soldat israélien inspecte une usine d’armements en Cisjordanie (porte-parole de Tsahal)
Un tel retrait ne réduira non plus les efforts des Palestiniens et le soutien des organismes internationaux et ONG à poursuivre leur campagne de délégitimation d’Israël et de son histoire juive. Un retrait unilatéral ne mettra pas fin aux tentatives de boycottage et de sanctions tel que le mouvement BDS, ni à l’incitation à la haine sur les réseaux sociaux et dans la presse.

De ce fait, les partisans du retrait unilatéral devraient tirer les leçons du passé. Pour toutes ces raisons, seul un referendum pourra répondre à cette question grave et existentielle d’un possible retrait israélien des Territoires, et non une décision politique gouvernementale unilatérale, qui sera très difficile et douloureuse à appliquer.

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