19 avr. 2017

A Pâques, l’AFP s’égare à Jérusalem, par InfoEquitable

[note de l'administrateur : la désinformation systématique concernant Israël est devenue une habitude de la presse conforme, convenue mais non convenable. En conséquence, ce blog contient de nombreux articles concernant la scélératesse de ces pisse-copie qui se croient autorisés à instiller leur idéologie aux dépens de l'information.
C'est pourquoi je replacerai en chapeau des articles traitant de ce sujet un rappel de la charte de Munich censée réguler l’exercice du journalisme au quotidien. L’ennui est que cette charte n’est pas contraignante : pas d’ordre censé la faire respecter, donc aucun contrôle, donc aucune sanction. Garantis de leur impunité, pourquoi les propagandistes se gêneraient-ils ? 
Article 8 : s’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondements ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information.
Article 9 : ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste.]


Deux attentats islamistes simultanés contre les coptes d’Egypte faisant des dizaines de morts dans les églises lors du dimanche des Rameaux sont venus rappeler à quel point l’AFP s’égarait lorsqu’elle fustigeait, comme elle le faisait trois jours auparavant, Israël accusé de discriminer les chrétiens à Jérusalem. La dépêche pascale de l’agence s’intitulait : Des chrétiens plaident pour « Jérusalem ouverte » avant Pâques
Pèlerinage chrétien à Jérusalem lors du dimanche des Rameaux précédant Pâques. Source : Wikimedia Commons
  Est-ce à dire que Jérusalem serait fermée aux chrétiens ?
Pour appuyer ses dires, l’agence donne la parole à Nora Karmi, « active dans la communauté chrétienne de la Ville sainte. » Ce que ne dit pas l’AFP, c’est que Mme Karmi n’est pas une chrétienne lambda rencontrée au hasard.


Mme Karmi a travaillé pendant 17 ans pour le Centre Sabeel œcuménique de la théologie la Libération, une organisation chrétienne qui prône une « solution à un Etat » -– « un Etat pour deux nations et trois religions » : ce qui revient à éliminer Israël en tant qu’Etat juif. Le fondateur du centre, le révérend Naim Ateek, promeut la « théologie palestinienne de la Libération », une théologie chrétienne antisémite qui compare Israël aux bourreaux du Christ et fait de ce dernier, qui naquit et vécut pourtant juif, un Palestinien.

Nora Karmi travaille aujourd’hui pour Kairos Palestine, une organisation qui dans sa déclaration de 2009 présentait le terrorisme palestinien comme la « résistance armée » et appelait à boycotter Israël –- un appel qu’elle a réitéré personnellement. C’est donc à cette chrétienne qui aurait été mieux décrite comme « activiste » plutôt qu’ « active » que l’AFP s’adresse pour comprendre la situation des chrétiens à Jérusalem. Celle-ci explique :

Même les Palestiniens chrétiens résidents de Jérusalem doivent obtenir des permis spéciaux pour se rendre dans la vieille ville.
Quels permis ? Tous les habitants de Jérusalem, qu’ils soient arabes ou juifs, circulent librement dans la ville ; y compris dans la vieille ville que rien ne sépare des autres quartiers. En langage AFP, « Jérusalem-Est » a été « annexée par Israël » : cette réunification est survenue suite à la défaite de la Jordanie en 1967, après que celle-ci ait conquis la ville 19 ans plus tôt dans une guerre dont l’objectif avait été l’élimination d’Israël par les Etats arabes.

Les Arabes résidant à Jérusalem, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, sont donc parfaitement libres de circuler où ils l’entendent. Ceux habitant ailleurs en Israël aussi. Seuls ceux qui résident dans les territoires disputés de Judée Samarie et à Gaza doivent obtenir un permis, et cela pour tenter d’empêcher le terrorisme qui émane d’une partie de leur population.

Jérusalem est donc bien plus ouverte que ne le laissent entendre le titre et le texte. Surtout quand on compare la situation avec celle qui prévalait avant 1967 – et quoi qu’en dise Mme Karmi :

Au-delà des chrétiens palestiniens, « on entendait de l’arabe libanais, syrien ou égyptien » dans les ruelles de la vieille ville avant 1967, se souvient Mme Karmi. Mais « avec l’occupation, les Arabes ont arrêté de venir », dit-elle.
Mme Karmi ne se souvient donc pas d’avoir entendu de l’hébreu avant 1967 ? C’est normal : l’occupant jordanien avait pris soin, non seulement de chasser tous les habitants juifs de leur quartier historique de la vieille ville et de détruire leurs synagogues, mais aussi d’interdire aux Juifs d’y mettre les pieds.

Et depuis 1967, les Juifs ont retrouvé et reconstruit leur quartier ; mais eux n’ont pas chassé les habitants arabes de la vieille ville : n’importe quelle carte de cette zone montre quatre quartiers – juif, arménien, chrétien et musulman – les deux derniers étant peuplés d’arabophones.

Quartier arabe de la vieille ville de Jérusalem. La langue arabe y est bien vivante et ses habitants font du commerce. Source : Wikimedia Commons

Quant aux visiteurs arabes étrangers, la dépêche montre bien qu’Israël n’est pour rien dans leur absence. S’ils ont arrêté de venir, c’est que « le Liban et la Syrie, qui sont toujours officiellement en guerre avec Israël, interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Israël ou dans les Territoires palestiniens » : ce sont ces pays qui bloquent toute entente avec Israël, dans tous les sens puisqu’ils interdissent aussi aux citoyens de l’Etat juif d’entrer chez eux.

Et si en Egypte, dont l’article rappelle à juste titre qu’elle a signé la paix avec Israël, « les dignitaires chrétiens n’encouragent pas leurs fidèles à se rendre en pèlerinage en Terre sainte tant qu’y perdure l’occupation », est-ce la faute d’Israël ou est-ce le résultat d’une situation où les coptes, de plus en plus persécutés, doivent afficher publiquement leur hostilité à Israël sous peine de devoir être plus maltraités encore ? Le pape et patriarche Chenouda III a bien émis en 1977 une interdiction toujours en vigueur pour les pèlerins coptes égyptiens de se rendre en Israël, mais son successeur Tawadros II y a voyagé en 2015 et plusieurs milliers de coptes reçoivent chaque année un visa israélien pour venir en pèlerinage à Jérusalem, à Pâques justement.


Il n’y a donc rien de probant dans cet article pour corroborer le titre faisant de Jérusalem une ville fermée par Israël aux chrétiens : ni les faits, ni les sources partisanes interrogées. Le plus dommage n’est pas la mauvaise image donnée d’Israël, mais que pendant que l’AFP feint de croire que les chrétiens sont malmenés en Israël, ils sont persécutés dans tous les pays environnants sans susciter une indignation médiatique à la hauteur de leur calvaire. 

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