21 avr. 2017

Les analogies manipulatrices, par Allegra

Mon précédent billet mettait en évidence l’analogie choisie par les promoteurs (P.I.R. et consœurs) de ce camp d’été monochrome, celle qui existerait entre la situation des Noirs américains victimes du racisme d’état pratiqué par les états sudistes américains et la situation des « Indigènes de la République » victimes du racisme d’état français. Cette analogie est une manipulation qui sert une stratégie de la victimisation des immigrés et de la déstabilisation de l’Etat français à l’œuvre depuis plusieurs années.  

latuff coparaison étoile croissant.png
Ce dessin est ignoble et banalise l'extermination des Juifs. Rien d'étonnant puisque il est signé Latuff.

Mais il est d’autres analogies bien plus anciennes. La première fait florès dans la plupart des organisations pro-palestiniennes, et dans certains médias. Elle est de toutes les manifestations propalestiniennes partout dans le monde, dans les slogans, mots d’ordre et sur les pancartes. Elle consiste à faire d’Israël l’équivalent du régime nazi. Les territoires palestiniens sont Auschwitz ou le nouveau ghetto de Varsovie. Les Palestiniens sont les victimes des Israéliens juifs devenus les nouveaux bourreaux SS.

La seconde, présente dans les médias, les réseaux sociaux, dans des organisations de défense des musulmans, est hélas aussi utilisée par certains intellectuels peu honnêtes. C’est celle qui consiste à dire que les musulmans se trouvent aujourd’hui dans la situation que les juifs ont vécue avant et pendant les années de la seconde guerre mondiale.

Déjà en 2004, médusée, parce que c'était nouveau pour moi, j’ai ferraillé avec une intervenante (certains la reconnaîtront) des forums du nouvelobs qui osa prétendre que « tout est en place en France pour un holocauste des musulmans ; le processus est le même que celui utilisé contre les Juifs en d’autres temps. Si nous n’y prenons garde et il est peut-être déjà trop tard. »

Voici une image représentant cette analogie. Elle circule aujourd’hui sur certains sites et sur les réseaux sociaux. Ce dessin est signé Latuff, dont j’ai déjà eu l’occasion de signaler les caricatures antisionistes radicales  (ici, ici, et ici - tapez Carlos Latuff  caricatures, et vous obtiendrez un florilège de ses dessins), un des lauréats du concours de caricatures de la Shoah de 2014, expert dans l’instrumentalisation de la Shoah en image inversée, soit pour faire des juifs des nazis, soit pour faire des musulmans des victimes à l’image des Juifs.

Faire une analogie entre la situation des musulmans aujourd'hui en France et celle des Juifs sous l'occupation, comme si les lois raciales de Vichy étaient de nouveau un programme gouvernemental est scandaleux et stupide. Les Juifs étaient marqués d’une étoile par le gouvernement de Vichy et les autorités nazies de l’occupation. Ils ne revendiquaient certes pas de porter un signe distinctif. Des musulmans aujourd’hui se marquent eux-mêmes en portant des signes religieux ostensibles. 

Les Juifs n’étaient pas persécutés en tant que fidèles d’une religion, mais en tant que représentants de la « race juive ».  Je reprends ici le texte de  Guy Konopnicki, journaliste à Marianne :
« Ils sont chassés de la fonction publique, privés de leurs moyens d'existence et de leurs biens, puis, internés, déportés et assassinés sans la moindre considération pour leur pratique du judaïsme. Athées, apostats et convertis connaissent le même sort que les pratiquants. La philosophe Simone Weil, convertie au christianisme a été persécutée comme juive, des bonnes sœurs nées juives sont mortes à Auschwitz. Sans parler des enfants, qui n'ont pas eu le temps de savoir s'ils voulaient pratiquer la religion juive. La Shoah ne relève pas des persécutions religieuses, elle vise le peuple juif, racialisé, par la doctrine nazie comme par les lois de Pétain. Les juifs qui vivaient en France en 1939 ne cherchaient pas à se distinguer des autres Français, moins encore à les provoquer. En 1939, les juifs français sont partis combattre, ceux qui n'avaient pas la nationalité française se sont engagés massivement dans l'armée, leur taux d'engagement est supérieur à celui obtenu par conscription et rappel des classes. Ils aimaient la France et la France les a trahis. Et pourtant, nous l'aimons toujours, avec passion, cette France aujourd'hui meurtrie par les attentats islamistes. Pour cette raison, je ne puis accepter la moindre comparaison entre un procès verbal dressé contre une provocatrice, qui vient à la plage pour imposer une pratique sectaire de l'islam, et les victimes juives des nazis et de leurs serviteurs. »
Et on pourrait ajouter que les juifs tentaient de fuir cette Europe dans laquelle les musulmans veulent entrer.

Les analogies manipulatrices que j’ai citées banalisent et minimisent toutes les trois les persécutions dont ont été victimes soit les Noirs, soit les Juifs  pour appartenance à une race supposée. Dire que France se comporte envers les « Indigènes de la République » comme les États-Unis à l’époque de la ségrégation raciale est un mensonge et une minimisation de la réalité américaine de l’époque. 

De même pour l’analogie entre le régime nazi et Israël et celle entre les persécutions des juifs sous l’occupation et la situation des musulmans aujourd’hui.

Ce relativisme porteur de mensonges est souvent adopté par une certaine gauche se disant fraternelle. Aalam Wassef, éditeur égyptien et analyste des réseaux sociaux lui répond dans Marianne : 
" Regardons notre appétit de fraternité à la lumière de ce qui la menace " et
 " En 2016, la fraternité c'est savoir dire non à l'islam radical "

Pour nombre d’associations musulmanes, et de sympathisants de la cause palestinienne, l’islamophobie serait le pendant contemporain de l’antisémitisme des années 1930, et les musulmans d’Europe seraient en voie de subir le martyre juif. C’est un discours vieux d’une dizaine d’années, qui a commencé au moment du débat français sur la laïcité : certains responsables associatifs musulmans suggérèrent alors qu’il y avait une similitude entre la loi du 15 mars 2004 sur le port des signes religieux à l’école et l’étoile jaune imposée aux Juifs sous l’occupation allemande.*  

Le discours a été répété et amplifié. Aujourd’hui il est presque devenu banal dans certains milieux qui jouent sur la concurrence des mémoires. Dans une optique victimaire où le musulman ou l'Arabe palestinien est le Juif d’aujourd’hui, ce dernier devenu le dominateur, l’oppresseur, voire le nazi -- accusation répandue dans des tribunes, slogans et caricatures --,  ce discours veut que l’islamophobie égale et supplante l’antisémitisme, devenu obsolète.

Selon Pierre André Taguieff « la symétrie entre islamophobie et judéophobie relève de l'escroquerie intellectuelle et morale. » et il souligne « Point de musulmans assassinés en France parce que musulmans, point d'enfants musulmans tués en tant que musulmans. Point non plus en France, même après les tueries de janvier 2015, de manifestations islamophobes violentes avec des slogans comme « mort aux musulmans ! » ou « musulmans assassins ! ». 

L’équivalence entre antisémitisme et l’islamophobie, qui mène inévitablement à l’accusation de racisme, est l’outil favori du CCIF, du PIR, et de leurs alliés militants gauchistes pour faire passer les revendications communautaires islamiques et faire taire les partisans de la laïcité sans adjectif.

*Déjà en 1994, à Grenoble, de jeunes musulmans défilaient pour protester contre l'interdiction programmée du foulard islamique à l'école et dans les bâtiments publics en arborant un brassard en jaune sur fond noir le croissant de l'islam assorti de cette mention : à quand notre tour ? (Un racisme imaginaire : La querelle de l'islamophobie - Bruckner, Pascal)

http://lavissauve3.blogs.nouvelobs.com/archive/2016/08/28/les-analogies-manipulatrices-589813.html

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire