21 avr. 2017

Un silence meurtrier, par Shmuel Trigano

Comment interpréter le silence publique, médiatique, politique qui a entouré l’assassinat de Lucie Halimi il y a quelques jours ? L’étonnement, manifesté dans de rares commentaires, toujours du côté de la communauté juive, s’il est, bien sûr fondé, a néanmoins une courte mémoire.

Les bases de la démobilisation de l’Etat : déni et falsification de la réalité. Pas d'« antisémitisme », mais  « tensions intercommunautaires » et « conflit importé ».
Ce qui est en jeu, c’est non seulement le motif islamique mais aussi la défaillance de la police qui attendait le RAID à l’entrée de l’immeuble pendant que l’assassin commettait son forfait en étage.

Que les autorités officielles ne déclarent pas le caractère terroriste et antisémite du meurtre, ce ne serait cependant qu’habituel.
L’opinion n’est pas en effet sans observer, après chaque attentat islamique, la danse autour d’un tombeau des autorités judiciaires et officielles, commençant par douter de la nature islamiste du crime avant même de la qualifier comme telle, officiellement. Cela donne des situations très cocasses à observer, où se donne à voir la difficulté des pouvoirs européens (car c’est une situation partagée) à nommer l’ennemi, malgré l’évidence.

Non, le plus dur à constater concerne les médias qui, comme un seul homme, ont fait écran à l’événement. « Comme un seul homme », c’est bien là tout le problème. Comment s’expliquer ce phénomène dans un pays réputé pluraliste et aux médias multiples ? Est-ce un avant-goût de la France « bolivarienne », de la dictature à la Mélanchon ?

Ceux qui ont de la mémoire se souviendront qu’une telle expérience a déjà été vécue, au début des années 2000, quand 500 agressions antisémites étaient commises dans un silence absolu des médias, des pouvoirs publics mais aussi des institutions juives qui, pourtant, tenaient au jour le jour la liste des agressions et de l’identification des agresseurs. Il avait fallu l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur pour que l’on commence à en parler et que l’on parle d’« antisémitisme » durant ces années chiraquiennes, les plus terribles.

C’est pour cette raison même que j’avais créé l’Observatoire du monde juif : avant tout pour publier cette liste et alerter l’opinion. Le premier effet de cette publication fut de se voir traiter de raciste, parce que les agresseurs étaient identifiés par leurs victimes. Les institutions juives en conçurent un grand déplaisir - et c’est une litote. Ce n’est que quelques années plus tard qu’on comprit pourquoi : la chape de plomb obéissait à un ordre du gouvernement Jospin pour « ne pas jeter de l’huile sur le feu ». C’est Daniel Vaillant, alors ministre de l’Intérieur, qui devait le révéler. Les bases de la démobilisation de l’Etat étaient posés : il n’y avait pas « antisémitisme », mais il y aurait des « tensions inter-communautaires », un « conflit importé ». Le déni et la falsification de la réalité !

Ce que je voudrais dire aujourd’hui, c’est que l’affaire Lucie Halimi nous montre que, de 2001 à 2017, rien n’a changé au sein des élites du pouvoir, je n’ose pas ajouter ,des institutions juives, malgré l’affaire Merah, malgré l’Hyper casher, si ce n’est peut être plus de « compassion », dont la présidence hollande fut très prodigue, à défaut de décisions politiques, car politique est une situation dans laquelle l’agression vient de l’intérieur.

Cette situation n’est pas anodine. Objectivement, elle équivaut à un recul de la citoyenneté des Juifs, en premier sur le plan de la sécurité, dans la mesure où les autorités veulent négliger le fait qu’ils sont en tant que Juifs, des cibles désignées de l’islamisme, mais aussi sur le plan constitutionnel car une sorte de déclassement collectif s’ensuit avec à la clef un traitement différent pour certaines populations derrière l’illusion de l’anonymat du citoyen. Le fait que celà se produise dans une ambiance générale d’hostilité envers Israël et de l’adoption par l’instance politique et une bonne part de l’opinion de la cause palestinienne donne un sens supplémentaire à cette occultation. Dévoiler en effet ce qu’elle cache lui porterait ombrage et en montrerait l’iniquité.

Le fait que 17 ans après on en soit au même degré est pathétique, sur le plan de l’Etat bien sûr mais aussi des Juifs : il semblerait que la situation que nous avions crue exceptionnelle s’est durablement installée et pour longtemps. N’oublions pas que leur expérience dès le début des années 2000 a annoncé ce qui est arrivé ensuite à tout le monde. Il semble que la leçon n’ait pas été tirée...

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