4 juin 2017

Les faux pas des Européens face à l’immigration musulmane, par Michèle Tribalat

En abandonnant toute exigence à l’égard des immigrés et de leurs descendants avec lesquels les Européens sont sommés de trouver en permanence des accommodements, nous avons suscité l’audace des musulmans dont le poids en Europe, et tout particulièrement en France, n’a cessé d’augmenter. Nous avons sous-estimé la spécificité de l’islam, en présumant qu’il ne rendrait pas les musulmans plus difficiles à assimiler que ne l’avaient été les migrants en provenance d’Europe. Nous n’avons pas non plus imaginé qu’ils pourraient se tourner de plus en plus vers la religion et préserver leur potentiel démographique en améliorant la transmission et en pratiquant une endogamie très stricte.
 
N'en déplaise à Emmanuel Todd, ce n’est pas parce que ces pratiques sont celles de minorités que ces dernières devraient être protégées contre la critique.
L’endogamie religieuse étant plutôt la règle que l’exception, on ne peut faire reproche aux musulmans de se marier entre eux. Ils sont juste un peu plus endogames que les natifs au carré catholiques. La sécularisation inexorable des musulmans, une fois en Europe, était une illusion portée par des sociétés très sécularisées -- tout particulièrement leurs " élites " -- qui n’ont pas imaginé un autre destin que le leur aux populations venues s’installer en Europe.


Nous avons péché par excès d’optimisme en imaginant avoir résolu une fois pour toutes la question des prétentions religieuses sur la vie politique. La sécularisation des sociétés européennes nous paraît être un progrès universel vers lequel ne manqueront pas de graviter, un jour ou l’autre, les musulmans européens. N’ont-ils pas sous les yeux, tous les jours, les avantages que procurent de telles sociétés, notamment la protection dont ils font l’objet en vertu de la liberté de conscience ?

Les Européens n’ont pas toujours conscience de la fragilité de ce qu’ils appellent leurs valeurs. Pourtant, ce n’est pas parce qu’ils se sont battus pour elles qu’elles sont définitivement acquises. Ils n’ont plus l’humeur belliqueuse et ne voudraient pas avoir à recommencer, avec les musulmans, la bataille menée contre l’Église. Ils s’illusionnent et espèrent que les musulmans comprendront d’eux-mêmes sans qu’on les bouscule que leur avenir n’est pas dans toujours plus de religion. Entrés dans l’ère de la tolérance après avoir terrassé l’Église, les Européens ne sont pas prêts à un nouvel affrontement avec la religion. « Les Européens attendent de l’islam qu’il s’effondre de lui-même […], les Européens se sont donnés le plus grand mal pour isoler l’islam des méthodes voltairiennes. On a confondu la volonté de ridiculiser l’islam avec la xénophobie et le racisme. On attend de ceux qui se posent des questions sur cet islam qu’ils se contentent de botter le train du cheval fourbu chrétien dans l’espoir que les musulmans en déduisent que les lois générales ainsi établies s’appliquent aussi à leur religion. »

Le nouveau modèle d’intégration prêchant le respect et la tolérance n’est pas le cadre idéal pour mener une nouvelle bataille visant à acclimater l’islam. Il invite au contraire à s’instruire sur la culture de l’Autre afin d’induire un comportement compréhensif. Une fois instruits des coutumes des autres chez eux, les Européens ne pourraient, d’après la nouvelle doctrine, que développer de l’empathie à l’égard de l’Autre. Et tout finirait par s’arranger. Rappelons-nous l’initiative italienne menée à Turin -- Touriste chez soi -- tellement vantée par l’UE. « Lorsqu’on aura goûté aux délicieux falafels et kebabs, on aura fait un premier pas vers les fascinants exotismes de la culture étrangère. » Cela devrait lever les appréhensions relatives à la charia. « Derrière ce raisonnement fallacieux se trouve peut-être une sorte d’approche touristique des vrais problèmes sociaux et politiques. »

Le défaut de cette approche touristique est qu’elle essentialise absolument tout. Le touriste, en effet, voyage pour découvrir des modes de vie, des cultures qu’il espère authentiques : « Les chasseurs de tête devraient toujours errer dans les forêts, les cannibales dévorer leurs ennemis, les voleurs se faire couper les mains. » C’est tout le contraire pour l’habitant qui ne souhaite pas voir ces mœurs étrangères envahir sa vie quotidienne. Il ne veut pas vivre en touriste chez lui. Et c’est mieux ainsi car il évite alors de tomber dans un culturalisme radical selon lequel tout homme est ligoté par sa propre culture et incapable d’évolution. Il n’y a aucune raison pour que l’on s’habitue à voir perpétrer des actes répugnants au seul motif que c’est la coutume dans une autre culture. 

Et ce n’est pas parce que ces pratiques sont celles de minorités que ces dernières devraient être protégées contre la critique. D’autant que les rapports de force ne sont pas toujours très clairs dans un contexte de mondialisation et de communications hyper rapides. On l’a vu à diverses reprises avec la réaction de par le monde à des événements extrêmement localisés. Faut-il laisser grandir les groupes de pression aux pratiques totalitaires issus des minorités et attendre qu’ils deviennent majoritaires pour en faire la critique ? Un tel raisonnement apparaît ridicule dès qu’on le transpose à l’extrême droite, contre laquelle il faut toujours sévir dès la première heure. Et, comme l’écrivent Jens-Martin Eriksen et Frederik Stjernfelt, cela pourrait vite aboutir à cantonner la liberté d’expression à la seule critique du gouvernement qui, en démocratie, représente la majorité.

http://www.atlantico.fr/decryptage/faux-pas-europeens-face-immigration-musulmane-3066876.html#czU4jM5fvPwWJX6J.99

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