2 avr. 2016

Pour un aggiornamento de l'islam, par Jean-Paul Brighelli

« Mais le Coran, ce n'est pas ça ! » protestent mes élèves musulmans, évoquant avec une réelle horreur les massacres accomplis partout dans le monde au nom d'Allah. Admettons : encore faudrait-il que les musulmans s'entendent enfin sur un aggiornamento de l'islam. L'Église catholique a fait le sien sous le pontificat de Jean XXIII, qui assigna au concile Vatican II la tâche de « mettre à jour la discipline ecclésiastique suivant les nécessités de notre temps » (encyclique Ad Petri Cathedram, 1959).
Pour l'islam de France, qu'est-ce que cela signifierait ?

Métaphores

Qu'un texte, même si on le croit écrit par Dieu (bon, du Coran originel nous ne savons pas grand-chose, la version qui circule a été réécrite par un juif converti à la fin du Ier siècle, Kaab al-Ahbar, « l'associé », sous le califat d'Omar) représente la réalité de l'époque de sa rédaction, et que les réalités changent.

Que le Coran, comme la Bible à laquelle il a tant emprunté, doit être lu comme un ensemble de jolies métaphores, purs produits d'une réalité de tribus errantes et largement criminelles, selon des critères modernes.

Qu'il n'y a aucune vierge qui attend au paradis le « vrai croyant » qui s'est fait sauter au milieu d'une foule d'enfants chrétiens, ou l'un de ceux responsables, sur cette dernière année calendaire, de près de 2 000 morts.

Que la pierre noire de la Kaaba est un bétyle, une météorite adorée par les Arabes pré-islamiques (un autre était révéré par les Grecs à Delphes, où l'Omphalos, « nombril du monde », était aussi très probablement un bétyle : des Grecs aux Arabes en passant par les Chaldéens, toute l'Antiquité a fait une grande consommation de ces pierres tombées du ciel. Il suffit de mettre une majuscule à ce dernier mot pour que le fait astronomique se change en perspective religieuse).

Qu'il n'est pas possible aujourd'hui de répéter des sourates qui appellent au meurtre des impies, des athées et des apostats – par ordre croissant de détestation.

Que l'on ne peut prétendre que l'islam prône la paix tant qu'il prêche le sang.

Que les biographies fantaisistes du Prophète (ainsi celle rédigée par Tariq Ramadan, qui passe pour un « chercheur »), qui le font descendre en droite ligne d'un Ibrahim (Abraham) dont l'existence est largement imaginaire, font honneur à l'imagination de leurs auteurs, et pas à leur science.

Qu'il est temps de reconnaître que la « récitation » (c'est le sens du mot coran) du VIIe siècle ne correspond en rien à ce que peut entendre le monde moderne.

Que les interdits alimentaires (hérités du judaïsme, ça devrait être un comble pour des gens qui fustigent la politique israélienne) sont ceux d'une époque antefrigos.

Que les femmes sont des hommes comme les autres, qu'elles ne sont pas « impures » cinq jours par mois, et qu'elles n'ont pas à prouver sans cesse leur vertu.

Que l'islam enfin est soluble dans la démocratie et dans la laïcité républicaine, et pas forcément dans le meurtre, la lapidation et des pratiques vestimentaires qui furent soit empruntées à des traditions extra-coraniques, soit adaptées à des circonstances géographiques qui ne sont pas exactement celles des capitales européennes.

Pour un nouveau concordat

J'appelle instamment un prochain gouvernement (de celui-ci, que pourrions-nous attendre ?) et les responsables musulmans du CFCM – qui n'a rien de mieux à faire en ce moment que de condamner les propos pleins de bon sens de Laurence Rossignol sur la complicité de certains grands couturiers avec l'asservissement de la femme –, à ouvrir une assemblée plénière sur la modernisation d'un texte vieux de quatorze siècles. Imaginerait-on des Français suivre obstinément, obscurément, les façons de penser de Charles Martel ou de Charlemagne ? Et de mettre le marché entre les mains des imams : soit vous cessez de prêcher cet islam rigoriste qui transforme en djihadistes des enfants aux têtes creuses, grâce à une Éducation nationale qui veille au savoir-être au lieu de transmettre des savoirs tout court, soit la loi vous traitera comme les prêtres réfractaires en 1793 – la guillotine en moins, je ne veux pas la mort du pécheur, moi. Comme je ne veux pas la guerre civile que les prétentions des uns et l'intolérance des autres amènent en ce moment à nos portes.

Entendons-nous : ce n'est pas prioritairement à l'État de raisonner l'islam. C'est aux musulmans eux-mêmes de prononcer l'aggiornamento d'une religion qui a tout à gagner à une mise à jour de sa doctrine. À ceux au moins qui oseront se revendiquer enfants des Lumières, contre les forces de la nuit et le drapeau morbide de l'ennemi tel que le définit Boualem Sansal dans une récente tribune du Monde. Il enjoint de « nommer l'ennemi, nommer le mal, parler haut et clair », et, ajoute-t-il, « si les autorités manquent de mots, je peux leur prêter les miens : l'islam radical, l'islam modéré comme son appoint, le salafisme, l'Arabie, le Qatar, les dictatures arabes malfaisantes ».

Cela fait du monde, cela ne fait pas tout le monde. Pour des musulmans éclairés — et je veux bien croire qu'il ne s'agit pas d'un oxymore —, il reste encore de la place et la République, bonne fille, la leur laissera. Mais pour les ennemis de la liberté… 

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