30 juin 2017

Espace mixte de prières au Kotel, par Michaël Bar-Zvi

La décision récente du Premier ministre israélien Netanyahou de suspendre l’aménagement d’une zone de prières mixte à proximité du Kotel, a surpris non seulement les représentants des communautés juives de diaspora mais de nombreux Israéliens, y compris des ministres du gouvernement.
Un peuple ou lui tout seul ?
La création de cet espace avait été validée en 2016 par le précédent gouvernement Netanyahou, au terme d’une négociation dont il était lui-même le principal architecte. Ce revirement opéré sous la pression des partis orthodoxes a-t-elle pour origine un calcul politicien pour préserver la coalition ? C’est difficile à croire, car les partis orthodoxes n’ont pas vraiment d’alternative et on ne voit pas un gouvernement de gauche ou de centre gauche accorder aux orthodoxes les budgets et les avantages dont ils bénéficient aujourd’hui. 

Au-delà du symbole que représente le Kotel, la question qui pose est celle de la nature de l’Etat d’Israël et du rôle du mouvement sioniste.

L’Etat d’Israël n’est pas la propriété des Israéliens, mais l’Etat du peuple juif dans son ensemble, à travers tous ses courants, ses sensibilités et ses manières de vivre. Les citoyens de l’Etat d’Israël, y compris les non juifs, assurent le fonctionnement démocratique des institutions du pays.

Les principes fondateurs de l’Etat d’Israël, comme la loi du retour, ou l’égalité entre les hommes et les femmes ne peuvent être remis en cause par un vote à la Knesset et en cas de litige c’est la Cour suprême qui est censée arbitrer les conflits.

Depuis sa création, l’Etat d’Israël a instauré une relation de partenariat avec les communautés de diaspora en les aidant à renforcer l’identité juive et en encourageant les dons et les investissements pour permettre le développement de son économie. Les communautés juives participent aujourd’hui à de nombreux projets en Israël sous des formes diverses, et on estime que ces investissements représentent presque 7 % du PIB en Israël.

Jérusalem n’est pas seulement la capitale politique de l’Etat d’Israël, mais également le centre spirituel de la vie juive. La crise autour de l’affaire du Kotel n’est pas un conflit avec le mouvement réformiste ou libéral américain. Il s’agit de savoir si l’Etat d’Israël est l’Etat du peuple juif ou bien l’émanation d’une coalition politique ponctuelle dans laquelle les partis orthodoxes, dont la plupart n’adhèrent pas au projet sioniste, imposent une vision du judaïsme qui déborde des limites du statu quo originel.

Les grands rabbins d’Israël ne sont pas élus par un collège de sages ou de rabbins, mais par la Knesset et leur autorité trouve sa source dans la nature juive de l’Etat d’Israël.

La distinction est importante car l’Etat d’Israël n’a pas vocation à devenir un Etat « halakhique » mais un Etat juif, ce qui signifie qu’il est légitime en Israël de se poser la question de savoir qui est juif, ou d’essayer de trouver une solution aux problèmes de conversion, mais en aucune manière l’Etat ne peut décider comment chacun doit vivre son judaïsme, comment prier, comment pratiquer les Mistvot. 

Depuis cinquante ans, grâce à l’héroïsme des soldats de Tsahal, les Juifs ont pu retourner au Kotel et les fidèles de toutes les religions peuvent librement prier et se recueillir sur leurs lieux sacrés, dans le respect des traditions de chaque culte.

C’est exactement ce qui avait été prévu par l’accord du gouvernement précédent puisque le site de prières mixte prévu se trouve en dehors de l’esplanade du Kotel sur un espace dépendant de l’Autorité archéologique en Israël.

Espérons que la raison et la volonté de conserver l’unité du peuple juif l’emporteront sur les calculs politiciens.

Chronique sur Radio J de Michaël Bar-Zvi du 29 juin 2017- He Be Tammouz 5777

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