29 juin 2017

«Je me suis vu mourir» : l’agriculteur poignardé par un fiché S se confie au Figaro

[NdA : Jusqu'à présent, les terroristes islamiques ont frappé dans les grandes villes. Logique, publicité pour la terreur oblige. À présent, c’est la France périphérique décrite par Christophe Guilluy qui commence à être touchée. Les raclures vont  ainsi pouvoir commencer à semer la terreur dans le territoire entier. Quo usque tandem...]
 
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Au cri d’« Allah ouakbar », un radicalisé a poignardé de plusieurs coups de couteau un cultivateur du Lot-et-Garonne, occasionnant à la victime une incapacité de travail de 21 jours. L’agriculteur raconte les faits et demande des explications aux autorités.

Le gaillard a beau dépasser le quintal et mesurer un mètre quatre-vingt-dix, l’attaque l’a mis par terre. « Je n’oublierai jamais ce qui m’est arrivé, car je me suis vu mourir », raconte au Figaro cet agriculteur de Laroque-Timbaut (Lot-et-Garonne), violemment poignardé le 18 juin dernier par un individu fiché S alors qu’il moissonnait son champ. « Les journaux parlent d’un fait divers, mais moi je l’ai eu en face de moi…, s’émeut-il. Je l’ai vu faire tourner sa lame en criant “ Allah ouakbar ” ou je ne sais quoi… ». Son jeune collègue, qui moissonnait avec lui ce jour-là, lui a sauvé la vie. « Sans lui, l’autre m’aurait achevé au sol », assure-t-il.L’agriculteur de 58 ans est sorti la semaine dernière de l’hôpital avec 23 agrafes et une incapacité de travail de 21 jours. Très choqué psychologiquement, il vit l’absence d’attention médiatique autour de son agression comme une double peine. « Il y a un deux poids deux mesures, déplore-t-il. Si j’avais été une politique bousculée dans la rue, on aurait bien plus parlé de moi. » Quatre jours plus tôt, l’agression de Nathalie Kosciusko-Morizet, sur un marché où elle tractait, avait reçu une très large couverture médiatique. « Mais moi je ne suis qu’un cul-terreux », lâche-t-il.

Pourtant, les circonstances de son agression ont de quoi interpeller.
Le 18 juin dernier, il est occupé à la moisson d’un champ d’orge avec un jeune collègue. Un peu avant 21 heures, Kader B. passe en scooter le long de la route qui borde le champ, suivi d’un homme en voiture. Les deux individus s’arrêtent car Kader semble, en raison de la poussière du moissonnage, se plaindre « d’en avoir pris plein les yeux », selon les éléments de la déposition. S’ensuit une altercation ; le ton monte. L’agresseur retourne vers la voiture, s’empare d’un couteau avec une lame de trente centimètres, et porte plusieurs coups contre l’agriculteur. « Quand il l’a vu revenir armé, mon jeune collègue m’a dit de fuir, se souvient l’agriculteur. Mais le temps que je me retourne, le type était déjà sur moi. » Il poursuit : « J’ai essayé d’éviter les coups, mais je suis tombé à la renverse. Il m’a frappé au genou avant de m’entailler l’épaule. Le petit m’a traîné pour me dégager, il s’est couvert de sang. Moi je me débattais avec mes pieds et là, heureusement, le gars s’est enfui. »

Placé en garde à vue, l’agresseur est jugé en comparution immédiate le 20 juin devant le tribunal correctionnel d’Agen pour violence avec arme. Le parquet n’a pas retenu le chef de terrorisme, faute de revendication ou d’appartenance à un quelconque réseau djihadiste. Kader B. est placé en détention provisoire, et le procès repoussé au 19 juillet. L’homme présente un profil inquiétant. Fiché S, assigné à résidence, il devait comparaître le 22 juin pour diffusion d’images à caractère terroriste. Lors d’une perquisition à son domicile, 31 vidéos de propagande islamiste sont retrouvées dans son téléphone, sur l’application de messagerie WhatsApp. Elles représentent des scènes de violences et de combats, des discours en relation avec l’État islamique ou des exposés du Coran, des sourates. [NdA : je replace ici, car c'est tellement ahurissant que vous avez pu croire à une blague :
" Le parquet n’a pas retenu le chef de terrorisme, faute de revendication ou d’appartenance à un quelconque réseau djihadiste. "]

Plus grave: au moment de l’attaque, vers 20 h 45, il violait son assignation à résidence qui lui imposait de ne pas sortir entre 20 heures et 6 heures du matin.
Ironie du sort, Kader B. rencontre des gendarmes quelques minutes avant l’agression, alors que l’homme qui l’accompagne, avec qui il veut acheter un scooter, est verbalisé pour non-port de casque. Celui-ci, qui n’a aucun lien avec le prévenu, sera mis hors de cause. L’épisode a de quoi agacer la victime. « Il faut qu’on m’explique comment cet homme a pu se retrouver dans mon champ, à 20 kilomètres de son domicile, à une heure où il était censé être chez lui, s’insurge-t-il. D’autant qu’il a été contrôlé par les gendarmes quelques minutes avant. »

La semaine suivant l’agression, le maire (LR) de Laroque-Timbaut, Lionel Falcoz, a adressé une lettre au ministre de l’Intérieur pour s’étonner du peu de retentissement de l’affaire. « Il y a de l’incompréhension et de la colère chez les proches de la victime, assure l’élu. Certains ont l’impression que la réponse pénale n’est pas à la hauteur. Ils ne comprennent pas que son profil manifestement radicalisé ne soit pas plus pris en compte dans les poursuites à son encontre. Dans l’hypothèse d’une condamnation, il sera en contact avec d’autres détenus qu’il faudra tenir éloignés de lui. » L’affaire l’inquiète aussi pour la suite. « J’entends des agriculteurs qui me disent que, désormais, ils vont devoir travailler en cercle, comme dans les westerns, s’alarme-t-il. La sécurité publique n’est pas censée être assurée par des milices d’autodéfense. » Enfin, Lionel Falcoz demande à être mieux informé de la présence de profils dangereux sur sa commune : « Je ne veux pas que, demain, un fou furieux débarque au bal musette avec une machette »…
http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/2017/06/28/01016-20170628ARTFIG00370-je-me-suis-vu-mourir-l-agriculteur-poignarde-par-un-fiche-s-temoigne.php

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