23 juin 2017

Le documentaire d’Arte d’abord censuré en perspective, par Manfred Gerstenfeld

La suppression initiale d’un documentaire sur l’antisémitisme européen, par la chaîne de télévision franco-allemande subventionnée par l’Union Européenne, correspond bien avec une longue histoire d’information dissimulée sur l’antisémitisme et ses auteurs et propagateurs en Europe. Trois cas extrêmes remontant jusqu’au début de ce siècle, qui sont débattus ci-dessous, illustrent un phénomène bien plus répandu.

Le documentaire censuré d’Arte sur l’antisémitisme remis en perspective historique

Après le déclenchement de la Seconde Intifada à l’automne 2000, une explosion majeure d’antisémitisme a eu lieu dans toute l’Europe Occidentale. Le premier pays où cela s’est manifesté, c’est la France. La plupart des incidents d’antisémitisme violent ont été provoqués par des Musulmans. Le gouvernement du Premier Ministre socialiste d’alors, Lionel Jospin, ne voulait pas reconnaître les faits, sans parler d’identifier la communauté productrice des principaux auteurs de cet antisémitisme.

Le sociologue français Shmuel Trigano, a relaté que cette violence antisémite a rencontré très peu d’écho, à la fois, dans la presse et auprès des autorités publiques, durant plusieurs mois. La police classait beaucoup de ces incidents parmi les actes de « délinquance[1] ». Nous comprenons maintenant qu’en ces années-là, on a généré l’infrastructure mentale pour une émigration assez considérable des Juifs de France.


Un autre cas important qui met en lumière cette « politique de dissimulation de la vérité » est survenu  quand le Centre Européen d’Observation du Racisme et de la Xénophobie (EUMC) -- une agence européenne -- a demandé aux 15 Etats-membres d’alors de faire un rapport sur la violence et les opinions antisémites en 2002. Les informations recueillies par l’EUMC ont été transmises au ZfA, le Centre de Recherche sur l’Antisémitisme à l’Université Technique de Berlin, avec une demande pour qu’il analyse ces données.

Une universitaire américaine, Amy Elman, a analysé de quelle façon cette question a proliféré, dans son livre de 2015 : The European Union, Anti-Semitism and the Politics of Denial - [L'Union européenne, l'antisémitisme et la politique du déni]. Elle a affirmé au cours d’une interview : « Le ZfA a réalisé et terminé son document en octobre 2003. Il a découvert que les attaques violentes contre les Juifs provenaient souvent d’un antisionisme virulent, diffus à travers tout le spectre politique.  En outre, il identifiait spécifiquement les jeunes Musulmans d’origine arabe comme étant les principaux auteurs des attaques physiques contre les Juifs et de profanations et de destructions de synagogues. Beaucoup d’entre eux étaient, eux-mêmes, victimes de racisme et/ou d’exclusion sociale[2] ».

L’EUMC a décidé de ne pas publier ce rapport du ZfA, en prétendant qu’il n’était pas destiné à la publication. Le ZfA a rétorqué que la mention fréquente d’auteurs musulmans d’antisémitisme et d’attaques antisionistes est la raison profonde de la censure de l’EUMC. Le ZfA a aussi rendu public le fait que l’EUMC leur avait demandé de façon répétée de modifier leurs découvertes et conclusions, ce qu’il a refusé de faire.

Cette édulcoration du rapport et la réaction appropriée du ZfA a débouché sur un scandale. Le Congrès Juif Mondial a alors publié le rapport non-modifié du ZfA sur Internet. En avril 2004, l’EUMC a diffusé une étude plus longue sur l’antisémitisme qui était largement fondée sur le rapport du ZfA. En dépit du fait qu’elle soit plus longue, il y est très rarement mentionné le moindre auteur d’antisémitisme, en masquant ainsi de nombreux cas d’antisémitisme musulman et d’extrême-gauche[3].

En 2012, une émission de la télévision israélienne ne quatre parties, appelée : Allah-Islam, the Spread of Islam in Europe, a été diffusé par la Chaîne 10 de la télévision israélienne. Un journaliste israélien, Zvi Yehezkeli, s’est présenté en Europe comme étant un Palestinien. Il a filmé les ghettos musulmans dans un certain nombre de pays européens.  Cette émission a focalisé son attention sur la violence, la possession de drogues et d’armes, ainsi que sur d’autres activités  criminelles répandues dans certaines parties des communautés musulmanes.

Yehezkeli mentionnait le fanatisme religieux, l’intimidation des musulmans divergents, la discrimination contre les femmes et les crimes d’honneur. Il consacrait aussi son attention à l’antisémitisme très répandu au sein de ces communautés. Les rares émissions de TV européennes qui débattaient de telles questions en traitaient généralement, à travers les problèmes spécifiques concernant les communautés musulmanes dans un unique pays.

A la suite de la diffusion de la totalité des différentes parties de la Chaîne 10, un journaliste belge est venu m’interviewer à ce propos. Ma première réaction a été de dire que de tels documentaires auraient déjà dû être réalisés par différents programmateurs des pays européens, ces précédentes années. Cela aurait été logique que ce soit la Chaîne 10 israélienne qui obtienne l’un d’entre eux, y ajoute des sous-titres en hébreu et le diffuse ensuite. Je faisais remarquer que cela nous faisait comprendre que, puisque de telles émissions n’existaient pas, la Chaîne 10 n’avait pas eu d’autre choix que de dépenser pas mal d’argent afin de produire elle-même une telle série d’émission.

J’ai aussi dit que le fait que de tels documentaires n’étaient pas réalisés par des producteurs européens démontrait que beaucoup d’aspects problématiques émanant des communautés musulmanes étaient balayés sous le tapis. L’enquêteur semblait d’accord avec moi. Il ajoutait que ses patrons n’aimeraient probablement pas ce que je disais. Et en effet, ils n’ont pas diffusé cette interview.

La décision initiale d’Arte de censurer ce documentaire, Chosen and Excluded – The Hate for Jews In Europe, [Elus et exclus - la Haine des Juifs en Europe] créé par les producteurs allemands  Joachim Schröder et Sophie Hafner, suit exactement le même modèle. Le producteur d’émissions publiques allemand WDR, grâce auquel Arte a pu commanditer ce documentaire, a continué à hésiter de le diffuser.

Cette fois, cependant, le résultat de cette censure d’information sur l’antisémitisme a eu un effet-boomerang. Le quotidien allemand Bild, a diffusé le documentaire durant 24 heures. Des centaines de milliers de gens ont pu le visionner ce jour-là. Il est, à présent, apparu sur YouTube[4]. Suite à quoi Arte a changé d’avis et a décidé de diffuser ce film documentaire en France également.[5]. Tout cela sera probablement le commencement d’une carrière internationale pour ce documentaire. Le Centre Simon Wiesenthal de Los Angeles a déjà annoncé qu’il montrera ce film avec des sous-titres en anglais, au Musée de la Tolérance, à Los Angeles[6].


[2] www.israelnationalnews.com/Articles/Article.aspx/15697
[3] Ibid
[4] www.youtube.com/watch?v=I0ffyhZ2_TE
[5] www.lepoint.fr/societe/arte-diffusera-un-documentaire-sur-l-antisemitisme-initialement-refuse-20-06-2017-2136807_23.php
[6] www.huffingtonpost.com/entry/how-the-documentary-chosen-and-excluded-the-hate_us_5947bf51e4b0d188d028001b

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