26 juin 2017

Les risques de pogrom au 21e siècle viennent de la gauche extrême, par Guy Millière

J’expliquais ici la semaine dernière la dangereuse dérive anti-israélienne des principaux pays d’Europe, et les raisons pour lesquelles je pensais que la politique étrangère israélienne devait diversifier ses alliances. J’ajoutais que la diversification des alliances était en cours, et qu’elle était salutaire. Je majorais aussi mon propos en avançant que la dérive anti-israélienne des principaux pays d’Europe allait très vraisemblablement se poursuivre. J’entends aujourd’hui l’augmenter d’un complément logique, et insister sur un point qui figurait dans mon analyse, mais que j’entends expliciter : les principaux pays d’Europe, en devenant anti-israéliens, laissent aussi remonter en eux l’antisémitisme, et il faudra sans doute que les Juifs d’Europe en tirent les conclusions qui s’imposent, et le fassent assez rapidement, s’ils veulent éviter le sort qui est celui des dhimmi dans les pays musulmans.
 
Les optimistes de 1940 ont souvent très mal fini. Les pessimistes ont survécu parce qu’ils sont partis à temps.
En France, la vie des Juifs devient de plus en plus difficile. Ceux qui vivent dans des quartiers encore relativement épargnés, tel le dix-septième arrondissement de Paris, et ceux qui gagnent très bien leur vie peuvent ne pas s’en apercevoir. Les autres sont frappés de plein fouet. Porter des signes montrant son appartenance au judaïsme (une kippa, une étoile de David) est devenu peu ou prou une incitation au harcèlement et à l’agression. Être juif en rasant les murs reste toléré, mais nul ne peut savoir pour combien de temps. L’atmosphère qui a entouré la difficile réélection de Manuel Valls à Evry lors des élections législatives a été effroyablement éloquente et symbolique. Son adversaire, musulmane, propalestinienne, d’extrême gauche, a reçu le soutien de tout ce que la circonscription comptait d’antisémites et d’ ”antisionistes”, et la proximité de Manuel Valls avec la communauté juive a été évoquée comme s’il s’agissait d’une tare. Une campagne électorale où des propos de ce genre se tiennent sent très mauvais, et tous les échos dont je dispose me portent à penser que d’autres circonscriptions ont connu des dérives du même type sans que quiconque en haut ne s’en alarme.
 

En Allemagne, les effets de l’islamisation du pays se multiplient, de même que les lieux où il ne fait pas bon être juif. Plusieurs pays de Scandinavie, la Suède particulièrement, se vident de toute présence juive dans un contexte de violence et de menaces. Aux Pays Bas, des quartiers juifs depuis des siècles, à La Haye, Amsterdam ou Rotterdam, se vident eux aussi, et les Juifs qui y vivent encore se voient incités par la police elle-même à faire preuve d’une extrême discrétion sous peine d’être considérés comme des “provocateurs”. La situation est identique en Belgique, et Bruxelles est en train de devenir une ville islamisée bien au-delà des limites du sinistrement célèbre quartier de Molenbeek.
 
Le pays où le basculement est le plus rapide, le plus net et le plus inquiétant est, cela dit, le Royaume Uni. Constater que le parti qui a été celui de Tony Blair est devenu celui de Jeremy Corbyn ne peut (cela doit être dit et répété) que susciter l’effroi. Tony Blair pouvait tenir des discours pertinents sur le danger islamiste. Tout en restant dans les limites du “ politiquement correct ” à l’européenne, il n’était pas un ennemi d’Israël. Jeremy Corbyn, lui, franchit allègrement les lignes rouges les plus sanglantes : il est ami de groupes terroristes islamistes et ne s’en cache pas. Il n’est pas proche de l’Autorité Palestinienne, vraisemblablement trop modérée à ses yeux, mais carrément sympathisant du Hamas et du Hezbollah. Et il est dès lors inutile de se demander ce qu’il pense d’Israël.
 
Corbyn était et reste favorable à la fin de la participation de l’Armée britannique à des actions militaires contre l’Etat Islamique et a trouvé la “ cause ” des attentats djihadistes qui ont touché le Royaume Uni : la présence de militaires britanniques sur des terres musulmanes. Dans ses réunions publiques, des slogans appelant à l’assassinat de Juifs se font entendre, et des gens y ont été hués et invectivés en tant que Juifs, comme si le mot “ Juif ” était une insulte infamante.
 
Malgré tout cela, Jeremy Corbyn a été à deux doigts de devenir Premier ministre et de remplacer Theresa May, et il lui a manqué très peu de sièges pour cela. Il n’a pas gagné cette fois, mais il peut tout à fait, porté par son élan, remporter la prochaine échéance électorale. Si c’était le cas, les Juifs britanniques devront s’en aller dans une atmosphère de hâte et de panique. Sa victoire serait le signe que c’est non seulement la fin d’une époque pour le Royaume Uni, mais aussi la fin d’une époque pour l’Europe entière, car elle sonnera comme un coup de tonnerre bien au-delà du Royaume Uni. Je ne serais pas surpris si, le cas échéant, elle donnait des ailes à Jean-Luc Mélenchon en France et, un peu plus tard, à des gens du même acabit en Allemagne (Die Linke a participé à des manifestations très douteuses) et ailleurs.
 
Dès lors que Jeremy Corbyn est un homme très à gauche, nul ne verra en lui une résurrection du fascisme. Il en ira de même pour Jean-Luc Mélenchon en France.
 
Un vieux proverbe chinois dit que lorsqu’on lui montre la lune, l’idiot regarde le doigt. On pourrait le paraphraser en disant que lorsqu’on lui fait part du péril fasciste censé être incarné par l’extrême droite, l’électeur hypnotisé ne voit pas que les risques de pogrom, cette fois, au vingt et unième siècle en Europe, viennent de la gauche extrême.
 
Il faudra que les Juifs d’Europe tirent des conclusions, et le fassent assez rapidement, disais-je. Certains ne pourront peut-être pas partir, je sais, et ils deviendront dhimmi, je le crains. Certains peuvent partir mais tentent de rester optimistes. Un de mes amis survivants de la Shoah me disait autrefois que les optimistes de 1940 ont souvent très mal fini. Les pessimistes ont survécu parce qu’ils sont partis à temps. 
 
 © Metula News Agency

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