23 juin 2017

Malgré le tapage anti-vaccins, la science doit avancer, par André Heitz

La France – le pays de Pasteur – est le pays occidental qui connaît la plus grande défiance envers les vaccins. La gesticulation anti-vaccinale, déguisée en promotion de la liberté de choix et pour partie en « altermondialisme » anti-industrie, y est forte. 

Six mois pour trouver une solution

 

Le droit doit parfois composer avec les contingences de la réalité. Le 8 février 2017, le Conseil d’État a jugé que

la loi, qui n’impose que trois obligations de vaccination, implique nécessairement qu’il soit possible de s’y conformer en usant de vaccins qui ne contiennent que ces trois vaccinations.
Il a, avec pertinence

enjoint en conséquence, dans un délai de six mois, et sauf à ce que la loi évolue en élargissant le champ des vaccinations obligatoires, de prendre des mesures ou de saisir les autorités compétentes pour permettre de rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules obligations de vaccination. (les citations sont issues du communiqué de presse).
Cela fait suite à près de 2.300 recours, soigneusement orchestrés et canalisés, et appuyés par des pétitions dont l’une aurait recueilli près de 500.000 signatures (un Français sur 134, difficile à croire !).

Il y a urgence à temporiser !

 

La fabrication de vaccins monovalents ou trivalents (contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite) en remplacement ou complément des plurivalents actuels n’est pas une affaire qui se met en route du jour au lendemain. Les industriels du vaccin ont fait savoir que cela n’était pas possible dans le délai imparti.

Par ailleurs, en février 2016, la ministre de la Santé de l’époque, Mme Marisol Touraine, avait lancé une concertation citoyenne sur la politique vaccinale. Le rapport du 30 novembre 2016 a préconisé notamment de rendre obligatoires les vaccins aujourd’hui encore simplement recommandés. Mme Touraine s’est empressée de… ne rien décider ; un projet de loi aurait certes été préparé. Le dossier est donc sur la table de la ministre de la Santé Agnès Buzyn.


Celle-ci a déclaré dans une interview au Parisien, le lundi 12 juin 2017, réfléchir « à rendre obligatoires les onze vaccins pour une durée limitée, qui pourrait être de cinq à dix ans » (poliomyélite, tétanos, diphtérie, coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque et méningocoque C).

La santé publique prime selon le Conseil Constitutionnel

 

La couverture vaccinale est un réel problème de santé publique. Malgré le tapage médiatique des anti-vaccins, cela est largement compris par la population ; en témoigne la large couverture vaccinale, même pour les vaccins recommandés, et même si cette couverture est insuffisante. Et elle est d’autant mieux comprise quand on médiatise des cas de maladies graves qui auraient pu être évitées.

Selon la décision n° 2015-458 QPC du 20 mars 2015 du Conseil Constitutionnel, l’obligation vaccinale (sauf contre-indication médicale reconnue) l’emporte sur le droit de toute personne de refuser ou d’interrompre un traitement consacré par la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé.

Le Conseil constitutionnel a jugé qu’il est loisible au législateur de définir une politique de vaccination afin de protéger la santé individuelle et collective. (cité du communiqué de presse).
Il est loisible ? Il est plutôt du devoir du législateur de répondre à « l’exigence constitutionnelle de protection de la santé telle qu’elle est garantie par le Préambule de 1946 ».

De la rationalité ! Du courage !

 

La contribution des vaccins à la santé individuelle et collective ne devrait pas faire débat dans une société rationnelle. Dans son interview, Mme Buzyn a utilisé des phrases choc. « Il n’est pas tolérable que des enfants en meurent [de la rougeole] […] Il n’est pas supportable qu’un ado de 15 ans puisse en mourir [de la méningite] parce qu’il n’est pas vacciné. »

Elle aurait pu ajouter les séquelles, parfois très graves, pour le malade mais aussi, notamment dans le cas de la rubéole, de l’enfant à naître, et plus généralement des enfants qui auront été atteints avant l’âge d’être vaccinés.

Les bénéfices de la vaccination sont infiniment supérieurs aux risques. Encore faudrait-il, s’agissant des risques, faire la part de la réalité épidémiologique et de la fiction polémique. Et expliquer.

Face à cette situation, on ne peut qu’encourager Mme Buzyn à poursuivre, accélérer et concrétiser sa réflexion – qui est aussi celle du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination. Mais avec quelques encouragements pour plus de fermeté.
Il est ainsi proposé par ce comité un « élargissement temporaire des obligations vaccinales de l’enfant avec possibilité d’invoquer une clause d’exemption ».

La maladie du compromis socio-politique ne doit pas, à notre sens, compromettre la santé publique, la santé de tout un chacun (sans compter les coûts pour la société).

Appuyer sur le bouton reset

La nouvelle majorité et le nouveau gouvernement bénéficient d’une petite fenêtre pour insuffler une nouvelle dynamique à la décision politique et sociétale ; changer de logiciel.

La France -- le pays de Pasteur -- est le pays occidental qui connaît la plus grande défiance envers les vaccins selon une étude menée sur 67 pays : 41 % des sondés se sont dits méfiants, 17 % doutent de l’efficacité des vaccins et 12 % estiment que les vaccins infantiles ne sont pas importants. Il n’y a pourtant pas de gène franchouillard qui nous incite, voire nous force, à nous méfier des vaccins.

Une propagande anti-scientifique forte

 

La réalité est plus prosaïque : la gesticulation anti-vaccinale, déguisée en promotion de la liberté de choix et pour partie en « altermondialisme » anti-industrie, est forte.

Elle implique des pontes de la médecine (quelle déchéance !), mais aussi des médecins généralistes ; des politiciens – telle Mme Michèle Rivasi qui s’est illustrée en invitant Andrew Wakefield (voir la série d’articles sur ce site, et celui-ci) ; des associations très affûtées dans la manipulation médiatique ; le business de la peur et l’industrie de la pétition ; les réseaux sociaux et certains médias. En face : pas grand chose ! En tout cas, pas la même force de frappe médiatique.

On peut même se demander si la concertation citoyenne sur la vaccination n’a pas été un subterfuge pour repousser un problème pressant de santé publique, lequel est devenu un problème pressant de droit par la décision du Conseil d’État.

Mais cela peut changer… cela doit changer. Les concessions et petits arrangements ne sont que de nouvelles pièces que l’on met dans le juke-box de la contestation et du complotisme. La limitation dans le temps et la clause d’exemption seraient pain béni pour la charlatanerie et la conspirationite : leur interprétation sera que le véritable enjeu n’est pas la santé publique.

Nécessité de la fermeté

 

Il faut certes faire preuve de respect, de considération à l’égard des parents abusés, mais la fermeté, couplée à un réel effort d’explication, est la seule réponse à la désinformation et la manipulation des foules.

La nouvelle équipe de direction de la France a l’incomparable atout de la nouveauté, et de la volonté proclamée de remettre la France sur les rails. Qu’elle fasse preuve d’autorité et de pédagogie !

Les vaccins, c’est aussi une occasion unique de concrétiser une intention de fonder les décisions politiques sur les faits établis et non le post-factuel ; la vraie science et non la « science » militante. En bref : le courage.
André Heitz est ingénieur agronome et fonctionnaire international du système des Nations Unies à la retraite. Il a servi l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Dans son dernier poste, il a été le directeur du Bureau de coordination de l’OMPI à Bruxelles.

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