26 juin 2017

« Nique la France » : peut-on être député d'une nation que l'on déteste ? par Céline Pina

[NdA : Je pensais jusqu'alors qu’Israël était le seul pays démocratique à tolérer au sein de son assemblée parlementaire des députés appelant à sa destruction, sans que ces derniers ne soient aucunement inquiétés, voire poursuivis et jugés pour crime de haute trahison. L'affaire Obomo vient de me démontrer que la France rattrape son retard en matière d'absurdité représentative.]

Danièle Obono a du mal à dire « vive la France » mais signe des tribunes pour défendre ceux pour qui « niquer » la France est le summum de la conscience politique. Cette proche du parti des indigènes de la République est de ceux qui, un mois après les massacres de Charlie et de l'Hypercacher appelaient, non à combattre le terrorisme et son versant politique, l'islamisme, mais à lutter contre « l'islamophobie et le racisme d'État ». Cette proche d'Houria Bouteldja est une de ces figures gauchistes qui n'envisagent les relations humaines que par le prisme de la domination et de la race, tout en se défendant d'être raciste et essentialiste. 
 
" Prenez le pouvoir "... pour défendre ceux pour qui « niquer » la France est le summum de la conscience politique.
Certes le personnage est pour le moins déroutant pour qui pense que l'universalisme, c'est s'appuyer sur ce qui rassemble et que partagent tous les hommes, l'égalité en droit n'étant que la traduction dans la loi de notre humanité commune, mais la liberté d'expression c'est aussi accepter parfois des formes de pensées archaïques, caricaturales voire proche du nauséabond. Ceux qui font des différences de couleur de peau ou d'origine des particularités indépassables, qui cultivent une identité de victime pour justifier leur haine et leur violence et cherchent des boucs émissaires à qui faire endosser leur mal-être, ne se trouvent pas qu'à l'extrême-droite, les gauchistes ont aussi réussi à produire une variété de racismes extrêmement vivace et tout aussi dangereuse qui s'épanouit dans le mépris d'une France décrite comme colonialiste et oppressive.


Là où le bât blesse, c'est que la dame en question vient de se faire élire députée. Elle incarne cette France qu'elle rejette, représente ces Français racistes que nous serions. Or, si la liberté d'expression ne dépend pas de l'intelligence du propos ni du bon goût, le fait d'appartenir à la représentation nationale exige en revanche un minimum de tenue et de cohérence. 

Nul ne somme Mme Obono de crier « Vive la France » contrairement à ce qu'écrit Cedric Mathiot dans Libération. Il lui est demandé des comptes sur sa ligne et ses proximités politiques. Être élu, ce n'est pas passer d'insoumis à intouchable. Être élu c'est devoir rendre des comptes. 
 
Et ces comptes sont demandés sur des prises de position qui posent légitimement question. D'autant plus que si le leader de la France insoumise affiche son patriotisme, c'est l'inverse qu'a cultivé Mme Obono. De quoi s'interroger sur les raisons de sa candidature et sur la compréhension de son rôle. Que fera-t-elle au prochain attentat ? Expliquer que nous l'avons bien mérité car la France est un pays raciste et colonial ? Car c'est cette vision-là qu'elle a donnée du pays qui lui a donné accès à l'une des plus importantes fonctions électives, lors du débat organisé au QG decolonial le 21 mai ?

Dire cela n'est pas appartenir à la fachosphère ni déclencher un dangereux hallali, c'est un devoir citoyen que d'interpeller les élus sur leurs prises de position quand elles peuvent interroger sur leur capacité à nous représenter et à nous protéger. Et ceux-ci ont tout à fait le droit de s'être trompés, d'avoir grandi en conscience et en sagesse et peuvent désavouer leurs propos s'ils les regrettent. Ce qui a crispé c'est le sentiment que Mme Obono n'était pas limpide et se défaussait. Tout le monde avait bien compris que la question derrière ce « Vive la France » était : « est-ce que vous aimez ce pays que vous voulez pourtant représenter ». Et force est de constater que l'on a assisté alors à un festival d'évitements pour ne pas se désavouer tout en essayant de s'exonérer du coût politique d'une telle position  : se faire élire pour pouvoir détester la République tout en profitant de ses ors et de ses largesses. Et là, cela ne passe plus et c'est bien normal.

Alors quand certains membres du personnel politique arrêteront de penser qu'être élu c'est avoir tous les droits et être exonéré de tous devoirs envers ses concitoyens, quand ils comprendront qu'ils ne sont pas les porte-drapeaux de leurs expressions mais des représentants de leur pays, peut-être verrons-nous enfin l'abstention reculer.

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