30 juil. 2017

Aelia Capitulina, par Shraga Blum

Ça y est, « l’embrasement apocalyptique » tant annoncé et redouté a été évité. Du moins jusqu’au prochain prétexte. Israël, une fois de plus, a « fait le nécessaire » pour que la situation redevienne celle qui prévalait le 14 juillet. On a presque oublié que tout a commencé lorsque que trois terroristes arabes israéliens imbibés de haine abattaient froidement deux policiers druzes sur le Mont du Temple avec des armes introduites par un complice. Mais pour la doxa qui ne se laisse pas embarrasser par les faits, ce sont les portiques de sécurité installés par la police qui auraient été le déclencheur de cette crise. Tout comme la montée d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple aurait sonné le lancement de la 2e Intifada, en réalité préparée bien avant par Yasser Arafat.


Après presque deux semaines de chantage et de menaces, de tractations en coulisses, de navettes diplomatiques et de déclarations belliqueuses des dirigeants arabes palestiniens, jordaniens et turcs, le Premier ministre israélien a finalement cédé. En plusieurs étapes il est vrai. Mais il a cédé. Comme on cède aujourd’hui un peu partout dans le monde face à la même engeance. Ce n’est pas un hasard. Dans son ouvrage magistral « La France soumise », Georges Bensoussan décrit des cas dans lesquels des policiers français se plaignent à leur hiérarchie des humiliations et des vexations qu’ils subissent de la part des racailles dans les « quartiers sensibles ». On leur fait alors comprendre qu’il n’y a rien à faire et qu’ils doivent passer à autre chose, « au risque d’embraser les cités ». Cette expression vous est-elle familière ? Autres cieux mais même scénario, mêmes acteurs primitifs, même culture mafieuse, même religion.


L’enjeu du bras-de-fer qui se joue autour du Mont du Temple n’est pas de savoir quels sont les moyens techniques qui sont les plus efficaces pour éviter que des terroristes prennent l’Esplanade du Temple pour un stand de tir. Il ne s’agit que de l’un des innombrables prétextes invoqués à chaque flambée de violences par ceux qui n’acceptent aucune souveraineté juive sur cette terre.

Les gouvernants israéliens successifs, de gauche comme de droite, ont oublié ou minimisé un élément majeur dans la mentalité arabo-musulmane : l’importance des symboles et des messages perçus. L’amère et souvent tragique expérience israélienne des dernières décennies aurait pourtant dû guider les réflexions et les décisions de nos dirigeants, Premier ministre en tête : au Proche-Orient, les gestes d’apaisement sont autant de marques de faiblesse et sont un appel à davantage de revendications, de menaces et de violences. Preuve en est, le retrait des portiques de sécurité n’a fait qu’entraîner de nouvelles exigences de la part du Waqf, qui a achevé de faire plier l’Etat juif par le retrait de toutes les caméras et autres installations de surveillance. Binyamin Netanyahou qui aime à répéter aux grands de ce monde que « celui qui se montre faible au Moyen-Orient disparaît » a loupé une occasion magistrale de mettre en pratique cet enseignement.

En réalité, ce qui se joue autour du Mont du Temple depuis 50 ans, c’est la souveraineté sur ce lieu.  Et pas seulement la souveraineté politique, mais la souveraineté religieuse. Abbas Zaki, membre du comité central du Fatah l’a dit clairement : « Normalement, ce sont les Juifs qui devraient être contrôlés par les Musulmans avant d’entrer sur le Mont Harm El-Sharif ». Comme au bon vieux temps de la dhimmitude. Mais cette dhimmitude, les dirigeants de l’Etat d’Israël ont encore du mal à s’en défaire une fois pour toutes.

Entre 1949 et 1967, lorsque les Jordaniens occupaient la Vieille ville, aucune revendication musulmane ou « palestinienne » ne s’était fait entendre. Il a fallu que les Juifs reviennent, battent les armées arabes en six jours et retrouvent le Mont du Temple après dix-neuf siècles d’absence pour que la machine se mette en marche.

Il est singulier de voir que cette crise qui met une nouvelle fois Israël face à la question de son identité profonde, se déroule lors du cinquantième anniversaire de la libération de la Vieille ville et durant la période des Trois semaines durant laquelle le peuple juif pleure la destruction des deux Temples de Jérusalem. Ce clin d’œil de l’Histoire aurait dû avoir l’effet d’une piqure de rappel pour nos dirigeants. Il ne suffit pas de clamer à longueur d’année qu’Israël est souverain sur le Mont du Temple pour que cela soit vrai sur le terrain. A force de dire « Le Mont du Temple est en nos mains » tout en cédant du terrain à la moindre menace, le Mont du Temple est en train de nous filer entre les doigts.

Tous les éléments tangibles indiquent que les gouvernements israéliens successifs, à force de prudence et de vouloir soigner leur image à l’étranger capitulent peu à peu sur ce qui est la prunelle des yeux du peuple juif, l’objet de tous les rêves et l’aboutissement de toutes les prières juives depuis deux mille ans. L’erreur historique monumentale du laïc Moshé Dayan en juin 1967, qui rendit au Waqf les clés du Mont du Temple nous poursuit jusqu’à l’heure actuelle. Elle a poussé certains Premiers ministres à vouloir carrément renoncer officiellement à la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple. C’est cet esprit défaitiste, frileux et galoutique qui pousse aujourd’hui la police à être intraitable avec les Juifs qui se rendent sur le Mont du Temple, interdits de murmurer la moindre prière, de s’incliner ou d’exhiber le moindre signe qui ne plairait pas aux vigiles du Waqf sous peine d’être expulsés manu militari et amenés au poste pour interrogatoire. Des portiques de sécurité sont installés depuis longtemps à l’une des entrées de l’Esplanade du Temple : celle par laquelle entrent les Juifs ! On nage en plein surréalisme.

On en est arrivé à une situation consternante où la police refuse l’entrée sur l’esplanade à une femme portant des boucles d’oreilles en forme de menorah, mais n’a pas réussi à intercepter un terroriste introduisant les armes qui ont servi aux trois terroristes ! Dernier cas en date, un policier s’est précipité pour bâillonner un juif qui osait réciter le Kaddish en souvenir des trois membres de la famille Solomon assassinés vendredi dernier.

Ces capitulations successives et cette attitude défensive ne font que décupler l’énergie des musulmans qui n’ont qu’un but : chasser les Juifs du Mont du Temple, puis de Jérusalem, et pourquoi pas du reste du pays. Le Dr. Mordekhaï Kedar, spécialiste de l’Islam et du monde arabe l’a encore répété jeudi : « Ce conflit est beaucoup plus théologique que territorial, politique ou juridique. Mais les dirigeants israéliens successifs refusent de le reconnaître. Le contrôle juif sur le Mont du Temple est une offense pour l’Islam tout comme l’est un Etat juif ».

Il y a dix-neuf siècles déjà, l’empereur Hadrien voulut effacer le lien des Juifs avec la Judée et Jérusalem. Il inventa alors les noms de « Palestine » et « Aelia Capitolina ». La contestation de notre lien ombilical à Jérusalem ne date pas d’hier. Pour des raisons qui ne sont pas éloignées, elle traverse une partie du monde chrétien comme le monde musulman dans sa grande majorité. Les promesses de nos prophètes se sont réalisées mais c’est à nous qu’incombe la responsabilité de préserver le merveilleux cadeau que l’Eternel nous a fait. C’est à nous de relever le défi et de nous montrer digne de notre capitale.

Il y a des situations où la patience, la ruse ou les calculs tactiques byzantins ne sont pas de mise. Face au mensonge et à la falsification il faut crier haut et fort la vérité. Et face à la force il faut user de plus de force. Et surtout vaincre. Et pour ce qui est de Jérusalem, Isaïe l’a déjà clamé il y a vingt-six siècles : « Pour Sion je ne me tairai point, pour Jérusalem je ne prendrai point de repos ».

Cet enseignement devrait guider tout dirigeant d’Israël. Le combat pour Jérusalem est un combat où il ne peut y avoir de compromis. Nous n’avons pas rêvé pendant deux mille ans et dansé dans les rues il y a cinquante ans pour voir aujourd’hui flotter les drapeaux de l’OLP, du Hamas et même de Daech sur le sol que foulaient les prêtres et les lévites ou pour entendre des appels au meurtre de Juifs.

Nous avons retrouvé Jérusalem, ce n’est pas pour laisser son sommet au bon vouloir  d’imposteurs. Dans ce combat pour la vérité et l’identité, il ne peut y avoir ni compromis ni faiblesse. 

A Tich’a Beav je ne penserai pas seulement aux renards qui foulaient le Mont du Temple il y a deux-mille ans, mais aussi à ceux qui nous narguent aujourd’hui sur ce lieu et profitent avec ruse de nos faiblesses. Suis-je un extrémiste ? Oui, je suis un extrémiste de Jérusalem !

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