30 juil. 2017

Arte : un film sur Auschwitz doit-il porter sur la souffrance des SS ? par manfred Gerstenfeld

[Tout le monde se souvient du scandale déclenché par la décision d'Arte de censurer le film « Élus et exclus - la haine des Juifs en Europe ». On doit comprendre l’ampleur de ce scandale en sachant qu’en Allemagne, 41 % de la population pense qu’Israël agit envers les Palestiniens comme les Nazis ont agi envers les Juifs. En Europe, un quart de la population partage ce préjugé ahurissant. 

Le producteur Joachim Schroeder et le scénariste/metteur en scène Ben Kampas
Les réalisateurs n’ont pas laissé tomber la diffamation et les distorsions dont leur film a fait l’objet. Schroeder a livré une interview en anglais à une émission américaine avant la diffusion par ARD. Après quoi il a offert une autre interview de 15 minutes au site internet allemande “ Achse des Guten ” (l’Axe du Bien). Ses arguments méritent une publicité plus large que celle réservée au seul public allemand. Ils mettent en lumière la tendance de certains médias publics à blanchir des aspects majeurs de l’antisémitisme européen.

On doit s’attendre à ce que le parfum de scandale s’épaississe encore autour de ce film  quand sa version en anglais sera disponible.]

« Si je fais un documentaire sur Auschwitz, dois-je aussi faire un reportage sur la souffrance des familles de gardes SS ? » C’est l’un des commentaires du cinéaste  Joachim Schroeder à propos de la saga qui se poursuit au sujet de son documentaire sur l’antisémitisme européen, Élus et Exclus – la haine des Juifs en Europe. On doit comprendre l’ampleur de ce scandale en sachant qu’en Allemagne, 41 % de la population pense qu’Israël agit envers les Palestiniens comme les Nazis ont agi envers les Juifs ».
 
Ce documentaire de  Schroeder et Sophie Hafner a, à l’origine, été commandité par le producteur franco-allemand d’émissions de télévision Arte, subventionné par l’U.E. Sur le plan opérationnel, c’est la chaîne de production WDR – qui fait partie du réseau national public ARD – qui a traité avec les documentaristes. Il ont livré leur version finale à WDR qui l’a accueillie sans faire le moindre commentaire. Cependant, Arte a refuser de le diffuser en invoquant des raisons obscures.

Sur ce, le plus important quotidien allemand Bild a montré ce film durant 24 heures, malgré le fait qu’il ne disposait d’aucun copyright. ARD a ensuite diffusé une version édulcorée qui a intégré de nombreuses allégations d’erreurs introduites par WDR à l’intérieur même du film. Il s’agit là d’une déformation majeure sans précédent de la part d’un producteur de film, qui a un droit moral de montrer le film en intégralité. Certaines de ces critiques de la part de WDR étaient parfaitement absurdes, d’autres étaient hautement contestables et contestées. L’observatoire israélien des ONG (NGO Monitor), a affirmé que certains de ces inserts étaient purement diffamatoires à son encontre. Cela a débouché sur un échange d’e-mails peu convaincants de la part de WDR.

Schroeder a dévoilé avoir négocié durant un an avec Arte avant d’obtenir l’accréditation pour réaliser le documentaire. Il dit avoir dû leur enfoncer sa proposition « dans la gorge » et « qu’il lui a fallu écrire de nombreux, très nombreux scripts et qu’ils devaient être toujours plus libéraux, plus vagues et plus ouverts et à la fin, moins décapants, que cela a toujours été fondamentalement ce que voulait la chaîne ». Le principal directeur exécutif d’Arte qui lui adonné l’autorisation, lui a dit que l’antisémitisme est un sujet délicat, parce que « sa société est prise en étau entre les lobbyistes musulmans et Juifs ». Schroeder a appris que le grand forum de prise de décision d’Arte a décidé de son autorisation par une faible majorité d’un seul bulletin d’avance.

De l’avis de Schroeder, Arte aurait aimé que le film se focalise sur l’antisémitisme d’extrême-droite, les néo-Nazis et Auschwitz. Il a déclaré qu’une telle approche ne dérangerait personne. Sa coréalisatrice et lui ont, cependant, exposé ce qui est de préférence caché : « L’antisémitisme d’extrême-gauche, qui est devenu son principal courant et l’antisémitisme musulman qui s’infiltre au cœur des principaux courants d’opinion ». Schroeder a déclaré que les chaînes qui objectent contre son film, diffusent en même temps des dizaines de documents qui sont d’opinion radicalement anti-israélienne et pro-palestinienne et que personne ne pose jamais de questions à ce sujet. Il a aussi affirmé que parmi ceux qui ont commandé le film, il y avait un manque total d’empathie et de simple décence envers tout ce qui peut bien préoccuper les Juifs actuellement.

Schroeder a dit que sa correspondante à WDR était le Professeur Sabine Rollberg. Elle a fait une carrière remarquable chez ce producteur d’émissions. De nombreux documentaires qu’elle a réalisés ont obtenu des récompenses pour WDR au cours de festivals prestigieux. Il lui avait présenté le documentaire final. Elle l’a approuvé sans la moindre réserve et les réalisateurs ont été payés. Schroeder a dévoilé que Rollberg a pris une retraite anticipée de WDR où elle a subi un harcèlement constant pour avoir accepté ce documentaire.

Schroeder a mentionné que WDR ne l’a même pas informé que la chaîne allait diffuser ce documentaire de façon lourdement biaisée. Il suppose que ce qui irritait les producteurs est qu’il ait osé montré « le soi-disant faiseur de paix » et " Président " palestinien Mahmoud Abbas, en train de proférer des accusations antisémites contre Israël en plein Parlement européen debout et applaudissant à tout rompre.

On doit se rappeler que les fausses accusations médiévales disant que les Juifs empoisonnent les puits des non-Juifs, ont directement débouché sur des massacres. Abbas a foncièrement dit la même chose quand il a cité la déclaration fictive d’un soi-disant « rabbin » inventé de toute pièce par les Palestiniens. Palestinian Media Watch a rendu publiques des versions modernes du thème antisémite classique de l’empoisonnement, dont fait la promotion la télévision de l’AP, aussi bien que d’autres dirigeants palestiniens ailleurs.  Un cas dossier exhaustif des fausses accusations palestiniennes sur le thème de l’empoisonnement est détaille par Raphaël Israéli, dans son livre  : Poison; Modern Manifestations of a Blood Libel.

Peter Grimm qui a interviewé Schroeder sur « L’Axe du Bien » commence son émission en demandant si on peut observer l’antisémitisme de façon neutre et si on doit aussi faire mention d’arguments susceptibles de contribuer à renforcer les antisémites. Il a ajouté qu’il y a quelques années, cette question aurait semblé complètement absurde. Grimn se demande ensuite : « De nos jours, devrait-on aussi mentionner les aspects « positifs » du National-Socialisme quand on écrit à ce sujet ? ».

Grimm terminait son introduction à cette interview avec Schroeder en faisant remarquer que dans l’atmosphère actuelle, un individu qui se positionne contre l’antisémitisme et les antisémites risque fort de se trouver entraîner dans les ennuis. Il résume le scandale en disant que les producteurs du film ont été attaqués par les gens mêmes qui leur ont donné l’autorisation de filmer le réel. Grimm achevait la présentation par la question : « Est-ce là, la nouvelle façon de traiter de l’antisémitisme en Allemagne ? »

Adaptation : Marc Brzustowski.
Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.


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