26 juil. 2017

L'importance des réformateurs musulmans est vitale, par Daniel Pipes

Christine Douglass-Williams
Ma bibliothèque contient un mur entier de livres sur l'islam contemporain. Or à peine un seul d'entre eux concerne le thème auquel Christine Douglass-Williams consacre une analyse importante. Face à l'attention que monopolisent les islamistes, combien de temps et quelle énergie restent-il pour s'intéresser aux musulmans modernisateurs ?

Le peu de livres consacrés aux musulmans anti-islamistes illustre la situation difficile dans laquelle ces derniers se trouvent : objets de menaces, ils sont en outre marginalisés et dénigrés comme de vulgaires bonimenteurs.


Les menaces sont le fait des islamistes. Ces derniers sont convaincus que l'application intégrale et rigoureuse de la loi islamique permettra à l'Islam de recouvrer la gloire qui fut la sienne au Moyen Âge. Les islamistes s'attaquent aux modernisateurs par la parole et par les armes car ils sont conscients, à juste titre, que ces musulmans libéraux constituent une remise en cause profonde de l'actuelle hégémonie islamiste. Malgré la position dominante qu'ils occupent actuellement, les réactionnaires islamistes comprennent parfaitement l'immense attrait que suscite la modernité, celle-là même qui a vaincu deux autres mouvements modernes prônant des utopies radicales, à savoir le fascisme et le communisme. Conscients que leur mouvement est condamné à disparaître face au choix des musulmans en faveur des bienfaits de la vie moderne, les islamistes luttent bec et ongles contre les modernisateurs.
 
La marginalisation est l'œuvre de la Gauche. On pourrait penser que les nombreuses différences séparant le socialisme et l'islamisme dressent l'un et l'autre en deux camps ennemis. Mais on aurait tort car leur hostilité commune envers l'ordre libéral est si intense qu'elle les rapproche. Dans leur immense majorité, les gens de gauche préfèrent le programme des islamistes à celui des modernisateurs qu'ils vont jusqu'à qualifier, comble de l'insulte, d'anti-islamique.

Le dénigrement provient de la Droite anti-islam qui, paradoxalement, s'accorde avec les islamistes sur leur prétention à être les seuls vrais musulmans et décrie les modernisateurs qu'elle taxe d'aberration, d'affabulation et de duperie. La droite anti-islam agit de la sorte malgré le fait qu'elle partage avec les musulmans modernisateurs le même ennemi : les islamistes. Au lieu d'unir ses forces avec celles des modernisateurs, elle s'entête à les maintenir à distance. Les soupçonnant de pratiquer la taqiya (dissimulation), elle ne trouve que des erreurs dans leurs analyses et arrose copieusement d'insultes leurs dirigeants.

Les musulmans modernisateurs ont donc à affronter le problème actuel d'asseoir leur crédibilité et le problème futur de leurs potentialités. Alors que les islamistes dominent l'actualité par leurs massacres et leurs agressions culturelles, la Gauche déforme la réalité et le camp anti-islam accumule les maladresses. Pire : alors que leurs détracteurs s'acharnent sur eux, les modernisateurs ont d'autant moins l'opportunité de répondre que l'establishment (ce que j'appelle les 6 P : politiciens, presse, policiers, procureurs, professeurs et prêtres) prend soin de les ignorer. Conséquence : c'est à peine si les gens savent qu'il existe des tentatives de moderniser l'islam de la part d'une poignée de modernisateurs certes déterminés mais peu respectés. Combien parmi vous ont entendu parler du Council on American-Islamic Relations (le célèbre CAIR, Conseil pour les relations islamo-américaines, de tendance islamiste, NdT) ? Et du Center for Islamic Pluralism (Le méconnu Centre pour le pluralisme islamique, de tendance modernisatrice, NdT) ?


C'est ici que prend tout son sens l'œuvre de Christine Douglass-Williams, journaliste canadienne et militante des droits civils. Dans son étude, elle a pris le temps de chercher huit modernisateurs nord-américains pour leur donner l'opportunité de se présenter, eux et leurs idées. Chacun d'eux possède un profil particulier.
 
Après avoir exposé les divergences entre tous ces points de vue intéressants, Douglass-Williams consacre la deuxième partie de son livre à leurs points communs. Elle se concentre sur les efforts déployés par les modernisateurs pour créer une vision alternative à celle des islamistes, pour réinterpréter le Coran et d'autres textes islamiques problématiques, pour répondre aux accusations d'islamophobie dont ils font l'objet, pour formuler un point de vue humain sur Israël et pour remettre en cause l'hégémonie islamiste.
  • Salim Mansur considère la lutte naturelle de l'être humain pour le progrès et se base sur l'histoire du judaïsme et du christianisme pour comprendre l'évolution de l'islam.
  • Ahmed Subhy Mansour a fondé une nouvelle école de pensée souple, le coranisme.
  • Shireen Qudosi remet en cause le véritable culte voué à Mahomet et s'attaque aux passages problématiques du Coran.
  • Jalal Zuberi révèle la rigidité des islamistes dans leur approche des textes et célèbre le pluralisme.
  • Tawfik Hamid met en lumière la fourberie des islamistes et leur intention de conquérir l'Occident.
  • Qanta Ahmed rejette la loi islamique et plaide pour que les musulmans vivent comme des citoyens modernes.
  • Zuhdi Jasser expose le programme victimaire des islamistes et insiste sur la nécessité d'entretenir le patriotisme.
  • Raheel Raza se concentre sur les exigences mutuelles en matière d'immigration en invoquant le fait que l'Occident doit défendre ses valeurs auxquelles les musulmans doivent s'adapter.
Après avoir exposé les divergences entre tous ces points de vue intéressants, Douglass-Williams consacre la deuxième partie de son livre à leurs points communs. Elle se concentre sur les efforts déployés par les modernisateurs pour créer une vision alternative à celle des islamistes, pour réinterpréter le Coran et d'autres textes islamiques problématiques, pour répondre aux accusations d'islamophobie dont ils font l'objet, pour formuler un point de vue humain sur Israël et pour remettre en cause l'hégémonie islamiste.

Son analyse minutieuse montre comment le mouvement islamique de modernisation peut tirer profit des libertés que lui offrent les États-Unis et le Canada (en opposition à la répression intellectuelle à l'œuvre dans tous les pays à majorité musulmane). Elle aide également à poser ce mouvement comme une tentative intellectuelle sérieuse en donnant comme jamais auparavant toute leur place aux modernisateurs contemporains et en donnant, par la même occasion, un coup de pouce à leur cause. Face à la menace planétaire que constitue l'islamisme, le livre de Christine Douglass-Williams représente une œuvre constructive et véritablement magnifique.

Avant-propos du livre de Christine Douglass-Williams, The Challenge of Modernizing Islam: Reformers Speak Out and The Obstacles They Face, New York, Encounter, 2017, 296 p.

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