21 août 2017

La guerre se décide en petit comité, par Giora Eiland

On a annoncé cette semaine que le Premier Ministre Binyamin Netanyahu cherche à faire modifier la loi, de telle façon que ce soit le Cabinet de Sécurité, et pas le gouvernement tout entier, qui décide s’il faut entrer en guerre. Certains se sont précipités pour attaquer le premier ministre sur cette tentative. Certains adversaires politiques patentés ont prétendu que son initiative n’était censé que faire de la diversion et détourner l’attention de ses diverses affaires de supposée corruption, -comme si c’était le plus important engageant l’avenir du pays – et d’autres ont encore prétendu que par cet acte, Netanyahu tentait de s’accorder encore et encore plus de pouvoir, dans un processus à la Erdogan.
Le Cabinet de Sécurité, réuni dans le Golan, 17 avril 2016.(Photo: Kobi Gideon/GPO)
J’ai un avis différent. Les Premiers Ministres et Ministres ont plus d’intérêt à des actes d’autorité, lorsqu’il s’agit de contrôler les budgets, de régulations contraignant les nominations.
Il y a environ 20 ans, alors que j’étais officier dans les forces des opérations spéciales, le Ministre de la Défense Itzik Mordechai m’a envoyé présenter une opération spécifique au  Premier Ministre, qui s’avérait déjà être Netanyahu. Bien que cette opération soit sous l’autorité du Ministre de la Défense, il souhaitait intégrer Netanyahu à la décision du fait que cette opération particulière était extrêmement sensible.
 
Mais sur le point d’arriver au bureau du Premier Ministre, cependant, j’ai été bloqué par le Secrétaire de l’armée,qui m’a dit que si le ministre sentait qu’il voulait partager cette responsabilité, il devait requérir la réunion d’un cabinet officiel et que le premier ministre n’avait pas d’intérêt particulier à être partenaire de cette décision. En d’autres termes, les premiers ministres en général ne veulent pas détenir de pouvoirs excessifs dans le domaine de la sécurité.

Indépendamment de l’époque où cet incident s’est produit, l’initiative de transférer l’autorité du gouvernement au cabinet de sécurité est légitime. Une raison découle du changement dans la nature des guerres : par le passé, nous avons fait l’expérience de guerres de nature globale qui se déroulaient en moyenne tous les dix ans. Cela avait assurément du sens que le lancement de la Guerre des Six Jours soit prise par le gouvernement tout entier.

La réalité d’aujourd’hui est différente : nous nous trouvons engagés dans des guerres de basse intensité à un rythme régulier de quelques années d’intervalle, avec le potentiel d’être entraînés dans de telles confrontations à quelques mois d’intervalle. Chaque attaque en Syrie sur des convois transportant des armes au Hezbollah pourrait déboucher sur une réplique militaire de la part de l’autre camp. Les décisions, doivent par conséquent aboutir plus souvent et avec une pression qui s’accroît. Il n’est pas toujours possible de convoquer un gouvernement entier en temps réel tout en réussissant à maintenir l’affaire top-secrète.

Une deuxième raison qui pousserait vers ce choix, c’est la taille « supportable » d’un forum de prise de décision. Il y a environ vingt ministres au sein du gouvernement. Si nous ajoutons encore dix membres du personnel de l’armée et spécialistes de la sécurité et des renseignements, nous arrivons à une assemblée qui ne permet pas que se déroule un débat effectif et efficace. Le forum que le cabinet met sur pied est aussi un peu imposant, mais de l’ordre qui puisse encore faciliter une délibération. On doit aussi remarquer que parfois, les discussions au sujet de la guerre ou concernant une vaste opération militaire doivent être efficaces et s’achever en un temps donné, ce qui ne peut être garanti de la même façon si le nombre de participants est trop important.

Une troisième raison concerne la représentativité : le Cabinet de Sécurité comprend le chefs de file de toutes les factions qui forment la coalition, autant que ses principaux ministres ; c’est un forum qui, par définition, est le cœur du gouvernement.

Une quatrième raison qui ferait pencher en faveur de cette mesure est la nécessité d’être correctement informé. Une des faiblesses qui a caractérisé les gouvernements israéliens au fil des années a été l’insuffisante familiarité des ministres avec les affaires qui traitent du domaine militaire. Il est bien mieux, pour ceux qui dirigent les ministères des questions sociales ou de la santé de consacrer leur temps aux affaires concernant leurs propres ministères, au lieu de requérir d’eux qu’ils passent leur temps et consacre leur attention à des sphères où leur contribution à la discussion restera faible.

Au lieu de propager des informations sécuritaires ultra-sensibles entre trop de ministres, il est préférable d’utiliser son temps à les consolider. Le forum décideur doit être aussi limité que possible, mais creuser les questions avec toute la profondeur requise. La plupart des débats importants ne doivent pas se dérouler au cours la guerre, mais plutôt durant les périodes tranquilles, à tête reposée. 

Prenons, par exemple, le Liban et Gaza. Concernant le Liban, il y a débat pour savoir si la bonne stratégie est de combattre le Hezbollah ou d’attendre « la Troisième Guerre du Liban », au cours de laquelle Israël définira le Liban comme un Etat ennemi. Il est bon de mener ce genre de débat calmement en ce moment et pas quand les roquettes sont en train de tomber. Il en va de même pour Gaza : est-ce que la politique actuelle d’adhésion d’Israël aux sanctions du Président Palestinien est correcte, ou est-ce qu’Israël devrait plutôt reconnaître que le Hamas est une autorité légitime sur Gaza [NDLR : d’autant que Dahlan, l’Egypte et les EAU tentent un nouveau processus diversifiant les sources de pouvoir] et, par conséquent, agir en coordination avec lui pour réhabiliter la Bande de Gaza et éviter la prochaine confrontation ?

En conclusion : il est préférable de mener des débat en profondeur en petit comité plutôt que de suivre des discussions superficielles en très grand nombre.

Adaptation : Marc Brzustowski

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