8 août 2017

Libérer le Mont du Temple pour le bien de l’humanité, par Caroline B.Glick

La semaine dernière, le Premier Ministre Binyamin Netanyahu et son cabinet de sécurité ot cédé aux demandes de l’OLP et de ses partenaires du Hamas, le Mouvement Islamique du Nord, à la Jordanie et à la Turquie, en donnant leur accord au retrait des détecteurs de métaux et à d’autres équipements de dépistage, autour du Mont du Temple. Ces équipements ont été installés le mois dernier pour répondre à l’incitation palestinienne et aux actes de violence djihadiste contre les Israéliens, à commencer par le meurtre de deux policiers, sur le site le plus saint du Judaïsme.
 
Une fidèle juive prie juste en face de l’entrée du complexe connu pour les Musulmans comme le Noble Sanctuaire et pour les Juifs comme le Mont du Temple à Tisha B’Av, un jour de deuil et de lamentations dans la vieille ville de Jérusalem, le 1er août 2017. (REUTERS/AMIR COHEN)
Après un sondage montrant que 77 % des Israéliens ressentent que son cabinet et lui-même ont capitulé face au terrorisme, Netanyahu a diffusé un communiqué remerciant Jared Kushner, le principal conseiller du Président américain Donald Trump et le principal négociateur de Trump, Jason Greenblatt, pour leur aide dans la résolution de la crise. Le message sous-jacent de cette déclaration de Netanyahu était que ses ministres et lui n’avaient plié aux exigences de nos ennemis, en cédant effectivement la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple à nos ennemis, uniquement parce que Kushner et Greenblatt (qui ont eu bon dos) avaient fait pression sur eux pour qu’ils le fassent.


Mais ensuite, cette semaine, un interne du Congrès nous a fait la faveur d’enregistrer subrepticement et d’organiser la fuite des remarques faites hors micro par Kushner sur ce problème à des initiés de la Maison Blanche. Les commentaires de Kushner, qui survenaient suite à une question sur son rôle dans la médiation du conflit palestino-israélien, ont été examinés par le menu.

Concernant la crise du Mont du Temple, Kushner a justifié la décision d’Israël de mettre des détecteurs de métaux à l’entrée du Mont du Temple. Dans ses termes, à la suite du meurtre des policiers par les terroristes armés de pistolets-mitrailleurs acheminés clandestinement sur le Mont, « installer des détecteurs de métaux est loin d’être un geste irrationnel à réaliser ».

Kushner a aussi insisté plusieurs fois sur le rôle central joué par l’incitation palestinienne, en fomentant les violences sur le Mont du Temple. Il en a tiré la conclusion logique que cette même incitation qui a fomenté les violences sur le Mont du Temple a débouché sur le massacre de la famille Solomon, à leur domicile d’Halamish, il y a deux semaines.

A la différence de toutes les médiations américaines précédentes, Kushner n’a pas jeté le blâme sur les « deux camps » comme étant également responsables de la montée des violences. Il a carrément placé son accusation sur les Palestiniens qui ont incité au meurtre et l’ont finalement commis.

En s’exprimant de cette façon, Kushner a exprimé clairement qu’il n’est pas le genre de personne qui exercera une pression à rompre les os sur Israël pour que l’Etat Juif capitule à des exigences de meurtriers terroristes. Il est certain que Netanyahu et ses ministres sont assez forts pour supporter toute pression quelle qu’elle soit que Kushner et Greenblatt leur auraient imposée, la semaine dernière.


En effet, comme l’a expliqué un membre de l’Administration, « La simple idée que Netanyahu qui a supporté huit ans de pression incessante de la part de l’administration Obama, puisse crouler sous la pression exercée par Kushner et Greenblatt est tout simplement ridicule ».

Donc, si ce n’est pas la pression américaine qui a persuadé Netanyahu, le ministre de la Défense Avigdor Lieberman et leurs collègues du cabinet de sécurité de battre en retraite, pourquoi l’ont-ils fait ? Tous leurs instincts politiques leur indiquaient d’emprunter la voie inverse.

D’un point de vue sécuritaire, nul besoin d’être un génie pour comprendre que vous ne répondez pas à l’agression d’un ennemi en retirant tous vos moyens de défense.

De manière générale, Netanyahu et ses ministres savent tous que, tout comme libérer des terroristes de prison garantit assurément qu’il y aura plus de morts israéliens, de même capituler aux exigences des terroristes assure qu’il y aura certainement plus de morts du côté israélien.

Mais si cette décision était forcément mauvaise d’un point de vue sécuritaire, elle était purement et simplement folle d’un point de vue politique. Parmi les 77 % d’Israéliens qui ont déclaré que cette décision équivaut à une capitulation, il y avait sans aucun doute 100 % d’électeurs du Likoud et d’Yisrael Beytenu et 85 % d’électeurs de Kulanu (les électeurs de Baït Yehudi savent au moins que leurs représentants au sein du cabinet, le Ministre de l’Education Naftali Bennett et la Ministre de la Justice Ayelet Shaked ont voté contre cette mesure).

Selon les médias, le cabinet se serait laissé intimidé et aurait baissé les bras à cause de la présentation, par l’échelon supérieur de Tsahal et du Shin Bet, d’un scénario digne du Jugement Dernier, lors de la réunion de cabinet. La 2e chaîne a rapporté que Tsahal et le Shin Bet auraient averti les hommes politiques que ne pas retirer les portiques pouvait s’achever en véritable cauchemar sécuritaire, dont ils ont exposé les détails sur une succession de diapositives PowerPoint effrayantes. 

- Les Palestiniens pourraient être les déclencheurs d’une nouvelle guerre terroriste, auraient-ils dit.
 
- Les terroristes du Tanzim, appartenant au Fatah, qui se sont avérés inactifs au cours de ces dernières années, pourraient relancer leurs attentats, auraient-ils averti.

- Ces diversions palestiniennes pouvaient saboter les capacités d’Israël à combattre efficacement le Hezbollah au Liban et au nord-ouest de la Syrie, insistaient-ils.

- Et, finalement, si Israël ne dissipait pas immédiatement cette crise croissante en capitulant tout bonnement, une « unité rare » des forces issues du monde islamique et s’étendant de Turquie jusqu’en Iran allait surgir en une même vague », assuraient-ils.

Sans trop s’attarder sur le sujet, il est clair que chacune de ces admonestations de fin du monde est tout-à-fait discutable. Prenons simplement la question de « l’unité rare » entre l’Iran et la Turquie.

Lorsque les Turcs ont tenté de briser le blocus maritime israélien de Gaza, contrôlé par le Hamas, il y a sept ans, l’unité a bien été la règle et non l’exception, dans les relations turco-iraniennes. Tous deux ont soutenu les Frères Musulmans dans le soit-disant Printemps Arabe. Tous deux ont soutenu le Hamas durant la guerre du Hamas, en 2014 contre Israël à Gaza. Et, aujourd’hui,  tous deux soutiennent le Qatar contre le bloc des Etats arabes sunnites mené par l’Arabie Saoudite et l’Egypte.

Concernant les Arabes sunnites, la semaine dernière, les Saoudiens ont pris une mesure étonnante consistant à se mettre du côté d’Israël, concernant les détecteurs de métaux. Les Saoudiens ont fait remarqué de manière insistante qu’ils ont eux-mêmes installé des détecteurs de métaux à la Mecque et à Médine.

Comme pour tout le reste des scénarios exposés par les chefs de la sécurité, ils peuvent être alternativement vrais ou pas. Mais ce qui est certainement juste, c’est que ce n’est pas du tout le travail de la communauté de sécurité de dire aux dirigeants d’Israël qu’ils n’ont pas d’autre choix que de se rendre face à l’agression, quelle qu’elle soit. Leur devoir est de formuler des plans réalistes pour vaincre les agresseurs, quel que soit le moment, pas le contraire.

Et incidemment, juste avant Tisha Be’Av, qui tombait cette année lundi soir/mardi, à la différence de Tsahal et du Shin Bet, c’est exactement ce qu’a fait la police. Tandis que le Shin Bet voulait interdire aux Juifs de se rendre en visite sur le Mont du Temple, durant ce jour de deuil commémorant la destruction des premier et second Temples, la police a reconnu que c’était son travail de permettre aux Juifs d'aller en pèlerinage.

Plutôt que de se joindre au Shin Bet en recommandant d’interdire aux Juifs de monter sur le Mont du Temple, la police a fourni la protection requise et permis à plus de 1.300 Juifs de circuler sur le Mont du Temple sans incident.

Le fait que le Commissaire de Police Roni Alsheich ait apporté la sécurité -- quand le Directeur du Shin Bet Nadav Argaman affirmait qu’on ne pouvait pas le faire -- rend plus difficile d’éviter l’impression que les avertissements que les chefs de Tsahal et du Shin Bet ont prodigué au cabinet de sécurité, la semaine précédente, découlaient moins de considérations professionnelles que de leurs agendas idéologiques ou politiques.

Cette impression se renforce, quand les scénarios d’horreur de la semaine dernière sont remis dans le contexte de la longue histoire des circonstances où l’appareil sécuritaire a bloqué l’instauration de certaines décisions politiques du gouvernement qu’il était de son devoir de faciliter.

Par exemple, en 2010 et 2012, les commandants de Tsahal et le Mossad auraient, dit-on, refusé d’exécuter l’ordre de Netanyahu de préparer leurs forces à frapper les installations nucléaires iraniennes. 

Et le geste du directeur du Shin Bet de l’époque, Ami Ayalon, consistant à accuser Netanyahu, quand les Palestiniens ont lancé une offensive terroriste en 1996, à la suite de l’ouverture, par le premier gouvernement Netanyahu, de la deuxième entrée vers les tunnels sous le Mur occidental, est gravé dans la mémoire collective.

Mais, malgré tous leurs inconvénients institutionnels et personnels, il y a une limite à la quantité d’accusations dont on puisse charger les épaules des cercles dirigeants de la sécurité israélienne, quant à la décision du cabinet de déposer les armes (les portiques détecteurs de métaux, tout du moins) face aux terroristes la semaine dernière. Après tout, même si c’est vrai que les commandants de Tsahal et du Shin Bet ont franchi une ligne dans l’insubordination, il est tout aussi vrai que Netanyahu et ses ministres les ont délibérément laissé la franchir.

Si Netanyahu et le Ministre de la Défense Avigdor Lieberman le voulaient vraiment, ils auraient facilement pu contrecarrer l’appareil sécuritaire, même poussant de toutes ses forces vers la capitulation. Ils auraient très bien pu les critiquer publiquement pour leur défaitisme plutôt que d’insinuer que ce seraient les Américains qui les auraient poussés à la capitulation.

Donc, pourquoi ni Netanyahu ni Lieberman ne les a rappelés à l’ordre? Pourquoi Netanyahu – au minimum – n’a pas publiquement critiqué l’insubordination de ses généraux et opposé leur mollesse à la compétence professionnelle et la détermination sans faille d’Alsheich, le chef de la police ?

La réponse est décourageante : Netanyahu s’autorise, ainsi qu’à son cabinet, à se laisser intimider par ses généraux parce qu’il ne dispose pas de politique visant à sécuriser la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple et à faire progresser les intérêts nationaux d’Israël sur le Mont du Temple. Sans un objectif positif, il en est réduit à faire du sur-place, avec l’espoir de contenir toute percée des djihadistes musulmans. Ainsi sa « politique » consistant à s’incliner devant ses généraux qui expriment leur subversion politique démontre une ressemblance inquiétante avec la remarque piquante de George Orwell : « Le chemin le plus court pour mettre un terme à la guerre est de la perdre ».

Peut-être que l’aspect déprimant qui ressort de tout cela, c’est qu’il n’est pourtant pas dur d’esquisser ce que pourrait être une politique raisonnable et constructive pour le Mont du Temple.

En tant que Démocratie libérale, Israël a un intérêt, et plus exactement un devoir particulier à assurer que le Lieu Saint reste ouvert à toutes les religions et que chacun ait le droit de faire librement un pèlerinage sur le Mont du Temple. Etant donné le fait que le Mont du Temple est l’endroit le plus saint dans le monde pour les Juifs, Israël a un intérêt vital à assurer son contrôle souverain sur cette zone.

Pour sécuriser sa souveraineté et faire progresser ses intérêts les plus évidents en facilitant la liberté de culte pour tous, l’objectif de la politique israélienne est fort simple. Le gouvernement devrait permettre à toutes les croyances de faire pèlerinage sur ce lieu.

Afin d’assurer la réalisation de cet objectif, le gouvernement devrait annoncer son but et faire un effort de bonne foi pour impliquer les groupes et gouvernements concernés, y compris l’Autorité Palestinienne, les autorités chrétiennes, les autorités religieuses juives, le régime jordanien et d’autres, afin d’y parvenir. Le gouvernement devrait aussi déclarer carrément que si les Palestiniens préfèrent plutôt opter pour l’incitation et commettre des émeutes violentes et du terrorisme depuis les hauteurs du Mont du Temple, Israël poursuivra unilatéralement son objectif et permettra aux Juifs et aux Chrétiens de faire pèlerinage sur les lieux saints.

A ce jour, le Mont du Temple a été l’atout dans la manche des Palestiniens. Ils recyclent ad nauseam l’accusation rituelle que ce sont les Juifs qui mettent la mosquée Al Aqsa en péril, chaque fois qu’ils sentent qu’ils perdent pied dans leur guerre sans fin contre Israël. Et Israël capitule inévitablement.

Mais si Israël annonce que sa politique est d’assurer la liberté religieuse pour tous sur le Mont du Temple et de faire un effort de bonne foi pour faire avancer cet objectif, conjointement avec les Palestiniens et tous les groupes impliqués, il posera les conditions pour s’emparer de cet atout.

Si, après voir mené des efforts de bonne foi afin de réaliser le but libéral et démocratique visant à assurer la liberté religieuse pour tous sur le Lieu Saint, les Palestiniens se tournent une nouvelle fois vers la violence, alors le monde islamique, ou certaines parties lui appartenant, se trouveront en position d’accuser les Palestiniens, quand Israël permet unilatéralement aux Juifs et aux Chrétiens de prier sur le Mont du Temple parallèlement aux fidèles musulmans.

Si Netanyahu et ses ministres font leur cet objectif, alors Tsahal et le Shin Beth ne seront plus en mesure de chercher à les intimider jusqu’à ce qu’ils capitulent, lors du prochain cycle de même acabit. Au contraire, les dirigeants de Tsahal, du Shin Bet et du Ministère des affaires étrangères reconnaîtront tous quelle est leur fonction exacte et ils sauront que si jamais ils échouent dans leur mission propre, ils seront remplacés sans coup férir.

Israël a cédé le Mont du Temple aux terroristes la semaine passée. Mais en disposant d’un but clair, on peut le reprendre en moins de temps qu’il faut pour le dire et le garder perpétuellement pour le mieux-être de l’humanité toute entière.

Adaptation : Marc Brzustowski

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