22 août 2017

Liberté d’expression : la contre-attaque des Bisounours, par H16

[NDLR : L'article d'origine est paru en janvier 2015, à la suite des attentats de Charlie et de l'Hypercasher. Je n'en ai gardé que la conclusion, qui reste d'une actualité aussi brûlante que consternante.]

 Les récents événements de l’actualité (que ce soit CharlottesVille, les réactions de Trump ou l’attentat de Barcelone) ont amplement démontré que la liberté d’expression, c’est très joli et très mignon, mais seulement tant qu’on exprime une opinion conforme à la doxa ambiante ou qu’on parle du temps qu’il fait (et encore, avec les climato-hystériques, la météo devient un sujet miné). En Janvier 2015, la France, traumatisée par l’assassinat d’une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, clamait urbi & orbi le caractère intouchable de cette liberté d’expression. Il n’aura fallu que quelques jours pour que ces paroles engagées soient oubliées.
Ce petit retour deux ans en arrière montre à quel point les choses ont évolué, et pas en mieux



Décidément, la France « après Charlie » est particulièrement cocasse. Magma gluant d’émotions à fleur de peau, elle prétend n’avoir pas du tout eu peur des méchants terroristes mais regroupe ses membres transis d’effroi dans de grandes processions collectives médiatisées. Elle ne cédera rien à la liberté d’expression mais, une fois la stupeur retombée, laisse s’exprimer tous les groupuscules en mal d’exposition médiatique qui demanderont que cette liberté soit sérieusement encadrée, avec barreaux, pain sec et eau croupie. Cette France de l’après-Charlie se découvre remplie de petits êtres faibles et chétifs, choqués à la moindre atteinte au politiquement correct, à leur définition du bon goût, du bon humour ou de la bonne opinion. Le 11 janvier, tout le monde était transi d’amour pour cette liberté de pensée et d’expression. Et alors que tout les censeurs auraient dû disparaître, le 12 a accouché, discrètement, de la plus puissante armée de Bisounours choqués qu’aucun Cerfa ne pourra jamais consoler. 
 
À défaut d’avoir été tirée, la chasse est donc ouverte : le Bisounours Censeur s’en donne maintenant à cœur joie. C’est, bien évidemment, parfaitement contradictoire avec la liberté d’expression, mais à présent, tout le monde s’en fiche. C’est, aussi évidemment, parfaitement contre-productif : par Effet Streisand, cela amplifie l’audience et la visibilité de ce qui peut choquer nos moelleux dictateurs. C’est enfin parfaitement con et d’autant plus contre-productif que ça clive les gens entre ceux qui aiment la provocation, ceux qui aiment la liberté d’expression, et les quelques uns qui sont directement choqués. 

Pire, cela renforce par opposition frontale et grossière les convictions des uns à provoquer, des autres à défendre la liberté d’expression tant elle est attaquée, et excite les derniers à vouloir fermer le caquet de tous les déviants, par la force s’il le faut (et bien sûr, il le faut !). Le problème, c’est qu’être choqué est facile. Il suffit de vivre. Il y aura donc toujours plus de raisons de museler celui qui choque que de raison de le laisser parler.
 

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