21 août 2017

L’islam semble engagé sur une pente suicidaire, par Pascal Bruckner

LE FIGARO.- Que vous inspirent les attaques survenues en Catalogne ?

Pascal BRUCKNER.- Il y a un effet de ressassement, comme une horreur qui ratiocine. Mais, en même temps, nous sommes toujours étonnés que les prédictions se réalisent avec une telle exactitude. C’est le caractère à la fois prévisible et abominable de la chose qui est frappant. L’anesthésie est un réflexe très humain. Mais les djihadistes sont là pour nous faire une piqûre de rappel. Chaque semaine, un coin du monde est frappé.

Le gouvernement catalan s’est illustré par une politique anti-israélienne très virulente et pro-arabe. Il y a quelques années, il s’était distingué en invoquant une offensive à Gaza pour annuler la cérémonie de commémoration de la journée internationale de l’Holocauste.
Après la France et le Royaume-Uni, c’est l’Espagne qui est touchée…

Personne n’est à l’abri. L’image qui me vient est celle de La Peste de Camus : un fléau qui s’abat sur une ville innocente. Il n’y a plus d’îlots d’insouciance en Europe. Les lieux de la vie quotidienne, de la salle de concert à la terrasse de café, en passant par l’église et la rue commerçante, sont frappés d’une malédiction potentielle. L’extension du domaine de la lutte djihadiste est universelle. Les terroristes font payer au monde entier le constat de leur propre échec. Il y a trois jours, c’était Ouagadougou, aujourd’hui, c’est Barcelone, demain, ce sera Rome. Ils frappent là où ils peuvent frapper.

En Belgique et en France, il y a eu une prise de conscience, alors ils s’attaquent aux villes dont les défenses sont encore faibles. Rappelons que le gouvernement catalan s’est illustré par une politique anti-israélienne très virulente et pro-arabe. Il y a quelques années, il s’était distingué en invoquant une offensive à Gaza pour annuler la cérémonie de commémoration de la journée internationale de l’Holocauste. Les djihadistes nous frappent non pour ce que nous faisons, mais parce que nous sommes. Essayer de leur complaire est vain, c’est notre existence même qui leur est insupportable.


Il y a tout de même une dimension symbolique à viser Barcelone…
À Barcelone, il y a quelques jours, des militants d’extrême gauche manifestaient aux cris de«Tourists, go home, refugees welcome ! ». Ils seront servis, l’affluence des touristes va dégringoler. Barcelone est un lieu de plaisir, la ville mythique d’Erasmus depuis le film L’Auberge espagnoleune ville de fête et de tolérance, qui est insupportable non seulement aux djihadistes mais aux intégristes musulmans en général.

À Barcelone, il y a quelques jours, des militants d’extrême gauche manifestaient aux cris de« Tourists, go home, refugees welcome ! » Ils seront servis, l’affluence des touristes va dégringoler.
De plus, pour les groupes islamistes, l’Espagne est une terre musulmane reconquise illégitimement par Isabelle la Catholique. L’al-Andalus, l’ensemble des territoires de la péninsule ibérique sous domination musulmane jusqu’à la chute de Grenade, demeure une référence comme l’âge d’or de l’islam. C’est un mythe bien sûr, car les minorités juives et chrétiennes y étaient soumises à la dihimmitude.

Quelques jours après l’attaque néonazie de Charlottesville, on semblait avoir enterré les fantômes islamistes…

Avec l’attaque de Charlottesville, on avait pu croire la mise en scène consolante d’une seule extrême droite menaçante pour nos pays démocratiques. Il est frappant de voir le mimétisme de la violence identitaire à travers l’usage de la voiture-bélier à une semaine d’intervalle, par un militant néonazi et des djihadistes. Il y a quelques jours, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, réaffirmait la nécessité de lutter contre le « racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’islamophobie » qui « empoisonnent nos sociétés ». Il me semble qu’il a omis le terrorisme islamiste, qui semble être une cause majeure d’empoisonnement. Quant à l’islamophobie, il faut cesser une bonne fois pour toutes d’utiliser ce mot qui empêche toute réflexion sur les problèmes internes à l’islam. Ce n’est pas l’islamophobie qui entraîne le terrorisme, mais le terrorisme qui rend l’islam haïssable et pénalise les musulmans modérés.
L’internationalisation du djihad élimine-t-elle pour autant les causes sociales et économiques de la radicalisation ?

À éviter de désigner la religion comme cause du terrorisme, on s’égare dans une multitude d’interprétations fumeuses, comme le colonialisme, l’humiliation arabo-musulmane, le réchauffement climatique, le conflit israélo-palestinien. Dans une interview donnée en juin au Figaro , Emmanuel Macron employait l’expression « terrorisme islamiste », ce qui est un progrès par rapport à François Hollande qui refusait son emploi en public.
Il faut nommer les choses. Nous sommes face à une maladie à l’intérieur de l’islam. Cette religion produit régulièrement des générations de guerriers prêts à sacrifier leur vie pour la gloire de Dieu. « Allah akbar » est devenu un cri de mort. Comme le disait récemment le poète syrien Adonis, « la civilisation arabe est en train de mourir ». Espérons qu’il se trompe, mais il est vrai que l’islam semble engagé sur une pente suicidaire partout où il prédomine.

Est-ce le signe que la réponse militaire des Occidentaux au Moyen-Orient est impuissante ?

Les attentats nécessitent une réponse militaire : on ne pouvait laisser s’installer un centre de recrutement terroriste en Irak et en Syrie. Mais, sur le long terme, la réponse ne peut être que culturelle, théologique, et elle doit venir des musulmans eux-mêmes. L’islam chiite et l’islam sunnite doivent entreprendre leurs propres réformes, mais rien ne dit qu’ils y parviendront, malgré certaines voix éclairées.

L’islam doit se sauver de ses démons. Les musulmans doivent accepter d’être une confession parmi d’autres, et non pas la seule et unique religion vraieLa chute de Mossoul est une bonne nouvelle, mais ne résoudra rien, et le terrorisme se poursuivra probablement tout au long du XXIe siècle comme symptôme d’une religion pour le moment inapte à se transformer.

*Philosophe, essayiste et romancier, Pascal Bruckner a dernièrement publié La Sagesse de l’argent, (Grasset, 2016) et Un racisme imaginaire (Grasset, 2017).

Entretien avec Eugénie Bastié.
Source :

5 commentaires:

  1. Certains Catalans, militants indépendantistes pour la plupart, s’identifient à la cause palestinienne (?!) car pour ces individus (qui ont généralement peu voyagé et qui n’ont étudié la situation au Moyen-Orient qu’en lisant une presse qui les flatte), il y a parallèle à faire (?!) entre « l’oppression » dont sont victimes les Palestiniens et celle dont ils sont victimes (de la part du gouvernement central, de Madrid). Ce calcul relève aussi du clientélisme électoral : s’assurer les voix musulmanes, nombreuses en Catalogne. Si la proportion de Musulmans est de plus de 3% dans l’ensemble de l’Espagne (hors Catalogne), elle est en Catalogne de plus de 6%, chiffre officiel car ils dépassent largement le million. Il est impératif de comprendre que les Musulmans de Catalogne soutiennent la cause indépendantiste parce qu’ils la voient comme un point de passage obligé vers la création d’un État musulman en Europe. Catalunya – Palestina même combat ! Plus c’est gros mieux ça passe…

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  2. Très bon article, mais je ne partage pas la conclusion de Pascal Bruckner... Je ne crois pas qu'il faille attendre patiemment et docilement que le changement vienne des musulmans car, en attendait, les nôtres meurent !

    Pas question de vivre tout un 21ème siècle de terrorisme !


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    1. Et quand je dis "les nôtres", j'entends les Juifs, mais aussi plus globalement, tous les non-musulmans.

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