23 août 2017

Terrorisme islamiste : vous avez aimé Molenbeek ? Vous adorerez Barcelone, par Xavier Raufer

Interro de contrôle au cours d'antiterrorisme : qu'évoquent pour vous les faits suivants ?
L'inexplicable cauchemar ! Nul n'imaginait les sanglants projets des copains, frères ou cousins.
- Un pays déchiré par une querelle linguistico-tribalo-nationale, dans lequel diverses polices se regardent de travers et coopèrent d'aussi mauvaise grâce que possible,
- Une agglomération où l'arrivée massive de Maghrébins (Marocains pour la plupart) suscite peu à peu une omerta subtile et un pesant communautarisme,
- Ce, dans le silence apeuré ou vaguement complice d'autorités municipales, entre anesthésique béatitude du " vivre ensemble " et syndrome de Stockholm,
- Arrivée d'un évanescent prêcheur salafiste (lui-même ancien voyou) ; qui séduit ou convainc, des mois durant sans que nul ne s'en avise, des fratries dont certains éléments ont " des antécédents judiciaires pour faits de droit commun ",
- Commission d'attentats sanglants (préparés depuis des mois) lors desquels les terroristes délaissent leurs passeports dans des camionnettes louées avec leurs cartes de paiement personnelles,
- Puis une enquête au long de laquelle le nombre de terroristes impliqués enfle sans arrêt, dix-douze au début - le triple au bout du compte,
- Dans le fief salafiste, des habitants en larmes...
- Des autorités locales sous le choc. Des jeunes élevés sur place, si bien intégrés... parlant si bien la langue du cru. Comment est-ce possible dans une ville si ouverte...

Là, le dernier de la classe d'antiterrorisme, depuis sa place près du radiateur, lève la main et s'écrie " Molenbeek ! Les Abdeslam, les attentats de Paris et Bruxelles en 2015-2016 ".

Eh bien non. Tout faux. Car il s'agit bien du contexte et des circonstances entourant les récents attentats de Barcelone, qui forment un parfait copier-coller des épisodes terroristes franco-belges de la fin 2015, début 2016. Or cela, une fois de plus, ni les autorités nationales espagnoles, ni la police régionale catalane, ni les instances antiterroristes de l'Union européenne ne l'ont décelé ni vu venir. L'inexplicable cauchemar ! Nul n'imaginait les sanglants projets des copains, frères ou cousins.
  

On aurait espéré qu'après le Bataclan et Zaventem, un " retour d'expérience " européen isolerait les facteurs de grand risque, analogies terroristes à la mortelle poche de grisou des mines de charbon. Car si cette exigence antiterroriste minimale avait été satisfaite, si la zone catalane de risque majeur Ripoll-Alcanar-Barcelone avait été décelée, voilà ce que le renseignement et la police antiterroriste, dûment avertis, auraient vu s'opérer sous leurs yeux, sans grande discrétion d'ailleurs :

- Des maghrébins occupant une villa-laboratoire d'explosifs. Ni femmes ni enfants. Villa aux volets toujours clos, sans musique, d'où entrent et sortent constamment des barbus " parlant tous français " chargés de lourds sacs à dos, saluant les voisins " sans jamais regarder les femmes de face ". Certains vont et viennent ; d'autres, de la terrasse, " scrutent la route en contrebas ". Comment dit-on caricature en Catalan ? Au point qu'un voisin ancien policier, dit à sa fille " C'est des terroristes, note les plaques d'immatriculation ".

- Les mêmes achètent sans encombre cent vingt bonbonnes de gaz et les composants chimiques du péroxyde d'azote, explosif utilisé à Paris en novembre 2015.

Pendant ce temps-là, les meilleurs experts espagnols du terrorisme, dont notre collègue Fernando Reinares, du Elcano Royal Institute, alertent en vain médias et autorités sur le fief salafiste catalan et les risques toujours plus graves qui en émanent. Rien n'y fait. L'aveuglement prévaut. Résultat : 14 morts, plus de cent blessés -- et bien sûr, toutes les cérémonies, messes, autels improvisés et touchantes offrandes que nécessaire. Même pas peur. L'effusion sans la prévision : combien de temps encore ?

NB - Bien entendu, mes critiques de l'irénisme antiterroriste de l'Union européenne sont tout, sauf une lubie personnelle. Le lecteur consultera avec profit le rapport d'information N°397 du Sénat, sur " Le financement européen de la lutte contre le terrorisme " (février 2016), écrit par une sénatrice européenne fervente. On y lit que " Les réponses apportées au défi du terrorisme ne sont pas passées, au niveau européen, par un engagement financier substantiel ". Et que les projets antiterroristes de l'U. E. verront le jour " si se développe une véritable culture de la coopération ". Sans commentaires.

3 commentaires:

  1. Ce que l’auteur de ce bon article ne dit pas, c’est qu’en la circonstance, le cafouillage du renseignement espagnol (reconnu au niveau mondial pour sa qualité, le C.N.I.) tient aux rivalités entre le pouvoir central (Madrid) et autonome (Barcelone), à la rivalité entre Castillans et Catalans ainsi que titrait récemment un quotidien. Il faut savoir que les querelles entre autonomies et pouvoir central (et même les querelles d’autonomie à autonomie) peuvent occuper dans la presse espagnole jusqu’à plus de la moitié de l’espace des quotidiens.

    Pour qui vit ou a durablement vécu en Espagne, cet attentats ne sont pas une surprise, vraiment pas. C’est atroce à dire mais nous ne cessions d’en parler avec des proches. Nous les pressentions. La Catalogne est vérolée par le salafisme et autres « sympathiques » tendances. C’est visuel, ça saute aux yeux, à Lerida, à Gerona, à Tarragona. Trop à dire.

    Ce que je dis aussi, c’est que l’Espagnol n’a pas la « douceur » des Français, qu’il a moins peur du sang, et que la situation des Marocains risque de devenir très problématique, dans le Sud surtout, en Andalousie plus particulièrement. Souvenez-vous d’El Ejido en 2000.

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  2. En voyage il y a quelques années au pays basque espagnol, j'avais été abasourdi par l'hostilité marquée et le mépris affiché des habitants envers nous.

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  3. Les Basques, autre monde. On sait par exemple que des prêtres basques ont fait le coup de feu du côté des Républicains. Les Basques ont une façade austère, dérangeante, mais c'est du granit en amitié. Pio Baroja ne pouvait être que Basque ! Tu écris "Il y quelques années". Quelle année précisément ? Il peut y avoir une explication "politique". Et impossible d'imaginer des Islamistes s'installer au Pays Basque.

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