8 sept. 2017

L’intérêt israélo-U.S de frapper le site chimique Nord coréo-syrien, par Marc Brzustowski,

L’interaction de longue haleine entre la Corée du Nord, la Syrie et l’Iran dans le développement des armes de destruction massive refait surface tôt ce jeudi matin par une frappe aérienne attribuée à Israël sur la Syrie, qui croise bien d’autres intérêts, du fait de la crise nord-coréenne qui dure.

Il suffit de visiter les commentaires des sites russo-syriens de Fake-News fleurant l’antisémitisme de vieilles babouchkas et de vieux camelots du marché de Damas pour imaginer le désarroi des ennemis d’Israël, lorsqu’ils ont comme ce matin le cœur chimique brisé
Les médias de l’opposition syrienne désignent Israël comme responsable des frappes aériennes sur la Syrie avant l’aube, jeudi 7 septembre – en particulier de l’attaque qui a pris pour cible le Centre de Recherche et d’Etudes Scientifiques (CERS) à Masyaf, à 38 kms à l’ouest d’Hama dans le centre de la Syrie.

Cette installation supervise les programmes de guerre chimique et de missiles du régime d’Assad depuis les années 1970. On mentionne que cette attaque a fait des morts. Ces reportages sont accompagnés de photos montrant les flammes en train de s’élever depuis le point d’impact de l’explosion, bien qu’on ne puisse certifier que ces images proviennent bien du site de Masyaf.

Les sources des renseignements militaires de Debkafile remarquent que le site de Masyaf se situe à 70 km au sud de la base aérienne de Khmemim dans la province de Latakia, qui abrite aussi des missiles de défense anti-aérienne S-400. Peu de prises de parole officielle à propos de cette attaque, jusque tard dans la matinée de ce jeudi, où le gouvernement syrien a voulu « avertir Israël des graves conséquences de ses activités hostiles contre la stabilité de la région » (sic !), en l’accusant d’avoir détruit une position militaire près de Masyaf, tuant au moins deux de ses soldats.


Le 24 août, le journal américain Algemeiner citait un rapport confidentiel de l’ONU confirmant que deux cargaisons de Corée du Nord avaient été interceptées, au cours de ces six derniers mois en route pour la Syrie, en faisant croire que leurs cargos appartenaient à la Corporation de Développement du Commerce des produits des Mines (KOMID), dans le cadre d’un contrat commercial avec la Syrie. Le KOMID est l’exportateur principal de PyongYang pour les produits chimiques prohibés,les moteurs de missiles et les armes conventionnelles ou non. Il fait partie de la liste noire du Conseil de Sécurité de l’ONU depuis 2009, ainsi que ses deux représentants en Syrie.

Le rapport de l’ONU, selon le journal américain, n’a pas nommé les deux pays ayant intercepté les cargaisons nord-coréennes ni spécifié leur contenu exact. Selon d’autres sources les ingénieurs et techniciens nord-coréens étaient en fait employés sur le site du CERS syrien, que les experts de l’ONU désignent comme coopérant directement avec le KOMID, au cours de précédents transferts d’engins et matériaux interdits. Il n’est pas, non plus, mentionné si ces scientifiques dévoyés travaillaient sur un projet irano-syrien ou sur un programme nord-coréen externalisé ou délocalisé.

Un précédent de tout premier ordre s’était exposé au grand jour, il y a très exactement une décennie, lors d’une précédente frappe israélienne, qui avait détruit un site de réacteur nucléaire construit par la Corée du Nord, le 6 septembre 2007. Ce site, pulvérisé alors qu’il n’était encore qu’en construction, était destiné à produire le plutonium nécessaire aux deux programmes nucléaires de la Corée du Nord comme de l’Iran qui, si le plan avait fonctionné, disposerait aujourd’hui des ingrédients nécessaires à la production d’un bombe nucléaire.

S’il était confirmé que la cible de la dernière frappe aérienne, le Centre de Recherche et d’Etudes Scientifiques syrien, était bien le destinataire des cargaisons nord-coréennes, Israël serait automatiquement soupçonné d’une opération répétée, dans des conditions similaires. Cependant, par-delà les alliances, on perçoit que les Etats-Unis, qui n’ont pas encore réagi aux provocations de Pyongyang, ont aussi un intérêt très fort à conduire ou du moins, à approuver une telle frappe (serait-elle israélienne), et de la faire endosser par Tsahal, à cause des négociations russo-américaines autour des fameuses « zones de déconfliction ».

Après l’attaque des Tomahawks américains contre la base aérienne de Shayrat en Syrie, le 7 avril, qui était une punition contre le régime Assad pour l’usage d’armes chimiques, qui avaient tué 90 personnes à Idlib, le Président américain Donald Trump a juré que jamis plus on ne laisserait la Syrie utiliser des techniques de guerre chimique contre ses citoyens. Les Etats-Unis ont directement accusé l’installation du CERS de contribuer au développement du gaz sarin utilisé au cours de cette attaque.

Les analystes de Debkafile suggèrent que puisque le rapport confidentiel de l’ONU indique que la Syrie et la Corée du Nord collaborent depuis fort longtemps avec l’Iran au développement d’armes chimiques et de destruction massive en général, l’Administration Trump aurait plus d’une justification pour s’en prendre directement à cette installation du CERS. Effectivement, tous les regards étant tournés sur les tensions hautement inflammatoires déclenchées par les tests de missiles nucléaires de la Corée du Nord, les Etats-Unis, ne souhaitant pas allumer la mèche d’une autre guerre régionale dans le Pacifique,pourraient trouver plus aisé de ne frapper qu’indirectement Kim Jong Un, en atteignant (ou en faisant frapper) son partenaire (si peu) secret de Damas.

Une coproduction américano-israélienne ?

DEBKAfile  Reportage Spécial 7 septembre 2017, 10:51 AM (IDT) Adaptation : Marc Brzustowski

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