28 sept. 2017

Non, les « quartiers » n’ont pas été abandonnés, par André Versaille

Des jeunes musulmans des banlieues se sentent victimes – et nombre d’entre eux le sont certainement. Mais le sont-ils du « système français » ? Depuis des années, on met en cause l’abandon des cités par les gouvernements successifs, ainsi que des réductions drastiques des aides à l’intégration. 
 
Le revenu moyen par habitant du quartier sensible de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun, et surtout, le total des investissements publics par habitant diffère de 1 à… 1'000.

Malika Sorel-Sutter s’inscrit en faux contre cette accusation. « Peut-on ainsi dire que les 43 milliards d’euros injectés en dix ans dans la rénovation urbaine, ce n’est rien ? Peut-on considérer comme négligeables les près d’un milliard d’euros qui sont investis chaque année dans l’éducation prioritaire […] ? Peut-on balayer d’un revers de main tout ce qui a été injecté dans tous les programmes ZFU, ZUS, Halde, plan égalité des chances, ACSÉE, préfets à l’égalité des chances, cordées de la réussite, internats d’excellence, Commissariat à la diversité, Plan espoir banlieues, Contrats d’accueil et d’intégration, et à présent les emplois dits “ d’avenir ” ? […] Autant on aurait pu dire que l’État n’avait pas fait grand-chose pour venir en aide aux immigrés des précédents flux migratoires – d’origine intra-­européenne –, autant on ne peut pas le dire pour les flux migratoires extra-européens. »


Villiers-sur-Marne moins sinistré que Verdun

 

On répète que les quartiers ou les cités à forte densité immigrée sont relégués et sous-équipés, et que les pouvoirs publics y sont moins présents qu’ailleurs. Dans son ouvrage Fractures françaises, Christophe Guilluy conteste cette affirmation. Il ne nie évidemment pas les concentrations de difficultés dans certaines zones où les taux de chômage sont réellement très élevés, mais, sur base d’une étude de Dominique Lorrain, qui a comparé les investissements publics entre le quartier des Hautes-Noues à Villiers-sur-Marne à un quartier de la périphérie de Verdun, il montre que cette vision est fausse.
Dans les deux quartiers étudiés, les populations concernées sont modestes, voire précaires, et les taux de chômage élevés. La cité des Hautes-Noues est classée « sensible » mais non le quartier de la périphérie de Verdun pourtant également socialement défavorisé. Or, le revenu moyen par habitant du quartier sensible de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun, et surtout, le total des investissements publics par habitant diffère de 1 à… 1000 : le programme de réhabilitation dont bénéficie le quartier des Hautes-Noues prévoit une dotation de 12 450 euros par habitant tandis que le contrat de ville mis en place dans les quartiers de Verdun n’alloue que 11,89 euros par habitant… « Cet exemple extrême, écrit Christophe Guilluy, n’est certainement pas représentatif de la situation qui prévaut sur l’ensemble du territoire, mais vise, a minima, à démontrer qu’à situation sociale égale, les pouvoirs n’ont pas choisi d’abandonner les ghettos. »

Bien entendu, cette réalité des faits pèse peu face à la vision que nous tenons à conserver de la situation dans les cités sensibles.

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