18 août 2017

L'attentat de Barcelone, par Stéphane Juffa

La poursuite des attentats en Europe ainsi que l’affinement du mode opératoire des terroristes islamiques démontre l’échec de la stratégie occidentale en matière de lutte contre le terrorisme. La décision opérationnelle des Européens et des Américains, il y a environ trois ans, fut de détruire DAESH en Syrie et en Irak. Leur évaluation consistait à penser que les décisions en matière de terrorisme sur le sol européen se prenaient à Mossoul et à Raqqa, ce qui participait d’une erreur d’appréciation fondamentale.
 
Aujourd’hui, Mossoul n’est plus aux mains de DAESH et Raqqa est sur le point de tomber également mais les attentats sur le sol européen se perpétuent et se perfectionnent. Cela démontre ce que la Ména affirme depuis toujours : on a affaire à une nébuleuse terroriste et non à une organisation pyramidale ; DAESH est une image générique de cette nébuleuse, mais les décisions de frapper se prennent localement, au niveau des cellules terroristes islamiques déjà présentes sur le sol européen. Les exécutants – et également les chefs et les stratèges - se recrutent localement parmi la population musulmane issue de l’immigration, qui présente un réservoir quasi-inépuisable de volontaires pour mener ces actions. Et qui connaît parfaitement les spécificités et l’importance des sites visés, ce qui ne saurait être le cas des chefs djihadistes en Syrie et en Irak.
 
Les experts occidentaux se sont totalement fourvoyés dans leur identification du risque et, partant, dans le choix des moyens pour protéger les populations européennes. Ils pensaient qu’en détruisant DAESH au Proche-Orient, le risque terroriste disparaîtrait ou, à tout le moins, se réduirait sensiblement, or on constate que ce n’est pas le cas.
   

Juifs de Chine, entretien avec Caroline Rebouh, par Jean-Paul Fhima

Jean-Paul Fhima (pour Tribune Juive) : Caroline Rebouh, vous venez de publier aux éditions Persée un livre sur les Juif de Chine. C’est un sujet sur lequel vous vous êtes spécialisée tout en étant conférencière et enseignante du judaïsme. Pouvez-vous nous en dire plus sur vous ? 

Caroline Rebouh : Lorsque j’habitais en France, j’avais une librairie hébraïque. Puis j’ai effectué mon aliya. Tant en France qu’en Israël, on m’a souvent demandé de faire des conférences sur l’histoire juive et la Torah. J’écris aussi des articles sur le judaïsme.

Jean-Paul Fhima : Il existe de nombreuses et importantes communautés juives en Chine, comme celles de Pékin, Harbin ou Shanghai, mais vous avez choisi de travailler particulièrement sur celle de Kaïfeng (dans la province nord du Henan) qui n’est pas, tant s’en faut, la plus importante de Chine. Pourquoi ? En quoi l’histoire et le destin de cette communauté vous paraissent-ils emblématiques de la présence juive dans ce grand pays ?

Descendants des Juifs de Kaïfeng (source Univers Torah.com)
Descendants des Juifs de Kaïfeng (source Univers Torah.com)

Caroline Rebouh : Les communautés juives de Pékin (Beijing) et de Shanghai sont constituées de migrants aux origines européennes diverses (Russie, Pologne, Allemagne), poussés à l’exil par la montée du communisme ou du nazisme. Il s’agit de communautés   européennes récemment établies en Chine, et non de communautés juives chinoises à proprement parler.

Les Juifs de Kaïfeng, en revanche, sont vraiment des Juifs chinois car ils appartiennent à une lignée très ancienne qui remonte aux VIIe et VIIIe siècle selon les archives locales et les sources épigraphiques. Leur façon de vivre et de rester fidèles à leur identité juive, malgré le temps et les difficultés matérielles, est tout à fait passionnante. Ces Juifs sont installés à Kaïfeng depuis de longs siècles, sans doute parce que dans cette ancienne capitale impériale était une importante ville commerciale et un centre politique propice à de nombreuses opportunités.